Nantes la bien chantée : A la cour du palais
Mona Rosalba (Nantes, 1910 – Nantes 1996)

A

85

Persagotière

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Au milieu du 18e siècle, l’abbé Charles Michel de L’Épée met au point une méthode d’enseignement adaptée aux sourds-muets qu’il met en œuvre dans son école ouverte en 1760 à Paris. Ce premier établissement destiné à l’enseignement des sourds devient « Institution nationale des sourds muets » et dans son sillage de nombreuses écoles similaires apparaissent tant en France qu’à l’étranger.

L’ouverture de la première école nantaise

Avant de rejoindre le quartier Saint-Jacques et les bords de la Sèvre, la première école pour sourds-muets de Nantes a vu le jour rue Crébillon au début des années 1820 grâce à l’action de René Dunan, lui-même sourd et ancien élève de l’abbé Sicard au sein l’institut parisien.

À la fin de l’année 1824, la municipalité nantaise soutient financièrement son œuvre et son école peut officiellement se développer. En 1835, le conseil général apporte sa contribution et l’établissement est installé dans l’ancien prieuré de l’hospice de Saint-Jacques.

En 1843, la gestion de l’institution est confiée aux frères de Saint-Gabriel et aux sœurs de la Sagesse, deux congrégations vendéennes installées à Saint-Laurent-sur-Sèvre. Les jeunes sourdes sont alors regroupées à Auray, tandis que les garçons restent à Nantes.

L’installation de l’Asile départemental des sourds et muets de Nantes à la Persagotière

Arrivé comme professeur en 1844, le frère Louis devient directeur de l’école en 1850. Il demande alors le déplacement de l’école dans des locaux plus adaptés. En 1856, le conseil général achète la propriété de la Persagotière, située le long de la Sèvre et au milieu d’un parc de 4 hectares, pour installer l’Asile départemental des sourds et muets de Nantes. Le 16 novembre de cette même année, les élèves et les enseignants entrent dans les lieux et investissent « le château », une folie nantaise édifiée au début de 19e siècle par François Demangeat, entrepreneur de fonderie à Indret.

Illustration du site de la Persagotière

Illustration du site de la Persagotière

Date du document : vers 1890

Le Frère Louis

Le nom du Frère Louis est inséparable de l’histoire de la Persagotière et de la scolarisation des enfants sourds à Nantes à partir de la seconde moitié du 19e siècle puisque qu’il œuvra dans ce domaine pendant 46 ans. Il dirigea et développa l’établissement jusqu’à sa mort en 1890.

Passionné d’horticulture, il dote le site de la Persagotière de vergers, vignes et jardins et initie les élèves aux travaux de la terre. Suite au congrès de Milan en 1880, il privilégie la méthode orale pour l’apprentissage de la communication et envoie ses enseignants se former à cette nouvelle méthode.

Premiers frères-enseignants à l'Institut de la Persagotière de la congrégation de Saint Gabriel

Premiers frères-enseignants à l'Institut de la Persagotière de la congrégation de Saint Gabriel

Date du document : sans date

L’évolution du site

Afin de répondre et de s’adapter à l’évolution des effectifs et des dispositifs d’accompagnement, le site de la Persagotière a progressivement été agrandi et aménagé.

Dans les années 1880, deux bâtiments sont édifiés de part et d’autre du « château », complétés à l’aube du 20e siècle par deux ailes perpendiculaires orientées vers la Sèvre. L’aile gauche est réservée à l’accueil des enfants sourds, tandis que la droite héberge les jeunes aveugles qui sont pris en charge par l’institut à partir de 1891 (les deux handicaps vont cohabiter jusqu’en 1975, date du déménagement des aveugles dans l’institut construit spécifiquement sur le site des Hauts-Thébaudières à Vertou).

À partir de 1902, les offices religieux peuvent se dérouler dans la chapelle fraîchement inaugurée.

La formation professionnelle nécessitant des ateliers, ces derniers sont construits à partir de 1928 sur une partie du parc longeant la rue du Frère Louis. Un étage leur sera adjoint au début des années 1950.

En 1955, un nouveau bâtiment est construit dans le prolongement de l’aile gauche de l’institut afin d’accueillir les enfants sourds les plus jeunes. En 1962, c’est au tour de l’aile droite de se voir adjoindre une salle des fêtes ainsi qu’un dortoir pour les aveugles. La même année, une partie du pavillon Lasne est inaugurée afin d’héberger les services médicaux (laboratoire, infirmerie, médecins, psychologues). En 1969, les dernières constructions majeures sont achevées avec l’édification du gymnase et du foyer des anciens, situés aux abords immédiats de la rue Frère-Louis.

Vue aérienne de l’Institut de la Persagotière

Vue aérienne de l’Institut de la Persagotière

Date du document : années 1960

La Persagotière aujourd’hui

À partir des années 2000, sous l’effet de la structuration du secteur médico-social et d’une politique publique en faveur des personnes handicapées, la Persagotière développe progressivement de nouveaux services, implante des classes au sein d’écoles ordinaires, et diversifie les métiers et les compétences autour des enfants sourds.

À partir de 2012, un travail de restructuration du site de la Persagotière est engagé : un nouveau bâtiment pour l’institut et un programme immobilier de 400 logements sortent de terre entre 2015 et 2021.

Groupe mémoire Nantes Sud
Date ???

Anecdote : Des noms de rues

La présence de la Persagotière dans le quartier est rappelée par la dénomination de quatre rues situées à proximité de l’institut. Trois d’entre elles perpétuent la mémoire de trois de ses directeurs : les rues du Frère-Louis, du Frère-Alexandre-Lemesle...


Témoignage (1/3) : Les frères de Saint-Gabriel

La congrégation des frères de Saint-Gabriel est issue de la communauté des Montfortains dirigée par Grignon de Montfort. La prise en charge des handicapés remonte au début du 19e siècle et on la doit à un des successeurs de Grignon de Montfort, le père...

Témoignage (2/3) : Enseigner

Quand je suis arrivé à la Persagotière en 1962, on était environ 42 frères-enseignants pour l’enseignement général. Il n’y avait que des frères, pas de laïcs. Par contre pour l’enseignement professionnel, les responsables d’ateliers étaient toujours des...

Témoignage (3/3) : Apprendre à la Persagotière

Je suis né le 29 novembre 1927 à Nantes. J’ai été pensionnaire à la Persagotière de 1935 à 1945. C’est le médecin qui a orienté mes parents. J’ai été scolarisé jusqu’au certificat d’études. On nous enseignait le langage, l’écriture et la lecture. La méthode...


En savoir plus

Bibliographie

Bourgalais Patrick, Les miroirs du silence – L’éducation des jeunes sourds dans l’Ouest. 1800-1934, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2008

Legal René, Origines et histoire de la Persagotière, Airelle éditions, 2013

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Dossier : histoire des solidarité à Nantes

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Groupe Mémoire Nantes Sud

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