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Nantes la bien chantée : Le mystère de l'Erdre


Parmi les complaintes criminelles nées dans le Pays Nantais, « Le mystère de l’Erdre » est une pépite que la postérité n’a pas aussi bien retenu que celle dite de « La tuerie du Landreau ». Ce crime commis le 18 janvier 1884 est relaté avec force détails dans cette chanson-fleuve, si l’on peut dire…

La complainte criminelle est un genre très ancien qui, jusqu’à une période somme toute très récente, semble avoir eu les faveurs du public. Le grand nombre de chansons de ce type, qu’elles proviennent de la tradition orale – le plus souvent sans précisions des lieux et personnages concernés – ou de la créativité des chansonniers des 18e, 19e et du début du 20e siècle, montre à quel point elles n’avaient aucun mal à trouver leur auditoire. Sans doute pourrait-on trouver de nombreuses explications à ce phénomène si l’on étudiait de près les mœurs et traditions populaires respectés de manière plus ou moins consciente au fil des siècles, mais l’objet de ces chroniques n’est pas de se livrer à l’exercice hasardeux de l’ethno-psychanalyse, si tant est qu’une telle discipline puisse exister.

Nantes, dans le texte

Beaucoup de complaintes criminelles, du moins celles apparues depuis la fin du 18e ou du début du 19e se trouvent à la croisée de deux genres : la complainte criminelle et la chanson locale. En effet, ces complaintes que l’on peut qualifier de modernes ont presque systématiquement à cœur de bien préciser des lieux aisément reconnaissables.

Le mystère de l’Erdre n’est pas avare de détails et informations en la matière, à la fois dans la citation de plusieurs communes (Nantes, Bouguenais, Carquefou, La Chapelle-sur-Erdre, Trentemoult), de divers lieux de la ville (La Bourse, Place Bretagne, Barbin, Bougon, La Jonelière, etc) en y ajoutant quelques personnages ayant existé, tels que Vié, Levreau, Martin et Laënnec – qui ne saurait toutefois être le plus célèbre des membres de la faculté portant ce patronyme.

Les complaintes criminelles

En 2020, ces chroniques vous présentaient la complainte L’infanticide qu’on s’apprête à pendre (NBC-034), histoire tragique d’une fille-mère poussée à l’extrême du désespoir qui tue son enfant en le jetant dans la rivière, dans l’espoir sans doute un peu vain d’effacer toute trace d’un enfant non voulu. La version présentée alors avait été recueillie à Couffé (44) dans les années 1980 précisait que la victime avait été précipitée dans l’Erdre. Pour les besoins de cette chronique, nous avions emprunté un couplet à une autre version dans laquelle, en lieu et place de Dans la rivière de l’Erdre, elle s’en fut le jeter on trouvait Dans la rivière de Nantes, elle s’en fut le jeter.

L’infanticide et la complainte présentée ici ont donc au moins deux points communs : leur nature, puisque ce sont toutes deux des complaintes criminelles, et le cadre : l’Erdre. Mais si la première est une chanson dite de « fonds ancien », Le mystère de l’Erdre est de facture beaucoup plus récente dans la mesure où les faits relatés ne remontent qu’à la fin du 19e siècle. Elle épouse et respecte tous les canons du genre et fournit un excellent modèle à qui veut étudier une complainte criminelle de type « 19e », précisément.
Comme souvent dans ce type de chanson, le texte relate longuement les faits réels – ou flirtant avec la réalité, dans certains cas – depuis une situation de départ souvent anodine, jusqu’à l’exécution de la sentence, en passant par les circonstances du crime et la mise en route de ce qu’un cliché nomme « l’appareil judiciaire » : enquête, arrestation, procès et condamnation.

Comme souvent dans ce type de chanson, le texte relate longuement les faits réels – ou flirtant avec la réalité, dans certains cas – depuis une situation de départ souvent anodine, jusqu’à l’exécution de la sentence, en passant par les circonstances du crime et la mise en route de ce qu’un cliché nomme « l’appareil judiciaire » : enquête, arrestation, procès et condamnation.

Il convient également de préciser que ces chansons avaient aussi pour but d’informer le grand public qui ne disposait bien évidemment pas de l’appareil médiatique qui pèse aujourd’hui sur notre quotidien. Certes, le type d’informations ainsi véhiculées était assez limité mais relativement efficace puisque nombre de ces complaintes ont circulé bien au-delà des régions où les faits prirent naissance.

