Presbytère de Doulon
Visite du prince Parachutra aux Batignolles

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Prairie puis quartier de la Madeleine (2/2)


Dans le deuxième quart du 19e siècle, la physionomie actuelle de la Madeleine est presque acquise. Preuve de son intégration réussie dans l’espace urbain, le service des Ponts et Chaussées propose en 1838, la construction des actuels quais Magellan et Favre à la cote de cinq mètres au-dessus du niveau de l’étiage pour mettre le quartier à l’abri des crues ordinaires.

Carte Ile de la Madeleine au 18e siècle

Carte Ile de la Madeleine au 18e siècle

Date du document : 02/2021

En 1841, la construction du quai Magellan est lancée, suivie de la construction du pont de la Rotonde qui désenclave la partie orientale de l’île. Le pont est construit par MM. Chaley et Bordillon à la demande de la Ville.

Port Maillard

Port Maillard

Date du document :

L’urbanisation de la partie orientale

L’urbanisation de l’île semble inéluctable. Les espaces encore vierges commencent à attirer les spéculateurs qui créent, sous la houlette de M. Arnous-Rivière, la Société des terrains de la Madeleine. Pour mettre en valeur leurs terrains, les spéculateurs ouvrent, comme sur la Prairie-au-Duc, un canal intérieur (canal Cadet-Dubois) pour faciliter l’arrivée des marchandises transitant dans le port fluvial. Celui-ci peut être traversé par un pont tournant en bois.

Détail du plan du port de Nantes

Détail du plan du port de Nantes

Date du document : 1888

En 1844, le développement des industries sur les deux rives canal de la Madeleine est tel que les limites administratives du port maritime de Nantes sont modifiées pour inclure ces zones de chargement et déchargement des noirs d’engrais, des houilles, des bois de construction.

Consciente du développement de l’île, la Ville envisage, en 1841, d’établir un champ de foire aux bestiaux sur ces terrains « isolés et néanmoins centraux » pour remplacer celui de la place Viarme. La nécessité de remblayer les terrains nécessaires et de créer des accès ou de racheter les rues privées existantes ajourne le projet.

Au milieu du 19e siècle, l’île se peuple d’une population laborieuse et relativement pauvre qui accepte de vivre avec les risques des crues annuelles. La Ville décide alors d’implanter plusieurs édifices publics : une salle d’asile (ancêtre de l’école maternelle) en 1835 et en 1852, l’un des premiers bains-publics sur la rive nord, quai de la Maison-Rouge.

Néanmoins, la partie orientale de l’île reste quasi-vierge à cause de l’absence de quai et de remblai. En 1863, le quai Favre, reliant les rives nord et sud, est enfin lancé. Trois années plus tard, les premières habitations sont déjà élevées et les habitants réclament à la commune le pavage rapide du quai : « plusieurs maisons viennent d’être construites et sont déjà habitées, d’autres constructions vont s’élever prochainement. Il n’est donc pas possible d’ajourner à l’année prochaine l’exécution d‘un travail de la plus grande urgence. Dans l’état actuel, les maisons seraient inhabitables et le commerce en souffrirait. »

La consolidation de toutes les rives de l’île rend le quartier propice à des établissements industriels de plus grande ampleur. Les industriels recherchent la proximité de la Loire pour le transit de leurs matières premières et produits finis. Les mines de Blanzy s’installent à la confluence du bras nord de la Loire, du canal Cadet-Dubois et du pont de la Rotonde.

En 1885, Louis Lefèvre-utile installe son usine dans une ancienne filature le long du quai Baco (anciennement quai de la Maison-Rouge) puis la développe sur la rive est avec notamment la construction de deux tours monumentales marquant l’entrée sur l’île. George Billard s’implante en 1890 également quai Baco pour y développer une usine de transformation de produits exotiques.

