Parcours de chercheurs : Maryvonne et Gérard-Jean Martin
Association Histoire des hôpitaux et du patrimoine de la santé de Nantes

Patrimoine scientifique

A

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Le patrimoine scientifique nantais doit plus à l’histoire portuaire de la ville qu’à des institutions toujours récentes, même si les activités de la Société académique ont pallié en partie l’absence d’université.

La faiblesse du patrimoine mémoriel est à cet égard révélatrice : des savants à l’aura nationale ou internationale, comme Clémence Royer et surtout René Laennec, ont bien leur rue et même, pour le second, un buste à l’entrée de la faculté de médecine, mais leur lien avec la ville est second. Et la mémoire du grand mathématicien Pierre Lévêque (1746-1814) n’est célébrée que par une impasse privée débouchant sur le quai de la Fosse : ce membre éminent de l’Académie des sciences fut pourtant l’initiateur du premier envol d’un ballon aérostatique Le Suffren, à Nantes, dès 1784. Situation radicalement différente de celle du patrimoine technique et industriel qui garde de multiples traces (témoignages, objets, photographies), conservées et mises en valeur par plusieurs associations comme Histoire de la construction navale et, surtout, par le Centre d’histoire du travail.

Les marques architecturales sont presque aussi discrètes, à l’exemple, dans une arrière-cour des magasins Decré, des restes de l’hôtel de Briord, siège de l’École jésuite d’hydrographie au 18e siècle, ou de cette tour dominant le port, devenue le havre des pigeons, mais ancien observatoire de la Marine. Bien plus visible, la colonnade du Muséum d’histoire naturelle lui confère un aspect de temple du savoir, et un hommage aux naturalistes locaux est désormais rendu dans l’amphithéâtre dont la coupole a été ornée de leurs noms lors de la restauration achevée en 2012. Trois bâtiments qui illustrent chacun à leur manière le lien au port : la formation des marins, le contrôle des instruments de navigation et la conservation des collections issues des voyages au long cours.

Façade du Muséum d’histoire naturelle de Nantes

Façade du Muséum d’histoire naturelle de Nantes

Date du document : 1878

De véritables richesses

Il est cependant trois domaines dans lesquels le patrimoine nantais est réel.

Le patrimoine végétal présent au Jardin des plantes, héritier du Jardin des apothicaires, n’est pas simplement un patrimoine naturel. C’est aussi un patrimoine scientifique puisqu’il résulte de la volonté des hommes qui l’ont réuni d’organiser les espèces natives ou rapportées du lointain. Celles-ci ont illustré le cours de botanique qui s’y est tenu dès les origines et dont la tradition est perpétuée par les actuels jardiniers de la Ville.

La Bibliothèque municipale de Nantes détient une remarquable collection de livres de sciences dont une bonne part provient du collège des oratoriens, qui ouvre sa bibliothèque au public dès 1753. Incunables et éditions originales côtoient des ouvrages moins précieux, tous parfaitement répertoriés dans l’incontournable catalogue d’Émile Péhant (1859). La riche bibliothèque scientifique du Muséum résulte du legs de Charles Bertrand-Geslin (1863), conditionné à l’ouverture au public et à la tenue d’un cours, du rachat des ouvrages d’histoire naturelle de la Société académique de Nantes (1916), et d’une politique d’enrichissement volontariste du conservateur Louis Bureau.

Les instruments scientifiques constituent également un ensemble remarquable. Quelques-uns, essentiellement à usage nautique, sont exposés au Musée d’histoire de Nantes. Les établissements d’enseignement les plus anciens (lycées Clemenceau, Livet et plus modestement Guist’hau, École nationale supérieure maritime) détiennent des collections d’instruments des 19e et 20e siècles qui sont présentées à l’occasion de manifestations festives (bicentenaires, Fête de la science, journées du Patrimoine) grâce à la passion de quelques bénévoles. Mais le plus bel ensemble est peut-être celui du centre Ifremer de Nantes, héritier du Service des pêches maritimes créé en 1861, qui possède des collections d’instruments d’investigation sous-marine, une bibliothèque dont plusieurs ouvrages remontent aux Lumières, et les archives des premiers promoteurs de l’intérêt pour la biologie marine.

L’université de Nantes s’est dotée d’une mission de sauvegarde et de valorisation du patrimoine scientifique et technique contemporain. Un premier inventaire est désormais disponible sur Internet, complété par des DVD contant des « histoires de laboratoires ».

En France, la préoccupation pour le patrimoine scientifique est récente. Les institutions nantaises majeures (Université, Muséum et Jardin des plantes) en ont perçu les enjeux. Mais, dans la patrie de Jules Verne, comme ailleurs, la science est rarement vécue comme partie intégrante de la culture. D’où la nécessité pour les (rares) acteurs de la préservation et de la transmission du patrimoine scientifique de faire preuve d’inventivité pour relever le défi. Ils espèrent bénéficier prochainement d’une structure dédiée, Nantes Métropole projetant l’ouverture, au sein du « quartier de la création », d’un centre tissant des liens entre culture scientifique et arts.
 

Extrait du Dictionnaire de Nantes

2018
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