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De la digue au comblement : une histoire du fleuve sur le territoire de Nantes Métropole (3/3) La Mélasse

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Île de Versailles


Le quai, édifié en 1837 à la place de la vétuste chaussée des Fresnes, prend l’année suivante le nom de Versailles, utilisé aussi pour la chaussée et emprunté à une propriété indiquée sur le plan de Cacault en 1756 et désignée comme le « Petit Versailles » en 1836 au plus tard. L’objectif est de combler les marais de Barbin, au débouché du Gué Moreau.

En 1844, l’île est vendue au négociant en bois Le Gall. Des hangars sont construits ainsi qu’une maison à rotonde près du ponceau, longtemps seul accès à l’île qui porte alors le nom du propriétaire. En quelques décennies, le quartier est aménagé avec création de voies à partir du quai et de la rue de Versailles (actuelle rue Adolphe Moitié), multiplication des constructions à la place des champs, des prés – le pré aux Ânes proche du quai servait aux blanchisseuses –, des vergers ou « ouches » et des très nombreux jardins ; en 1875, la passerelle de Versailles (actuel pont Saint-Mihiel) est édifiée pour relier le quartier de Versailles au quai de Barbin sur la rive gauche. Le long et en arrière du quai de Versailles se sont installés, à côté des blanchisseuses, mariniers, ouvriers, artisans et commerçants au milieu d’ateliers et d’entreprises de toute taille (manufactures de meubles, de chaussures, brosserie, tanneries, menuiseries, chantiers navals) et de quelques belles demeures.

Ile de Versailles, Nantes

Ile de Versailles, Nantes

Date du document : 1886

L’île de Versailles, désormais partagée entre plusieurs propriétaires, est à l’image du quartier. L’habitat s’y étend avec des ateliers en bois installés au bord de l’eau comme la tannerie Gendrot ou le chantier naval Rondet : en 1881, elle compte vingt et un habitants dont un sabotier, un charpentier, un sculpteur, une blanchisseuse – des bateaux-lavoirs sont amarrés à proximité – et une loueuse de canots. C’est au constructeur de bateaux Rondet, installé dans la première maison de l’île, que l’on doit le plus ancien canot de plaisance avec moteur à explosion qui nous soit parvenu, le Suzette II, construit en 1903 et classé Monument historique en 2002. Au 20e siècle, l’île se vide peu à peu et redevient sauvage, attirant pêcheurs et promeneurs.

Achetée par la Ville en 1983, l’île est aménagée en jardin à l’instigation des architectes nantais Jacques Dulieu, Claudine Breton, Michel Cormier et Michel Dudon ainsi que du paysagiste Louis Soulard, réalisant ainsi le souhait exprimé dès 1835 par Ange Guépin et Eugène Bonamy : « C’est là qu’il conviendrait d’établir un jardin public comme tout le monde en rêve avec ses points de vue délicieux, ses ombrages épais, ses mystérieux asiles.» Inauguré en 1987, cet espace vert d’inspiration japonaise, structuré par des pièces d’eau, cascades et rocailles comprend, sur 1,7 hectare, un jardin zen, ainsi qu’un ensemble de végétaux exotiques et de plantes de bruyère fleuries au printemps au milieu desquels s’élèvent trois pavillons, la Maison de l’Erdre, la capitainerie et un restaurant. Lieu de détente et de pique-nique facilement accessible par le tramway qui longe le quai de Versailles, l’île est désormais très fréquentée, même en dehors des manifestations comme les Rendez-vous de l’Erdre.

Nicole Croix
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

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