Place du Commerce
Marché de Zola

Les cafés accompagnent le développement industriel et la croissance de la ville, ce que constatent Bonamy et Guépin pour qui la consommation de vin dans le monde ouvrier est un moyen de « lui ôter un instant la conscience de ses douleurs ».

Café Marcel, Chantenay, un 14 juillet

Café Marcel, Chantenay, un 14 juillet

Date du document : sans date

Des lieux populaires et polyvalents

Les cafés sont évidemment nombreux dans les quartiers populaires : le Marchix (où les parents d’Aristide Briand tiennent un établissement), le Bouffay, Barbin… Il n’est pas rare que la femme tienne le café ou l’épicerie-buvette, le mari, ouvrier le jour et bistrotier le soir, se chargeant au retour de l’usine des tâches matérielles de la cave et aussi des éventuels débordements de clients. Certains cafés de quartier sont des lieux d’animation et de service : ils affichent sur leur façade la mention « Salle pour sociétés » sans oublier l’accès au téléphone ; dans les années 1960-1970, on s’y rassemble devant un poste de télévision.

Café du Printemps, à l'angle des boulevards G. Lauriol et Saint-Félix

Café du Printemps, à l'angle des boulevards G. Lauriol et Saint-Félix

Date du document : sans date

Le café est une possibilité d’échanges, à proximité du travail. Dans les années 1900, l’embauche des manutentionnaires sur le port se fait dans les buvettes tenues par les femmes des contremaîtres. À la sortie des usines, aux Chantiers, aux Batignolles, les verres alignés sur le comptoir attendent les ouvriers plus ou moins pressés qui régleront la note globalement quand ils percevront leur quinzaine ou leur mois. Les bistrots foisonnent autour des marchés (place Viarme), autour des foires (rue de Richebourg pour le cours Saint-Pierre), sur les quais, autour des gares (café des Deux Gares, celle de l’Anjou et celle d’Orléans).
 

Grand café du Sport

Grand café du Sport

Date du document : 19e siècle

Le café des Amis (qui veulent le rester)

Au-delà du mythe du « Parlement du peuple », le café est un lieu de sociabilité longtemps masculine, parfois un lieu identitaire à l’échelle d’un quartier, d’une usine, d’une équipe de football (le Football Club de Nantes est né dans un café de la place du Commerce), d’un lycée… On y parle des problèmes communs, on y milite dans les arrière-salles. Ainsi, dans les années 1920, un café du quartier de Sainte-Thérèse se nomme café des Amis du traité de Locarno puis devient café des Amis du traité et enfin café des Amis, suivant sans doute la détérioration des relations internationales.

Mais ces établissements populaires ne doivent pas faire oublier les cafés prestigieux du centre-ville : le Continental, le café du Commerce peint par Laboureur, le café de l’Europe et son imposante façade néo-1930, le café Graslin et ses grandes baies enchâssées dans une architecture de quai, les longues façades vitrées du café Hardi ou du café de la Bourse…

<i>Orchestre au café</i>

Orchestre au café

Date du document : vers 1939

Huile sur toile, <i>Orchestre au café de France</i>

Huile sur toile, Orchestre au café de France

Date du document : Vers 1939

Cafés à tout faire

Dans les années 2000, le monde des cafés est fortement perturbé par l’évolution de la consommation et par la législation sur l’alcool et le tabac. Le nombre de cafés à Nantes (241) diminue et dans certains quartiers s’effondre (entre 2003 et 2007, un café sur sept a disparu en Loire-Atlantique). Les cafés du centre développent des activités musicales (festival Bar-bars) et la petite restauration. La clientèle se féminise et la demande évolue dans la journée : café le matin, restaurant le midi, lieu de rencontre ou de travail connecté à la wifi l’après-midi… Le soir, certains établissements se muent en « cafés philo », « cafés histoire », « géo » et même « théo ». Mais dans les quartiers périphériques, les habitués qu’on appelle par leur prénom n’ont pas besoin de passer commande. C’est celle de tous les matins, une chopine de rosé ou de blanc. Ils saluent les autres tables, ouvrent leur journal ou jouent au PMU. La vie des bistrots continue.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Le Gall, Yvon, « Débits de boissons sous surveillance (1851-1880) : l’exemple de la Loire-Inférieure », dans Pélisson Éric (dir.), La loi du 28 pluviôse an VIII, deux cents ans après : le Préfet et les libertés (19e-20e siècles), actes du colloque du 1er et 2 décembre 2000, Presses Universitaires de Limoges, Limoges, 2001

Le Teuff, Florian, Nantais de comptoir : la tournée des Grands Ducs, F. Le Teuff, Nantes, 2015

Manceron, Paul, « Quelques mots sur les cafés nantais », Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°97, 1958, p. 118-132

Salaün, Gildas, « Des buvettes de la rive gauche aux cafés chics de la rive droite, à Nantes vers 1900 », Les annales de Nantes et du pays nantais, n°310, 2012, p. 14-25

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Rédaction d'article :

Jean-Pierre Branchereau

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