Le récit : du « sensationnel » à tous les étages

Pour construire un tel récit, Le mystère de l’Erdre s’étire sur pas moins de 48 couplets et semble n’omettre aucun détail sauf, en l’occurrence, celui pourtant crucial du mobile, qui en général est d’ordinaire explicitement mentionné.

Car il convient, dans cet exercice poétique plus compliqué qu’il n’y parait, de prendre le temps de raconter l’histoire et l’enrichissant, parfois jusqu’à l’excès, de détails et références locales. Ceci est l’expression d’au moins deux intentions de la part des auteurs. D’abord, la plupart ont le souci de la vérité, voire de l’exactitude mais pas toujours, afin d’expliquer ou commenter les circonstances du drame et capter l’attention du public, quitte à s’attarder sur les détails les plus sordides. Ensuite, et ceci expliquant en partie cela, il faut avoir conscience du fait que ces chansons constituaient le gagne-pain des auteurs et de ceux qui les vendaient, souvent lors des foires et marchés. Au reste, il suffit d’observer la floraison de publications et d’émissions de télévision ou radiophoniques qui se complaisent dans cette thématique pour constater que nous n’avons pas beaucoup changer depuis les époques où ces chansons sont apparues. Et je ne m’attarde pas sur les journaux à sensation qui font, comme on dit, leurs choux gras, sur les récits criminels, y compris les plus violents.

Le texte sait jouer sur les contrastes les plus nets pour accentuer la dramaturgie. Par exemple, il commence par une sortie en ville d’un couple d’amoureux qui se révèle ensuite n’être que le début de la mise en scène d’un crime de toute évidence prémédité. Surtout, les 4e, 5e et 6e couplets s’attardent sur les plaisirs des rives de l’Erdre (gastronomie, plaisance…), cette Erdre qui, comme le souligne le 12e couplet, « se change en linceul ».

Le mystère de l’Erdre peut surprendre par l’importance de toute la partie judiciaire qui commence au 18e couplet et qui ne s’achèvera qu’au 47e avec la sentence prononcée par le jury. Celui-ci précède le couplet moralisateur qui vient souvent clore ce type de complainte.

À propos de la sentence prononcée à l’encontre de Donatien Hémion, elle peut étonner pour sa relative clémence. Sans doute faut-il y voir la conséquence du doute exprimé au 19e couplet : Y a-t-il crime ou accident ?

Le timbre

Cette chanson fut écrite sur le timbre dit « de Fualdès », air apparu semble-t-il au 18e siècle avec la chanson sur La mort du maréchal de Saxe. Cet air, particulièrement adapté à l’exercice fut utilisé à des dizaines de reprises par les chansonniers adeptes du genre « complainte criminelle ».

Hugo Aribart
Dastum 44
2023

En italique : couplets absents sur l’enregistrement

1. Il est arrivé sur l’Erdre
Un tragique événement
Il s’agit de deux amants
Dont l’un périt sous les herbes
Ce qui mit tout grand émoi
Nantes, Bougu’nais et Les Couëts.

2. Donatien aimait Constance
Constance aimait Donatien
Donatien l’aimait-il bien
On peut en douter d’avance
Car, après c’qui s’est passé
Ça peut être controversé

3. Or, il advint qu’un dimanche
Le treizième jour de janvier
Les voilà partis à pied
De Bougu’nais allant sur Nantes
Ils traversent pour deux sous
La Loire, dans l’bac de Trent’moult

4. Les voici sur l’autre rive
Tout semble marcher à souhait
Ils sautent dans le tramway
Auprès d’la Bourse ils arrivent
Ça n’leur coûte que huit sous
Ce qui n’est pas cher du tout.

5. Si nous allions voir « Peau d’Âne »,
Dit Constance à Donatien
Paraît qu’c’est très chic, ou bien
Arrêtons-nous place Bretagne
- Non, qu’lui répond Donatien
Dans la journée, c’est malsain.

6. Les danseuses sont par trop fades
La belle Fatma ne r’luit pas
Les clowns, ça n’m’amuse pas ;
J’ai plein l’dos de Tourteballe.

Allons plutôt chez Levreau
Nous lui louerons un bateau

7. Levreau leur dit : mes p’tits anges
Savez-vous bien gouverner ?
Prenez garde de vous noyer
Vous tomberiez dans la fange
Faut être tant soit peu marin
Pour naviguer sur Barbin.

