Hôtel de Châteaubriant
Entrepôts de la Chambre de commerce quai Saint-Louis

Interdite, tolérée ou autorisée, organisée de longue date ou plus spontanée, souvent bonhomme mais parfois agitée, la manifestation, expression de la « grogne » populaire, a une histoire.

À Nantes, elle n’emprunta pas toujours le circuit devenu rituel menant les manifestants de la place du Commerce à la préfecture. Pendant la Révolution française, le 19e siècle et encore au début du 20e, les manifestations, même celles du 1er Mai, sont souvent des attroupements, plus ou moins spontanés et strictement encadrés. La mémoire collective a surtout retenu celles des révolutions de 1830 et 1848, les manifestations antisémites de 1898 au moment de l’affaire Dreyfus ou la résistance catholique aux inventaires de 1906.

Au 20e siècle, la nature des manifestations, en fonction de leur motif ou de la qualité des organisateurs, est très variée. Celles qui possèdent un caractère politique, peu nombreuses mais quelquefois massives, ont souvent laissé des traces dans la mémoire des participants et de leurs opposants. Ainsi la manifestation contre la politique scolaire et religieuse du Cartel des gauches le 1er mars 1925, celles organisées par les Ligues le 6 février 1934, celle qui accompagne les obsèques d’Anne-Claude Godeau, la jeune Nantaise tuée au métro Charonne à Paris en 1962, ou encore celle qui mit dans la rue les opposants, souvent jeunes, à Jean-Marie Le Pen, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002.

Manifestation rue Crébillon

Manifestation rue Crébillon

Date du document : avant 1940

La rue est à tout le monde ! Depuis 1968, les étudiants, parfois épaulés de lycéens et de salariés, occupent bruyamment le pavé nantais protestant, entre autres, contre les réformes Debré (1973), Devaquet (1986), le Contrat d’insertion professionnelle (ou Smic jeunes, 1993) ou le Contrat première embauche (2006). Les agriculteurs ne sont pas en reste depuis leur participation importante – et voyante – à la grande manifestation (70 000 participants) organisée au Champ-de-Mars en 1964 sur le thème «L’Ouest veut vivre ». Ce sont toutefois les salariés, ouvriers en particulier, qui occupent le plus souvent la rue, à l’occasion de grèves (1936, 1953, 1955, 1968…), lors de la marche de la faim de Saint-Nazaire à Nantes (1933), des manifestations contre la vie chère (1947) ou, à partir de la Seconde Guerre mondiale, pour défendre leurs retraites (1953, plan Juppé de 1995, mouvement de 2010).

Manifestation du 1er mai

Manifestation du 1er mai

Date du document : 01-05-2012

Dans les années 1980, on dénombre 123 manifestations en moyenne par an à Nantes. La plupart sont d’origine syndicale. Les ouvriers, les métallurgistes notamment, sont ceux qui manifestent le plus, devant les enseignants et, loin derrière, les agriculteurs, les parents d’élèves et les étudiants. Corrélativement, les revendications portent principalement sur les questions de l’emploi et des salaires, puis sur les problèmes liés à l’école et aux questions internationales.

Manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Date du document : 24-03-2012

Pendant la même période, sauf exception comme la grande manifestation interrégionale de 1984 contre la loi Savary (150 000 participants selon les organisateurs), les manifestations, qui sont rarement déclarées, ne rassemblent qu’un faible nombre de participants : 60% des événements regroupent entre 50 et 100 personnes et 30% moins de 50. Elles ont lieu plutôt en début de semaine, du lundi au jeudi, mais celles du dimanche, souvent à caractère politique, ont un nombre de participants très élevé. Seules 5% d’entre elles occasionnent des violences (bris de vitrine et de mobilier urbain, affrontements avec la police…) dont sont d’ailleurs plus souvent victimes les forces de police (20 cas) que les manifestants (11 cas). En revanche, les bavures policières peuvent s’avérer dramatiques. Celle qui coûta la vie à un jeune ouvrier du bâtiment, Jean Rigollet, sur le cours des Cinquante Otages à l’été 1955, est restée gravée dans la mémoire locale et aussi dans l’histoire du cinéma français, avec le film de Jacques Demy, Une chambre en ville.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
(droits d'auteurs réservés)
2018
 

En savoir plus

Bibliographie

Bourrigaud, René, «Les grèves de mai-juin 1968 à Nantes », Cahiers nantais, n°33-34, juin 1989-janvier 1990, p. 85-105

Guilbaud, Sarah, Mai 68 à Nantes, Coiffard, Nantes, 2004

Guin, Yannick, La Commune de Nantes, Maspero, Paris, 1969

Launay, Marcel, « La journée diocésaine à Nantes du 1er mars 1925 », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°146, 2011, p. 335-339

« Mai 68 : de la mémoire à l’histoire » [dossier], Place publique Nantes Saint-Nazaire, n°9, mai 2008, p. 4-71

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Jean-Pierre Le Crom

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