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Association Stade Nantais du lycée de Nantes


Le rugby s’implante à Nantes sous l’influence des milieux étudiants et lycéens. En 1886, le Stade Nantais, une association scolaire, est créé au sein du Lycée de Nantes, depuis renommé Lycée Clemenceau.

Le développement du sport dans les lycées de France

Après la défaite française lors de la guerre franco-allemande de 1870, la préparation militaire devient une priorité. Une obligation institutionnelle de développer la gymnastique s’instaure dans les lycées de garçons par la formation des enseignants, la construction de gymnase, etc. Après leur passage au lycée, beaucoup d’élèves s’orientent vers l’École militaire de Saint-Cyr ou une école d'ingénieur polytechnique.

En 1879, un noyau d'élèves fréquentant le gymnase de M. Étienne, professeur de gymnastique au lycée de Nantes, forme un groupement portant le nom de société de gymnastique de « la Nantaise ». Il s’agit de l’ancêtre du club de sport actuel du même nom, qui disparut au bout de deux ans et fut recréé en 1882. Jusqu’en 1884, M. Étienne est professeur de gymnastique au lycée. M. Clément lui succédera jusqu’en 1924.

La création du Stade Nantais

Le 14 mai 1886 est créée, à l’initiative des élèves du lycée de Nantes, l’association du Stade Nantais, dont le but est d’organiser des courses à pied. Son terrain est la cour du lycée. On opte pour le jaune et le noir pour les couleurs du maillot. Après 1920, l’équipe se fera appeler « les Tigres ».

À son origine, le Stade Nantais subit l’influence parisienne. Il est calqué sur deux célèbres clubs de sport parisiens :
• Le Stade Français : à l’origine, il s’agit d’une association scolaire créée en 1883 par le lycée Saint-Louis de Paris,
• Le Racing Club de France : en 1882, des élèves du lycée parisien de Condorcet créent une équipe de course à pied. Reconnue comme véritable club omnisports en 1884, cette équipe prend le nom de Racing Club de France en 1885.

L’association nantaise emprunte au premier le mot stade et l’adapte à la ville de Nantes. Le Stade Nantais est ainsi l’une des premières associations scolaires créée en France, bien avant les grands lycées parisiens comme Lakanal (1889) ou Janson de Sailly (1890). Elle est également la première association de province à demander la protection de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques en 1889, fondée par le Stade Français et le Racing Club de France. Tout comme ces deux clubs, le Stade Nantes est créé à l'initiative plus ou moins spontanée des élèves, les autres associations ayant été créées à l’instigation des maîtres.

Le 3 mai 1888, le président du Stade Nantais écrit à monsieur le maire de Nantes : « J'ai l'honneur de vous adresser par écrit, la demande à laquelle vous avez bien voulu nous faire pressentir une réponse favorable dans votre audience du 2 mai courant. Nous sollicitons, mes amis et moi, l'autorisation de faire, chaque samedi, de 4 heures à 5 heures, dans le terrain libre de la Visitation, les courses à pied organisées par les élèves du lycée de Nantes. […] » Ce document est signé A. Briand, candidat à l’école spéciale militaire, et non Aristide Briand, autre élève illustre du lycée.

En 1892, le club compte 103 membres actifs et 7 honoraires. Le président d’honneur est statutairement le proviseur du lycée, l’abbé Follioley et le président est G. Amisse. Marcel Pionneau, un des fondateurs du SNUC, écrit sous le pseudo R. de la Paix dans le Ouest Éclair : « Le football rugby est depuis longtemps en honneur dans la région nantaise ; dès 1886, le lycée de Nantes l’admettait pendant les récréations et les élèves se divertissaient avec le ballon ovale. » (Extrait du Ouest-Éclair du 9 février 1929) À son origine, les étudiants du Stade Français pratiquent le football rugby et le lawn-tennis, ce qui a fortement influencé les étudiants nantais du Stade Nantais. Le football rugby est l’ancien terme utilisé pour désigner le rugby que l’on connaît aujourd’hui, tandis que le lawn-tennis est un mot anglais qui fait référence au tennis sur gazon. En 1890, on organise des matchs de football ou de barrette, une forme de rugby atténuée et sans placage, dans la cour du lycée.