Quai Baco

Quai Baco

Date du document : 1843

Faïencerie, moulins, etc. s’implantent près du pont de Belle-Croix au nord, tandis que marchand de bois et chantiers de construction occupent la rive sud. Le long de la chaussée et au centre de l’île, les quartiers d’habitation sont également le lieu d’installation de petits artisans, souvent en arrière-cour ou dans des ateliers de rez-de-chaussée. La Madeleine compte notamment en 1900 11 tanneries et 15 manufactures de textiles.

Photographie aérienne de l'île de la Madeleine en cours de transformation

Photographie aérienne de l'île de la Madeleine en cours de transformation

Date du document : vers 1890

La rive orientale connaît de nouveaux bouleversements quand le canal Cadet-Dubois est remblayé vers 1890 et que les prairies restantes sont transformées par la commune. En 1896, l’avenue Carnot est ouverte dans l’axe du pont de la Rotonde constituant la future deuxième ligne de pont.

Plan du percement de l’avenue Carnot

Plan du percement de l’avenue Carnot

Date du document : 17-05-1899

Outre l’usine LU, l’avenue dessert le nouveau grand marché du Champ de Mars. Un premier bâtiment en bois est édifié avant d’être reconstruit entre 1936 et 1938 en béton. Au commerce des fruits et légumes, sont ajoutés la poissonnerie, ainsi qu’une salle des fêtes à l’étage. Un ponton quai Magellan est installé en 1941 pour permettre l’approvisionnement du marché de gros.

L’autre partie du terrain vierge est utilisé pour créer un parc des sports comprenant un terrain multi-sports et un vélodrome.

Photographie aérienne du champ de Mars

Photographie aérienne du champ de Mars

Date du document : début 20e siècle

Du quartier fluvial au quartier rivulaire

Le comblement des bras nord de la Loire à partir de 1927 transforme l’île en un quartier rivulaire. Pour autant, le rapprochement avec le centre-ville n’est pas facilité : la Loire laisse place à des routes qui deviennent de plus en plus difficile à franchir.

En 1941, les terrains gagnés sur la Loire permettent de dévier la voie ferrée qui traversait le centre-ville. L’ancien pont de la Rotonde est transformé pour maintenir la liaison entre la Madeleine et le quartier du château tout en enjambant les voies. Témoin du nouveau statut de la Madeleine, il subit de nombreux agrandissements dans la seconde moitié du 20e siècle pour absorber la circulation.

Photographie aérienne du quartier Château-gare-usine LU

Photographie aérienne du quartier Château-gare-usine LU

Date du document : 20-11-1968

En 1969, le marché du Champ de Mars est transformé en Marché d’Intérêt National et déplacé sur l’île de la Prairie-au-Duc. En 1972, les tours de l’usine LU sont décapitées, sonnant le glas d’une industrie impactée par la perte de vitesse du port de Nantes et la concurrence internationale : dans le dernier tiers du 20e siècle, toutes les usines et une partie des artisans ont disparu de la Madeleine.

Dans les années 1970, il est envisagé de raser le quartier et de construire un grand centre directionnel sur le modèle de la Défense avec une voie rapide qui le traverse. Le Champ de Mars est démoli en 1988 et remplacé en 1992 par le siège social du CIO et par la Cité des Congrès.

Photographie aérienne du Champ de Mars de Nantes

Photographie aérienne du Champ de Mars de Nantes

Date du document : 01-1989

Une zone d’aménagement concertée « Madeleine-Champ de Mars » est créée en 1989. Elle permet une mutation plus douce et diversifiée. L’objectif est de redonner une nouvelle vie au quartier en s’appuyant sur l’existant. L’ancienne usine LU est transformée en pôle culturel. Une opération programmée d’amélioration de l’habitat permet de maintenir la mixité sociale et rénover les façades tout en conservant le caractère pittoresque du quartier. La requalification d’îlots entiers favorise également l’éclosion de nouvelles formes d’activités liées au domaine de la création et qui renouvellent progressivement le tissu artisanal.

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021

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