Madeleine Loukianoff (Nantes, 1895 – Nantes, 1978)
Statue de la Délivrance

L’ouverture du canal de Bretagne, dit aussi de Nantes à Brest, au début des années 1830, entraîna le percement de la Chaussée de Barbin, la démolition des Chaussées du Port-Communeau et des Halles, afin de permettre la navigation jusqu’en Loire, et le port de l’Erdre s’étala tout au long de la traversée de la ville. On aménagea les rives tout au long du 19e siècle, en construisant des quais, en plantant des arbres décoratifs. De nos jours, les grands platanes du quai Ceineray sont classés parmi les plus beaux arbres de la ville, ses « arbres remarquables ».

L'abattage des peupliers du quai Ceineray

Pour orner le quai, devant la Préfecture, on avait choisi de planter une rangée de platanes et de « blancs de Hollande » (des peupliers) alternés. C’est tout petit, un arbre jeune, et on a souvent tendance à trop serrer la plantation. En 1865, les arbres ont déjà atteint une taille respectable, et Monsieur le Préfet n’est pas content : il faut allumer en plein jour les chandelles de la Préfecture pour tenter d’y voir clair dans les salons, une humidité insidieuse envahit les locaux où le soleil ne pénètre plus.

Monsieur l’Ingénieur en chef du Canal, que Monsieur le Préfet a prié d’intervenir, est bien d’accord ; il fait remarquer que « les platanes et les blancs de Hollande  plantés sur le quai Ceineray, dans la traverse de Nantes, ont été placés à des distances trop petites eu égard aux essences de ces arbres. Il s’en suit qu’ils se gênent mutuellement et qu’ils dévient de la ligne pour aller chercher l’air et la lumière qui leur manquent. Ils causent d’ailleurs de l’humidité dans les maisons riveraines, notamment dans les salons de la Préfecture. M. le Préfet vient d’attirer mon attention sur ce fait. Je pense qu’il serait convenable d’abattre les blancs de Hollande et de ne laisser que les platanes. »

Monsieur l’Ingénieur Ordinaire des Ponts et Chaussées procède à une enquête rapide, d’où il ressort que si les arbres ont été plantés si près les uns des autres, c’est qu’on avait sans doute l’intention de sacrifier l’essence qui réussirait le moins. Ce sont les platanes qui ont pris le dessus ; il faut donc abattre les peupliers. La plantation a été faite par la Ville, c’est donc la Ville qui devra rendre la lumière à la Préfecture.

Quai Ceineray

Quai Ceineray

Date du document : début du 20e siècle

Les arbres des quais de l'Erdre, une source de nuisances

Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’on se plaint des arbres des quais. Le 17 décembre 1862, les habitants du quai du Marais (allée Duquesne) ont rédigé une pétition pour qu’on abatte les arbres du quai, plantés par la Ville vers 1831, à 10 mètres des maisons et à intervalles de 7 mètres. Leurs branches nuisent aux maisons ; il faudrait les sacrifier et les remplacer par des essences moins importantes.

Le 11 juin 1880, un rapport de l’Ingénieur Ordinaire note que les marronniers du quai des Tanneurs gênent le trafic du port fluvial. Il n’est pas toujours facile « pour les voitures lourdement chargées et traînées par plusieurs chevaux » de remonter des cales vers le quai. Les arbres souffrent : ils sont souvent heurtés par les roues des voitures. L’espace, 4,5 m, entre les bornes et les arbres est trop réduit. Des « olivettes » en bois, comme sur le quai de Versailles, protégeraient les arbres, mais elles réduiraient encore le passage. Il vaudrait mieux déplacer les bornes et les mettre de chaque côté des arbres.

2 août 1883 : Quai des Tanneurs, les branches des arbres atteignent la ligne télégraphique récemment installée ; les Postes et Télégraphe demandent un élagage, que les Ponts et Chaussées promettent de faire régulièrement, désormais.

Le 28 mars 1892, le sieur Gautret, propriétaire des maisons 4, 5 et 9 du quai du Marais, se plaint à son tour du fait que ses maisons sont rendues inhabitables, en été, par la grande quantité d’insectes qu’abritent les arbres du quai. Il souhaite qu’on fasse un élagage. Les Ponts et Chaussées en conviennent : ces arbres se trouvent entre la rampe aval du Pont-Morand et la rue d’Erdre, sur le quai. C’est une plantation très ancienne qui a déjà été réduite d’un tiers. Son aspect est assez pittoresque, mais ces arbres sont peu sûrs en cas de bourrasque. Ils appartiennent à la Ville. On pourrait supprimer cette plantation.

2018

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Rédaction d'article :

Louis Le Bail

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