Bandeau
Marchés Salle à tracer des Anciens Chantiers Dubigeon

2693

Rugby


Le rugby fait son apparition à Nantes à la fin du 19e siècle. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, il est le sport le plus important de la cité ligérienne.

De l’Angleterre à Nantes

Le rugby naît au 19e siècle en Angleterre. Sa création fait l’objet d’une légende. En 1823, William Webb Ellis, élève au collège de la ville de Rugby (comté de Warwickshire, Angleterre) aurait un jour détourné les règles du folk football, en prenant le ballon à la main. Le rugby était né. Le cimetière où l’« inventeur » est inhumé, à Menton, en France, honore sa mémoire. On y trouve une statue le représentant et une plaque commémorative apposée à l’occasion de la Coupe du Monde de Rugby de 2007.

En réalité, cette légende est contestée dès son apparition. Le rugby est né en Angleterre au 19e siècle. Il est une évolution du folk football, pratiqué en Angleterre. Ce jeu voyait se disputer deux équipes dont le but était d’amener le ballon dans le terrain de ses rivaux. Le folk football est peu à peu chassé de la campagne anglaise pour cause de violence excessive. Le jeu est récupéré par les public schools de l’époque, des écoles très anciennes et onéreuses, accueillant l’élite de la jeunesse britannique. Ces écoles sont le théâtre de tensions et de violences liées aux luttes sociales traversant alors le pays. Pour contenir ces excès, des pédagogues de l’époque recommandent la pratique du folk football, de plus en plus réglementée, permettant ainsi de canaliser la violence des jeunes élèves. Au cours d’un processus lent et complexe, le rugby voit le jour et se diffuse partout en Europe, et bientôt dans le monde.

Le rugby arrive en France par l’intermédiaire des Anglais qui y habitent ou y viennent pour le loisir. La pratique s’implante dans les villes commerçantes, liées à l’Angleterre. Les milieux bourgeois étudiants de Paris s’emparent du rugby et le font se développer. Par ces milieux étudiants, la pratique se répand en France et notamment à Nantes. Les premiers rugbymen nantais attestés sont en effet des lycéens. En 1886, le lycée de Nantes (futur lycée Clemenceau) fonde son association sportive, nommée Stade Nantais, dans laquelle le rugby tient une place de choix. En 1893, les élèves du lycée Livet fondent également la leur. Les lycéens disputent des matchs le jeudi, jour de repos scolaire. Les meilleurs d’entre eux pratiquent également dans des clubs amateurs, dans lesquels les équipes de rugby se multiplient. La présence de ces jeunes sportifs permet également de maintenir la pratique malgré le départ au service militaire des athlètes.

De nouveaux clubs

À la fin du 19e siècle, le rugby est en plein essor à Nantes. De plus en plus de clubs ouvrent des sections de rugby. En effet, les athlètes de cette époque pratiquent plusieurs sports. Tous les clubs sont ainsi omnisports. Les sports sont également pratiqués selon les saisons. Le rugby, au même titre que le football, est un sport d’hiver. Il est pratiqué d’octobre à mars puis est remplacé par l’aviron, le cyclisme, l’athlétisme. Cette saisonnalité disparaît progressivement dans les années 1930 face aux logiques économique et compétitives.

En 1903, le Sporting Club Universitaire Nantais (SCUN) est fondé. En 1907, il fusionne avec le Racing Club de Basse-Indre Couëron donnant naissance au club emblématique : le Stade Nantais Université Club (SNUC). L’équipe première de rugby du SNUC, soit la meilleure équipe du club, se hisse dans l’élite nationale. En 1917, en pleine Première Guerre mondiale, le SNUC remporte la Coupe de l’Espérance, gravant à jamais son nom sur le Bouclier de Brennus et le sacrant champion de France. Le SNUC existe toujours aujourd’hui. En 2008, il devient le Stade Nantais.