8. On part, on rit, on s’amuse
Ils rigolent tout leur saoul
Ils s’arrêtent pour boire un coup
Ils visitent la cambuse
Des restaurateurs de r’nom
D’la Chapelle et d’son ponton

9. Ils y mangent de la friture,
Ils y boivent du vin clairet
Ils se r’passent le pichet
Ils r’demandent de la bouture
Si bien que le jour a fui
Et qu’on est en pleine nuit

10. Après l’repas ils rembarquent
La pauv’ Constance a bien peur
Elle est transie de frayeur
Et de frisson ses os claquent
- Tu m’tonkines, dit Donatien
Assieds-toi et tiens-toi bien.

11. Ils poussent le canot au large
Tous deux disparaissent dans l’noir.
Impossibl’ de plus rien voir
Si c’est d’l’eau, du marécage.
Le brouillard est des plus grands
Et gnia pas de vers luisants.

12. C’est là que l’horreur commence
Tous mes sens en sont glacés
Après tant d’instants passés
Dans la joie et l’abondance
L’Erdre se change en linceul
Et Donatien revient seul.

13. Où allez-vous donc, jeune homme,
Crie un rameur attardé
Vous prenez l’chemin d’Sucé ?
- Excusez, j’faisais un somme.
Pour vous r’mercier d’votre avis
J’vous offre un mêlé-cassis.

14. Plus tard, à la Jonnelière,
De la barque il n’fait qu’un saut.
Il monte prendre un caraçao
Chez Martin, à la Chaumière
Ce qui prouve que le chagrin
N’lanéantit pas un brin

15. Levreau, qui n’voit plus Constance
En est dans l’étonnement
Ah, qu’il dit, mon garnement
Qu’as-tu fait d’ta connaissance ?
- Bah, qu’lui répond Donatien,
J’lai laissée chez son parrain

16. Si l’un ou l’autre vous demande
Si vous avez vu tantôt
Se promener en canot
Un jeune gars et sa galande
Vous répondrez qu’aujourd’hui
Vous n’vit’ ni elle ni lui.

17. Et pour lui fermer la bouche
Il lui offre deux tournées d’vin
Mais Levreau qu'est un malin
Et qui flaire que'que chose de louche
Mine de rien va tout conter
Dans l'oreille d’l'autorité

18. Le Parquet ne peut pas croire
Un forfait si odieux
Tout d’abord, il aime mieux
La liberté provisoire
Pour ce typ’ de Donatien
Dont pourtant l’mond’ dit pas d’bien.

19. Bientôt une clameur s’élève
Y’a-t-il crime ou accident ?
L’on fourre mon Donatien d’dans
On le terre comme un lièvre
Le geôlier, enthousiasmé,
S’écrit : « encore un d’pincé »

20. L’on fouille partout la rivière
On y mène Donatien ;
Mais ça n’aboutit à rien,
L’on n’attrap’ que d’la misère.
Le prév’nu, les magistrats
N’y gagnent qu’un coryza.

21. Les gendarmes et leurs bottes
Entrent dans tous les bosquets
Ils enjambent les guérets
Ils n’y trouvent que d’la crotte
Ce qui leur fait dire alors :
« Brigadier, vous avez tort. »

23. Tous les canotiers d’eau douce
Les possesseurs de bachots
Les prom’neurs au bord de l’eau
Que la curiosité pousse
Se mettent en tête de r’pêcher
Celle qu’on a tant cherché.

24. En vain, durant trois semaines
L’on a fouillé en tous sens
L’père promet un billet d’cent
A celui qui lui ramène
Sa pauvre enfant disparue
D’une manière si imprévue

25. L’juge de paix de la Chapelle
Qu’est pas si dur que son nom
Froissé que dans son canton
Il disparaisse des d’moiselles
S’en va trouver l’pêcheur Vié
Très expert dans son métier.

26. J’ajoute à la récompense
Cent écus de mes deniers
Mais il faut vous distinguer
Et surtout avoir la chance
De ramener à bon port
Celle dont on pleure la mort.

27. L’pêcheur Vié dit : pas la peine
Que chacun garde son argent
J’y vais de suite, c’est urgent
Il donne un grand coup de senne
Le ciel seconde ses efforts
Et l’on voit flotter le corps

28. On dépêche une estafette
Aux magistrats enquêteurs
Qui amènent deux docteurs
Tout le pays est en venette
On voit courir sur les lieux
Tout un peuple de curieux.

29. Donatien sort de voiture
Il r’garde tout ça d’un œil sec
Et cependant Laënnec
Disloque la pauv créature
Les gendarmes fronc’ les sourcils
En voyant cet endurci.

