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Anciens bains publics de Prinquiau

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La Cigale

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Franchir le seuil de La Cigale, c’est passer du sobre néoclassicisme de la place Graslin au délire ornemental d’une brasserie ouverte le 1er avril 1895 à l’emplacement de l’ancien magasin de tissu Le Pont Neuf, au débouché de la rue Piron.

Un décor qui réunit « tous les arts »

Son propriétaire, Méliau Le Gouriérec, associé à MM. Plon et Vivien, fait appel à l’architecte-céramiste Émile Libaudière pour en concevoir l’aménagement intérieur. Céramiques, mosaïques, peintures, vitraux, tapisseries marouflées, plafonds à caissons polychromes, sculptures en bois et en staff, luminaires en métal et en pâte de verre : ici, aucune hiérarchie entre arts dits « majeurs » et « mineurs ». Mais cette « réunion de tous les arts » ne saurait suffire à faire de La Cigale, contrairement à une idée répandue, une expression de l’Art nouveau : il lui manque notamment cette ligne souple et ondoyante unifiant d’un même mouvement décor et structure.

Pour autant, elle reste étonnante dans sa conception et sa profusion décorative. Enchâssées dans les boiseries murales et les armatures métalliques dorées des portiques qui rythment l’enfilade de ses salons, les céramiques se taillent un beau succès. La cigale est reproduite à l’envi sur des frises réalisées par les faïenceries de Sarreguemines, selon le modèle conçu par Émile Libaudière lui-même. Affublé d’un tutu, mandoline en bandoulière, l’insouciant animal de la fable figure aussi sur les tapisseries réalisées par la maison nantaise Préaubert. Des peintures de Georges Levreau mettent en scène des élégantes portant bottines et robes en crinoline.

Intérieur du restaurant  <i>La Cigale</i> 

Intérieur du restaurant  La Cigale 

Date du document : 22-01-2013

L'autre scène de la place Graslin

Aux silhouettes hiératiques des Muses campées sur l’entablement coiffant le portique du théâtre, répondent ici les poses nonchalantes de femmes alanguies célébrant le culte de l’instant. Face à un théâtre que l’architecte Mathurin Crucy a voulu en osmose avec l’espace urbain, La Cigale est l’autre scène où, dans l’entre-deux-guerres, parterre et artistes, célébrités et anonymes se côtoient, véritable foyer de l’Opéra ouvert sur la ville. Ne raconte-t-on pas que l’horloge surmontant le comptoir de la brasserie, œuvre du sculpteur Émile Gaucher, sonnait la fin de l’entracte ? Sous l’Occupation, un orchestre allemand s’y produit. Au restaurant chic de l’après-guerre succèdent, dans les années 1960, un café-concert puis un self-service. Tandis que formica, skaï rouge, flippers et juke-box remplacent l’ancien mobilier, une jeunesse remuante y prend ses quartiers, supplantant le public traditionnel de l’Opéra.

Monument historique

Dans le film Lola de Jacques Demy (1961) La Cigale participe, aux côtés du passage Pommeraye et de l’île Feydeau, à l’hommage rendu par le cinéaste à la ville de son enfance. Dans l’ancienne brasserie maquillée en un « Eldorado » fréquenté par les marins de passage, Anouk Aimée, en bas résille et guêpière, interprète l’inoubliable Lola animant une revue de cabaret.

En 1964, l’ensemble du décor intérieur est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques et,  depuis 1982, La Cigale est redevenue une brasserie, renouant ainsi avec ses origines.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
(droits d'auteur réservés)
2018

En bref...

Localisation :

Graslin (place) 4, NANTES

Date de construction :

1894

Auteur de l'oeuvre :

Libaudière, Emile (architecte céramiste)

Typologie :

architecture artisanale, commerciale et tertiaire

En savoir plus

Bibliographie

Delaunay, Christophe, Maillot, Élisabeth, La Cigale, Nantes, Alphacoms, Nantes, 1991

La Casinière, Nicolas de, « Une bonbonnière surchargée : la Cigale », 303 : arts, recherches et créations, n°46, 1995, p. 128-133

La Cigale, l’étonnante, Giotto, Nantes, 2007

Vivant, Perrine, « La Cigale, Nantes : une brasserie du XIXe siècle », Monuments historiques, n°131 "Architecture et gastronomie", février-mars 1984, p. 60

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Rédaction d'article :

André Péron

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