Face au succès de l’ovalie à Nantes, d’autres clubs ouvrent des sections dédié à ce sport afin de soutenir la concurrence. Dès 1911, le club de gymnastique La Nantaise propose un cours de rugby. En 1912, le Vélo Sport Nantais, club de cyclisme, ouvre une section de rugby, qui existe toujours. En 1913, c’est plus d’une vingtaine d’équipes de rugby qui sont réparties dans différents clubs à Nantes. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, le rugby est le sport le plus important dans la cité ligérienne.

Tous les dimanches, anciens joueurs, jeunes écoliers et lycéens passionnés, se pressent pour assister aux matchs de rugby. La presse se fait l’écho de cette ferveur sportive, à une époque où la presse française est particulièrement importante. De la fin du 19e siècle à 1914, la France est le deuxième pays du monde derrière les États-Unis à compter le plus grand nombre de lecteurs de journaux. La presse sportive se développe rapidement, les joueurs devenant chroniqueurs sportifs. Des journaux spécialisés apparaissent, tel L’Ouest en plein air, spécialisé dans le sport et le tourisme et publié dès 1920.

Les rugbymen

À la différence du Sud-Ouest où le rugby est essentiellement pratiqué dans les villages et les bourgs, il est essentiellement urbain dans la région nantaise. Ce sont d’abord les élites bourgeoises qui le pratiquent. Progressivement, à partir du début du 20e siècle, il se popularise. Le rugby à Nantes reste néanmoins l’apanage des plus aisés, au contraire d’autres villes tel Saint-Nazaire où il est le sport des ouvriers des chantiers navals.

Les rugbymen de la charnière des 19e et 20e siècles sont bien différents de ceux d’aujourd’hui. Certains ont une silhouette svelte et il est courant de trouver la mention de joueurs mesurant 1,70 mètre. Ces derniers s’équipent dans les quelques magasins d’équipements sportifs de la ville pour y trouver leur équipement : ballon et chaussures de cuir, bas et maillots en laine, bandage de protection… Les enseignes sont de plus en plus nombreuses au cours du 20e siècle. Les Sports, A.A. Tunmer & Cie, Legendre, Belval, Lajeunesse Marx & Cie ou encore Sports-Palace s’installent dans les artères commerçantes de la ville.

À Nantes, le rugby est un sport uniquement masculin jusque dans les années 1990. Pour autant, les femmes ne sont pas totalement absentes du milieu de l’ovalie nantaise. Avant d’être sur le terrain, elles épaulent les rugbymen en tant que spectatrices, sœurs, mères ou encore épouses. Le rugby féminin existe pour autant. Il se développe dès la fin du 19e siècle sous la forme de la Barette, une forme de rugby « aseptisé », sans placage et avec des équipes réduites. Plusieurs clubs de sports féminins français le pratiquent, essentiellement à Paris, Lille ou encore Toulouse. Dans les années 1930, la Barette est interdite et ne fait son retour que dans les années 1960. À Nantes, il faut attendre les années 1990 pour que le rugby féminin se développe, d’abord au sein du SNUC. En 2005, l’Association Nantaise de Rugby Féminin (ANRF) voit le jour. Elle est encore aujourd’hui le seul club de rugby nantais exclusivement féminin, bien que d’autres clubs ouvrent leurs portes aux sportives.

Du ballon rond à l’ovale

À partir des années 1920, la domination du rugby à Nantes est contestée. Cette perte de vitesse de l’ovalie très progressive se fait au profit du football. De nombreuses raisons peuvent être avancées :

• Les chocs physiques que suppose le rugby poussent certains chefs d’établissements scolaires à interdire sa pratique. Cette interdiction tarit la source de recrutement, la relève du rugby est de moins en moins assurée ;
• La Première Guerre mondiale a touché très durement le milieu sportif nantais. De nombreux clubs disparaissent suite au décès de leurs dirigeants ;
• Après la Première Guerre mondiale, l’offre de loisirs se développe considérablement. Certains anciens se désolent alors de voir les jeunes générations préférer le « dancing » au stade de rugby ;
• Le rugby à XV connaît des difficultés dans les années 1930 au niveau national. En effet, la France est exclue du Tournoi des Cinq Nations pour cause d’« amateurisme marron », soit de professionnalisme caché, à une époque où celui-ci était interdit. Les sportifs lui préfèrent alors d’autres pratiques, comme le rugby à XIII qui autorise le professionnalisme et assure une rémunération aux joueurs.

