Le dessous des sols : square Fleuriot de Langle
Sculptures figuratives extérieures de l'église Saint-Similien

La magnifique réussite de l’architecte voyer Mathurin Crucy s’est tour à tour appelée place Louis XVI, place du Peuple, champ de la Liberté, place de l’Égalité et même place Impériale : elle est donc aussi un lieu de mémoire essentiel de Nantes.

Après avoir conçu l’actuelle place Graslin, Crucy met en forme en 1788 les idées ambitieuses de Jean-Joseph Graslin, non sans difficulté : il s’agit de sortir du carcan de la ville médiévale tout en composant avec
les neuf voies dont il rattrape parfois le niveau ou redresse le tracé. Il reprend son originale conception d’une place « en miroir de toilette », constituée d’un rectangle sur lequel se greffe un hémicycle, l’ensemble devant servir d’écrin à une statue de Louis XVI en empereur romain, jamais réalisée. Autour, un unique décor ordonnancé se déploie, dans une architecture simple influencée par Étienne-Louis Boullée et soulignée par une corniche et un balcon, puissants, filant au-dessus de deux niveaux commerciaux.

Place Royale

Place Royale

Date du document : début du 20e siècle

En 1856, Henri-Théodore Driollet, lui aussi architecte voyer de la ville, dessine un trottoir périphérique et installe une fontaine représentant Nantes veillant sur la Loire et ses affluents entourée de huit génies de l’industrie et du commerce, œuvres des sculpteurs Daniel du Commun de Locle et Guillaume Grootaërs, fondues par Voruz. Fortement touchée par le bombardement du 16 septembre 1943, la place est reconstruite quasiment à l’identique, son côté est étant toutefois légèrement reculé.

Longtemps centre de gravité de la ville élégante et marchande, la place devient au 20e siècle le point de convergence des moyens de transport : fiacres, tramway et automobiles, au point de n’être bientôt plus qu’un carrefour giratoire encombré de voitures. Elle est aussi, logiquement, le lieu d’enseignes réputées, à l’exemple du Petit Paris jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, ou de cafés dont ne demeure aujourd’hui qu’une banale brasserie. Partie essentielle du « cliché intime » de Nantes aux yeux de Julien Gracq, la place est pourtant en même temps le lieu de bruyants rendez-vous, entre arrivée d’une étape du tour de France en 1910, monômes d’étudiants s’emparant du trident de la fontaine, fanfare des Beaux-Arts envahissant le café Continental lors de la Mi-Carême et reconquête symbolique en mai 1968 sous le nom de « place du Peuple ».

Place Royale, place du Peuple

Place Royale, place du Peuple

Date du document : 24-05-1968

Place Royale

Place Royale

Date du document : 29-02-2012

Un profond réaménagement, entre 2004 et 2006, rend la place aux piétons et lui restitue ses proportions d’origine, en supprimant tout ce qui l’encombrait. Le parti architectural consiste à tendre le sol entre les façades pour retrouver un nivellement légèrement en creux, mettant en valeur les façades et exhaussant la fontaine noyée dans des remblais successifs. Un vaste dallage de granit accompagne et prolonge au sol les façades. Un pavage de grès occupe la partie centrale et se structure à l’aide d’inclusions lumineuses serties de bronze sous la forme d’eau projetée de la fontaine.
 
La place ainsi libérée offre toutes les possibilités de rencontre et de manifestations aux Nantais, renforçant ainsi le lieu symbolique d’identification de la ville.

 

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Amouroux, Dominique, « Place Royale, la reconquête de l'espace », Place publique Nantes Saint-Nazaire, n°2, mars-avril 2007, p. 86-87

Eve, Armand, « La place Royale, ses cafés et la fontaine monumentale », Les annales de Nantes et du pays nantais, n°246, 1992, p. 19-21

Inauguration de la fontaine monumentale de la place Royale : 16 mars 1865, Impr. du Commerce-Ev. Mangin, Nantes, 1865

Pageot, Auguste, « Histoire véridique de la fontaine de la place Royale (1939) »,  Les annales de Nantes et du pays nantais, n°252, 1994, p. 37-39

Transformations des places à Nantes depuis deux siècles, École d’architecture de Nantes, Nantes, 1991

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Rédaction d'article :

Yves Steff

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