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Patronages Barbara (1930 – 1997)

Portugais


Si l’on excepte quelques réfugiés libéraux en 1828-1830, la présence portugaise à Nantes relève de deux histoires quasiment sans aucun rapport entre elles.

La première est celle d’une toute petite communauté de quelques dizaines d’individus, qui naît au milieu du 16e siècle. Au-delà de cas particuliers comme le grand cartographe lisboète Bartolomeo Vielho (mort à Nantes en 1568), il s’agit de marchands et de deux dynasties de médecins, les Vaz et les Mello, qui exercent à l’hôpital, enseignent à la faculté de médecine et deviennent même médecins du roi pour Alphonse Vaz et Henri de Mello. Anne Vaz épouse Henri de Mello : mariages et parrainages soudent ces familles, et les Gomes, Mendes, Lopes, Rodrigues et autres Cardose.

Cette cohésion, les brillantes réussites, les jalousies commerciales, les rivalités pour la charge de médecin de l’hôpital, l’hostilité des Espagnols de Nantes au moment de l’occupation du Portugal par les Espagnols entre 1580 et 1640, la xénophobie nantaise, l’anti-judaïsme – certains Portugais au moins sont perçus comme des juifs dissimulés –, les fantasmes aussi : tout cela se mêle dans une hostilité irrationnelle dont sont victimes quelques-uns au moins de ces Portugais. En décembre 1603, la pression des édiles est telle qu’elle obtient du roi l’expulsion de « cinq cents » Portugais avant même leur arrivée ! Plus grave, le 23 novembre 1636 puis en janvier 1637, des émeutes se traduisent par du pillage, si bien que les officiers royaux, indignés, obtiennent du roi, fait rarissime, la destitution des édiles nantais.

Affiche d'une fête populaire en portugais

Affiche d'une fête populaire en portugais

Date du document : vers le 30-05-1971

On comprend dès lors que l’intégration ne commence guère avant le milieu du 17e siècle. Mais, au siècle suivant, un Alexandre Vaz « de La Métairie » est parfaitement entré dans la noblesse : il épouse une Charette, et leurs enfants finissent, qui tué parmi les émigrés débarqués à Quiberon en 1795, qui – les filles – décapitées place du Bouffay.

Ces épisodes sont totalement oubliés quand, entre 1969 et 1971, arrivent à Nantes plus de 700 expatriés de la misère, parfois analphabètes, qui fuient le Portugal du dictateur Salazar. Même si le mouvement migratoire avait timidement commencé au début des années 1960, même si une douzaine sans doute de Portugais étaient restés à Nantes parmi les travailleurs appelés pendant la Première Guerre mondiale, la nouveauté est frappante. Presque tous maçons ou coffreurs, ces ouvriers sont rejoints un ou deux ans plus tard par leurs épouses, presque toutes femmes de ménage. Les conditions de travail et de logement sont particulièrement dures pour ces immigrés considérés comme le bas de l’échelle des Européens : baraques de chantier et caravanes, cités d’urgence, ou entassement chez des marchands de sommeil avec constitution de « petits Portugal » rue de Richebourg ou à la Madeleine.

Venus en grande majorité du Nord du Portugal et catholiques, ces Portugais se retrouvent lors des messes célébrées dans leur langue, en particulier à la Madeleine où un registre spécifique de baptêmes et mariages est même tenu de 1972 à 1980, et à Pontchâteau lors du pèlerinage du 13 mai en l’honneur de Notre-Dame-de-Fatima.

Après 1974 et la révolution portugaise, le séjour en France est assez court pour que se pose réellement la question du retour. Chez ceux qui restent à Nantes, les parents demeurent le plus souvent portugais et se font construire une maison au pays, tandis que les enfants, par choix ou par mariage, deviennent français et s’intègrent sans aucune difficulté.

Alain Croix
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

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