Le premier lendit du Stade Nantais

À la fin de leur scolarité, au moment de recevoir leurs prix, l’ensemble des élèves du lycée de Nantes, leurs parents et amis terminent l’année par des jeux et des activités sportives au château de la Colinière, propriété du lycée. C’est à cette occasion qu’a lieu en 1892 le premier lendit de Nantes, terme qui désigne une compétition sportive scolaire. Une belle opportunité pour les adhérents du Stade Nantais de montrer leurs talents de sportifs au public :

« La chose s’est passée, hier, très simplement, d’une manière toute familiale, sans cette pointe de cabotinage qui entache le lendit des Lycées de Paris, et qui gâterait les meilleures intentions. La fête, ici, a conservé un caractère de stricte intimité. Les invitations étaient peu nombreuses, et encore, les jeunes organisateurs n’espéraient-ils pas qu’un accueil aussi empressé leur serait réservé. Le nombre des amis venus pour les applaudir a dépassé leurs prévisions, et ils ont pu craindre un moment de voir les chaises leur manquer. […] On vient d’apprendre, la veille seulement, le résultat des examens du baccalauréat de sciences, et le Lycée est fort bien partagé, puisque sur 31 candidats admis pour le département, il a vu recevoir 21 des siens. Monsieur le proviseur, les professeurs présents et les jeunes bacheliers sont chaudement félicités.

Le programme de l’après-midi comportait exclusivement des courses à pied et des sauts. Les champions étaient nombreux, tous ardents, tous vigoureux, et la victoire a été chaudement disputée. […] On a surtout applaudi frénétiquement la grande course de fond, à 1500 mètres, qui a été très joliment menée par les deux frères Masseron et par M. Fitau. […] Avant de procéder à l’appel des lauréats, M. le proviseur Follioley, dans une allocution très applaudie, a rappelé qu’en ce moment on donnait, et avec juste raison, une certaine importance aux exercices physiques, si salutaires, si propres à favoriser le développement des jeunes hommes, quand ils sont sagement pratiqués. Le Lycée de Nantes ne pouvait rester en arrière. Il a eu cette année ses concours de football et de paume, qui ont eu lieu au Lycée ; ses épreuves de courses à pied ; c’est un début, et le succès qu’il a obtenu est encourageant. Monsieur le proviseur formule en terminant l’espoir que l’année prochaine on pourra faire mieux. » (Extrait du Populaire du 23 juillet 1892)

On découvre que nos jeunes nantais jouent au football et à la paume. Il s’agit bien évidemment du football rugby et du tennis sur gazon.

Le Stade Nantais poursuit ses activités sportives

En juin 1892, le Stade Nantais adhère à l’Union des sociétés françaises des sports athlétiques (USFSA). L’Union compte à cette date 56 sociétés. Elle se donne pour objectif de structurer et développer le sport en France, notamment à travers l’organisation de compétitions nationales et l’harmonisation des règles du jeu des différentes disciplines.

Ainsi, les membres du Stade Nantais poursuivent leurs activités sportives en prenant part à plusieurs compétitions (le plus souvent des courses) durant lesquelles ils sont classés.

Pour l’année 1896, le président est M. Le Guern. M. Ragaine, élève de philosophie, est proclamé champion du Stade Nantais et reçoit un objet d’art offert par le baron Pierre de Coubertin, qui était alors secrétaire de l’USFSA. Dans son allocution avant les épreuves, M. Le Guern « […] remercie les professeurs, les familles et leurs amis d’être venus en si grand nombre honorer la fête organisée par ses camarades. Il a fait allusion à la création d’une deuxième société qui pouvait semer la division dans le Stade Nantais, mais l’union est plus grande que jamais et une amitié réelle unit les sociétaires du Stade qui est protégé par la direction du Lycée. Il est à noter que des épreuves d’escrime, de gymnastique et de lawn-tennis s’ajoutent aux épreuves d’athlétisme. » « La Cie des tramways avait organisé un service d’omnibus pour toutes les personnes souhaitant se rendre à la fête annuelle du Stade Nantais. » (Extraits du Phare de la Loire des 27 juin 1896 et 26 juin 1897)

Pour l’année 1897, quatre matchs de tennis ont lieu. La finale est remportée par un élève du lycée de Nantes, un certain Pageot. M. de Chateaubriand est proclamé champion du Stade Nantais.

Le 25 juin 1898, le club organise comme de coutume sa fête sportive. M. De Caumont remplace en qualité de proviseur l’abbé Follioley, qui sera le dernier prêtre proviseur d’un établissement public à l’échelle nationale. Ce dernier est nommé définitivement président d’honneur du Stade Nantais. Il offre un objet d’art au champion stadiste de 1898.

Dans l’annuaire de l’USFSA de l’année 1898-1899, il est noté que sont présidents d’honneur de l’association M. De Caumont, l’abbé Follioley et surtout Pierre de Coubertin.

Le Stade Nantais existe au moins jusqu’en 1938, il n’y en a plus de trace passé cette date. Le lycée de Nantes n’est d’ailleurs pas le seul établissement nantais à créer une association sportive qui pratique le rugby. Le lycée Livet crée également la sienne à la fin du 19e siècle. Ces associations lycéennes constituent une véritable formation pour ces jeunes sportifs, dont les meilleurs intègrent des clubs tel le Stade Nantais Université Club (SNUC).

Hervé Padioleau
2023

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