Église Saint-Similien (1/2)
Usine à gaz, quai des Tanneurs

Habitat des bords de Loire : profiter des paysages ligériens (3/3)

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Si la Loire est source de danger, elle crée également un paysage particulier auquel les habitants de l’aire métropolitaine de Nantes semblent sensibles dès le 18e siècle.

Un rapport à la Loire qui évolue au fil des siècles

En 1724, Joachim Darquistade avait reçu en compensation de la perte de sa vue sur Loire, bouchée par la nouvelle bourse, la cession gratuite d’un terrain qui lui permettait de doubler la surface originelle de sa maison du 1 place de la Bourse. Cette sensibilité à la « vue » et au paysage s’exprime également dans le souhait de Gérard Mellier, maire de Nantes, d’utiliser le nouveau quai de la Fosse pour offrir aux Nantais « la plus belle [promenade] d’Europe » dès 1751. La beauté de cette promenade tient autant au fleuve qu’au front urbain. Sur cette promenade, les Nantais viennent profiter du fleuve jusqu’au début du 20e siècle.

Immeuble n°1 place de la Bourse

Immeuble n°1 place de la Bourse

Date du document : 10-07-2017

Les premiers riverains en revanche ne semblent pas avoir été très sensibles au paysage fluvial. L’intérêt des bâtisseurs est de construire près du quai où se chargent et déchargent leurs marchandises. Le rapport au fleuve semble plus pragmatique et aucune réclamation ne sera jamais formulée lorsque les habitants du front urbain du quai de la Fosse perdront leur vue sur le fleuve quelques années après la plantation des premiers arbres. Aujourd’hui encore une partie des logements du quai ne peuvent pas apercevoir le fleuve.

Intérieur de l'immeuble 41 quai de la Fosse

Intérieur de l'immeuble 41 quai de la Fosse

Date du document : 19-09-2019

Les maisons de campagne et de villégiature

Le rapport sensible au paysage se lit plutôt dans les constructions situées hors de la ville-capitale et du port.

C’est sur la rive sud de la Loire que les premières maisons de campagne semblent apparaître au 18e siècle. À côté des grands domaines de Saint-Sébastien dont les maisons cossues bâties sur le coteau peuvent alors bénéficier d’une vue sur la Loire, des édifices plus modestes sont construits au bord de l’eau. À la Haute-Ile, une maison de campagne est bâtie le long de la rive au 1, place de la Société. Son corps de logis, large de trois travées, à un étage carré et un comble. Il est accosté de deux petits pavillons de plan carré en rez-de-chaussée simple. Entourée de mur, la propriété surplombe la Loire grâce à un « marchepied » - une petite plateforme sur pieu - pratiqué sur la rive auquel on accède par un petit escalier installé dans la clôture. Aujourd’hui engoncée dans un tissu urbain serré, la propriété était à l’origine relativement isolée.

Plan de construction d'une diguede protection de la boire de Haute-Ile

Plan de construction d'une diguede protection de la boire de Haute-Ile

Date du document : 1877

C’est dans la seconde moitié du 19e siècle que la villégiature se développe dans la vallée. Entre 1890 et 1920, le coteau à l’est du bourg de Rezé se bâtit. La rue Georges Boutin se couvre de maisons de type « villégiature » qui profitent d’une vue imprenable sur la Loire.

Les balcons sur Loire au 20e siècle

Dans les années 1930, la municipalité et l’Office public d’habitation à bon marché de Nantes (HBM) lancent un programme de construction de logements collectifs bon marché au cœur du quartier de l’Hermitage, l’un des plus insalubres de la ville. Les architectes Gérard Guénault et Gabriel Guchet proposent l’érection de six immeubles en éventail et perpendiculaires à la Loire. En partie détruits par les bombardements américains de 1943, ils sont par la suite reconstruits à l’identique. En 1988, l’ensemble est restauré.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Reconstruction donne l’occasion de construire de nouveaux immeubles en front de Loire : celui situé allée Deurbroucq offre aux habitants une vue sur Loire dégagée par le rescindement de l’île Gloriette et la construction du nouveau quai Morice. Mais, une vingtaine d’années plus tard, la végétation spontanée qui se développe sur un quai laissé sans activité vient boucher la vue sur le paysage des premiers niveaux ; le phénomène est identique sur la place Mangin.

Place Mangin vue depuis la Loire

Place Mangin vue depuis la Loire

Date du document : début du 20e siècle

A Rezé, la cité radieuse édifiée par le Corbusier entre 1950 et 1955 est élevée sur la butte du centre-bourg. Bâtiment signal visible depuis la Loire et la rive opposée, l’édifice permet également à ses habitants de profiter d’une vue sur l’amont et l’aval du fleuve. Deux décennies plus tard, sur les rives de l’île Beaulieu, Jean Faucheron aménagent aussi de vastes balcons sur la Loire sur les façades de ses immeubles de la rue François Blancho.

Cette ouverture sur une Loire éloignée qui ne semble plus présenter de danger depuis que toutes les rives ont été surélevées et que deux bras de Loire ont été comblés se perpétue encore aujourd’hui dans les projets architecturaux des tours qui s’élèvent sur l’ancienne île de la Prairie-au-Duc.

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021

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