Ces difficultés que connaît le rugby nantais sont tout de même à nuancer. Le rugby reste très important à Nantes. La ville compte toujours de nombreuses équipes et dans les années 1950, l’équipe première de rugby du SNUC intègre la première division.

Pour autant, face à ces difficultés, le football est en plein essor. Le Football Club de Nantes (FCN) est créé en 1943. Dès les années 1960, le club est en plein essor et remporte à plusieurs reprises le titre de champion de France. Les succès du FCN attire la presse et les spectateurs, qui se détournent ainsi du rugby, connaissant plus de difficultés.

Nantes reste pour autant une terre d’ovalie et a accueilli plusieurs matchs mythiques au stade de la Beaujoire :

• France/Nouvelle-Zélande du 15 novembre 1986. La France gagne, 16 à 3 ;

• France/Argentine du 5 novembre 1988 que les Bleus gagnent, 29 à 9 ;

• Le match Pays-de-Galle/Fidji lors de la Coupe du monde de 2007, le 29 septembre de la même année, voyant la victoire des Fidjiens, 38 à 34.

La métropole nantaise compte, en 2023, plus de 2000 femmes et hommes licenciés dans des clubs de rugby, assurant la relève de la pratique.

Léa Grieu
Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2023

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.

En savoir plus

Bibliographie

Mahé Pierre, « Historique du S.N.U.C. »,  Annales de Nantes et du Pays nantais, n°216, 1985, p. 28-32

Mahé Pierre, Briand, Pierre, « Le rugby à Nantes », Annales de Nantes et du Pays nantais, n°236 « Le sport à Nantes et en Loire-Atlantique, naguère, hier et aujourd’hui », 1990, p. 14-16

Padioleau Hervé, Nantes, cité sportive des origines à 1918, CMD, Montreuil-Bellay, 1998

Tonini Brice, « Comment le football a supplanté le rugby », Place Publique Nantes Saint-Nazaire, n°12, novembre-décembre 2008, pp. 128-132

Webographie

Site du Stade nantais Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

Écouter les podcasts « Nantes, terre de rugby » réalisés par Pop’ Média Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

Pages liées

Dossier : histoire du rugby à Nantes

Association Stade Nantais du lycée de Nantes

Stade Nantais Université Club

FC Nantes

Tags

Sport

Contributeurs

Rédaction d'article :

Léa Grieu

Vous aimerez aussi

Le Lechalas est pour beaucoup de Nantais un bateau. Mais qui était l’homme qui lui a donné son nom ? Médéric-Clément Lechalas fut un ingénieur des Ponts-et-Chaussées dont l’influence...

Contributeur(s) :Jean-Pierre Gouret

Date de publication : 09/01/2020

2152

Chimie

Architecture et urbanisme

L’industrie chimique à Nantes s’est organisée autour de la transformation des matières brutes importées par le port : traiter les toiles écrues pour fabriquer les indiennes, raffiner...

Contributeur(s) :Bernard Remaud

Date de publication : 25/05/2021

698

Fonderie Leroux et Lotz

Architecture et urbanisme

C’est en 1946 que la société Leroux et Lotz s’installent rue des Usines. Le nom de cette voie évoque la destinée industrielle de ce site qui a vu se développer plusieurs entreprises...

Contributeur(s) :Hélène Charron

Date de publication : 04/05/2021

1746