30. Les médecins examinent
S'il y a ecchymose au cou
Ou s'il y a trace de coups
Tout au long de la victime
A part un certain contact
Ils trouvent le corps intact

22. En ville, on jase, on pérore
De la loge jusqu’aux toits
Les crieurs sont aux abois
Leurs dépêches se dévorent
Les journaux s’vendent un prix fou
De Bougu’nais à Carquefou

31. Ça ; dit l’gars, qu’on me relâche
Puisque je suis innocent
Être en prison, c’est vexant,
D’tuer une femm’ j’suis pas si lâche.
- Non pas, dit l’juge d’instruction
Qu’on l’rapplique dans sa prison.

32. Suffit pas qu’y ait violence
Et cela s’voit tous les jours
Quand on éprouve quelqu’amour
Pour une de ses connaissances
L’on tâche de la tirer de l’eau
Même au risque de sa peau.

33. Là-dessus, il réintègre
Donatien dans son cachot
Constance est mise en chariot
Et son cortège funèbre
Prend la rout’ la ligne des ponts.
Ainsi d’suite jusqu’à Bougon.

34. De cette histoire lamentable
Que doit-on conclure ici ?
En deux mots pour être précis,
Donatien est-il coupable ?
Avant d’tirer ça au clair
Tous les paris sont ouverts.

35. Nous voici en cours d’assise
Donatien est tout penaud
Malgré qu’il se soit fait beau
Et qu’il ait soigné sa mise
Il n’a plus son air fendant
Et rit tout jaune en dedans

36. Le président en rob’ rouge
Le procureur tout rouge aussi
Le prédispos’ au souci :
Dans sa bouche, sa langue ne bouge.
Heureus’ment qu’il a fait choix
D’un avocat fort en voix.

37. L’on se croyait presque en rade
Sur la rivière de Barbin
Car Levreau, de grand matin
A déposé sur l’estrade
Ses avirons, son bateau…
N’y manqu’ plus que l’service d’eau.

38. On fait monter sur la barque
Un gendarme et l’criminel.
Les instants sont solennels
On entend l’plancher qui craque.
Pandore et son baudrier
R’présent’ Constance Bachelier [?].

39. Il défile devant la barre
Des quantités de témoins
Les uns ne se rappellent point
Les autres, confusément, narrent
Si bien qu’l’affaire est maint’nant
Plus obscure qu’auparavant

40. Plus qu’ça va, plus qu’ça s’embrouille
Les dames tir’ leurs mouchoirs
Car elles viennent d’apercevoir
Que malgré tout leurs yeux s’mouillent ;
Elles ont l’air si attendri
Qu’l’émotion gagne le jury.

41. Tout l’temps que l’avocat plaide
Ell’ sanglotent de tout cœur
Tout’ la salle verse des pleurs
L’eau ruisselle comme d’une fontaine
Aussi voit-on le canot
Se mett’ tout d’un coup à flot.

42. Le moment étant propice
L’on rembarque Donatien
Il assure son maintien
Sur cette rivière factice
Mais l’gendarm’ fait un faux pas
Et tombe du haut en bas.

43. Lors la cause semble entendue
On dirait l’jug’ment de Dieu ;
C’est ainsi que sur les lieux,
La pauv’ Constance s’est perdue,
Voulant changer de position
Sans prendre aucun’ précaution.

44. Mais v’là que l’procureur tonne,
Il coup’ court aux sentiments
Il déchain’ les éléments…
À l’horloge neuf heur’ sonnent.
C’est terrible dans la nuit
D’percevoir autant de bruit.

45. Aussi faut voir l’auditoire
Tout à l’heur’ si convaincu,
Comm’ le voilà revenu
De ses airs lacrymatoires ;
Autant il ‘tait larmoyant,
Autant il d’vient clairvoyant.

46. Si que quand l’jury rentre
De sa délibération
Une pénible sensation
Court le galop dans le ventre
De l’accusé Donatien
Qui sent que ça n’va pas bien.

47. Enfin, le jury s’prononce
L’président rend son arrêt
Quinze ans de travaux forcés
Qu’sans ménag’ment il annonce
Y’a d’quoi faire choir à l’envers
Le mortel le plus pervers.

MORALITÉ
48. Et vous, mères de famille
Parents, qui m’écoutez tous
Gardez bien auprès de vous
Vos enfants, surtout vos filles…
Même quand ils seraient cousins
On n’sait jamais leurs desseins !

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En savoir plus

Version sonore

Liliane Berthe (chant) et Jean-Louis Auneau (concertina), à Nantes, le 8 février 2023, d’après une feuille volante conservée par Dastum 44

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Rédaction d'article :

Hugo Aribart

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