Nantes la bien chantée : La commission oubliée
Maison Durbé & Collins

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Ancien marché couvert de la Petite Hollande


En 1867, alors que le bail des Bains-Douches au bout de l’île Feydeau arrive à son terme, l’idée de construire à la place un marché couvert est évoquée pour pérenniser un marché qui semble y avoir eu lieu, le samedi, depuis au moins 1850.

Ce marché hebdomadaire est sans doute né de la présence de la grève qui permet d’accoster et d’une cale qui permet de remonter les marchandises sur la place. Sa tenue occasionne des dégâts récurrents sur la place qui suscitent le mécontentement des riverains et des services municipaux.

Le projet d’un marché couvert découle aussi du déplacement du marché de la place royale qui était alors considérée comme le centre de Nantes. A la suite de ce déplacement, le grand marché communal n’a plus de situation fixe et confortable pour la population. Son installation sur l’île Feydeau peut correspondre au déplacement du « cœur » de Nantes sur la Loire à la suite de l’urbanisation des îles.

La contestation du projet par les riverains

La construction du nouveau bâtiment suscite plusieurs plaintes des riverains car les halles qui mesurent presque 13 mètres de haut rompent leur vue sur la Loire et, selon eux, dénature la beauté de la place qui forme la porte d’entrée sur Nantes.

Ils présentent un mémoire tendant à établir que la Ville de Nantes n’a pas le droit de supprimer la promenade de la petite Hollande pour construire sur cet emplacement un marché couvert ou tout autre bâtiment ayant pour effet de changer la situation des maisons qui aspectent sur cette promenade. Ils rappellent que les terrains à l’ouest de l’île Feydeau se sont vendus plus cher que tous les autres à cause de leur vue sur le fleuve ; que lorsque l’éperon occidental de Feydeau fut construit, il ne dépassait pas la façade orientale de la maison des bains, et que les nouveaux atterrissements qui se formèrent au pied de l’île ont été concédés par le roi pour former une place ; qu’en 1783 lorsque M. Devachère demanda l’autorisation de créer sur le musoir un chantier de bois, le bureau de ville répondit que « les façades des plus belles maisons de l’Ile Feydeau n’ont pas été faites pour être couvertes par des piles de bois » et que la ville souhaitait y créer une promenade ; que les habitants ne s’opposèrent pas à la construction des bains car le bâtiment n’atteignait que de faibles proportions et qu’il était placé à distance des maisons et respectait la promenade. Les riverains estiment « qu’il serait sage de créer enfin un square spacieux et ombragé qui apparaîtrait de tous les quais du bas de la ville comme un vaste et magnifique faisceau de verdure s’élevant au sein du fleuve ».

Un marché couvert de fer et de verre

Sans tenir compte de ces revendications, la Ville continue son projet et valide la construction d’un bâtiment dessiné par l’architecte de la ville Médéric-Clément Lechalas et inspiré des halles de Baltard en fer et verre, d’une hauteur de 12,6 mètres et « réunit la solidité et l’élégance, la salubrité et la perfection dans l’éclairage ».

Marché couvert de la Petite-Hollande

Marché couvert de la Petite-Hollande

Date du document : début du 20e siècle

Les façades nord, sud et est sont closes par des lames de persiennes en vitrerie installées au-dessus des soubassements ; la façade occidentale est, quant à elle, en verre plein, double et dépoli. La couverture des quatre pavillons est en tôle ondulée et galvanisée, et les lanterneaux qui y sont installés sont recouverts en verre plein. La couverture des grands pavillons est en tôles unie et galvanisée. Le bâtiment est également pourvu d’un système abouti d’aqueducs d’abduction d’eau et d’écoulement des eaux de lavage.

Deux rues orientées Ouest-Est et Nord-Sud distribuent la circulation intérieure. Large de 5,60 mètres, elles sont bordées de trottoirs et divise le marché en quatre pavillons : 1° Volailles et gibiers, 2°Poissons et coquillages, 3°Boucherie, charcuterie, épicerie et poissons secs, 4° beurre, fromages, œufs, légumes et fruits.

Les travaux adjugés aux entrepreneurs Bauquin et Maufra commencent en 1870 par la construction des caves et le scellement des colonnes de fonte. Le marché ouvre en 1872 et des ajustements perdurent jusqu’en 1873. A son achèvement, l’édifice présente une surface couverte de 1100 m² et la Ville a dépensé 277 500 francs.

Un haut lieu de la vie populaire

Rapidement, le marché couvert devient un haut lieu de la vie populaire où les denrées peuvent être acheminées par voie pédestre et fluviale grâce à la présence d’une grève et d’une cale au pied du musoir. Autour la multiplication des baraques de vendeurs plus ou moins permanents va participer à la vie du quartier.

Scène d’affluence au marché couvert de la Petite-Hollande

Scène d’affluence au marché couvert de la Petite-Hollande

Date du document : début du 20e siècle

La démolition de l’édifice est envisagée en 1925 concomitamment au projet de création de nouvelles halle centrales d’approvisionnement sur le Champ de Mars. Puis, le comblement des deux bras de Loire entourant en 1933 l’île Feydeau précipite la destruction du bâtiment et la disparition de la grève d’accostage. A son emplacement est aménagé le square de la Petite-Hollande puis Daviais en 1935.

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021

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