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Puits antique de l'église Saint-Similien

Le dessous des sols : Porte Saint-Pierre

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De nombreux vestiges archéologiques et architecturaux témoignant de l’histoire de la ville de Nantes depuis l’Antiquité sont conservés aux abords de l’ancienne porte Saint-Pierre. Une première fouille méthodique des lieux a été réalisée dès 1910, avant qu’une nouvelle campagne d’étude préalable à des travaux de restauration et de remise en valeur ne soit effectuée en 2012.

Contexte historique 

Pendant l’Antiquité, la voie reliant Nantes (Condevicnum) à Angers (Juliomagus) passe à l’emplacement de la porte Saint-Pierre puis prend la direction des rues du Général-Buat et du Maréchal-Joffre (noms actuels). Cet axe de communication était vraisemblablement bordé par une nécropole, marquant la limite orientale de la capitale des Namnètes. Nantes reste une ville ouverte jusqu’à la fin du 3e siècle ou le début du 4e siècle, période où elle se ceint d’une muraille monumentale pour faire face aux troubles causés par les migrations « barbares » et les réformes administratives et militaires de l’Empire romain. La première porte « Saint-Pierre » (dénomination médiévale) a été édifiée lors de cette grande campagne de défense de la ville.

Au début du Moyen Âge, du 6e siècle au 8e siècle, les abords de la porte constituent un lieu d’inhumation privilégié pour les nantais : une vaste nécropole s’y développe en raison de sa proximité avec les deux principaux édifices religieux de la ville, la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul et le baptistère Saint-Jean, situés quelques mètres au sud de la porte fortifiée.

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Date du document : 2012

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Date du document : 2012

Au début du 10e siècle, afin de mieux protéger la cité des attaques des Vikings remontant la Loire, l’évêque nantais Foucher fait construire de nouveaux murs autour du quartier de la cathédrale, en réutilisant probablement une partie de l’enceinte antique. Ruinée lors de la prise de la ville en 919, cette fortification est relevée par le duc de Bretagne Alain Bartetorte après sa victoire sur les Scandinaves en 937.

La porte Saint-Pierre et les fortifications orientales de la ville connaissent de nouvelles transformations à la fin du 12e siècle et au début du 13e siècle, sous le commandement successif des ducs et régents de Bretagne Geoffroy II, Guy de Thouars et Pierre Ier. Ces derniers font renforcer le mur d’enceinte, qui est prolongé jusqu’à l’Erdre et complété par un large fossé défensif. Les travaux comprennent également vraisemblablement la reconstruction des tours de flanquement, notamment  les deux tours de la porte Saint-Pierre. Au cours du 13e siècle, la construction du nouveau château ducal de la Tour-Neuve (actuel Château des ducs de Bretagne) entraîne le déplacement du palais épiscopal entre la porte Saint-Pierre et la cathédrale, à l’emplacement de l’ancienne église Saint-Jean-du-Baptistère.

À la fin du Moyen Âge, la porte Saint-Pierre est intégralement reconstruite dans le cadre d’une grande campagne de « modernisation » des défenses de la ville liée à l’apparition de la poudre à canon et au conflit entre le duché de Bretagne et le royaume de France. Un boulevard d’artillerie (une plate-forme fortifiée avancée) est ainsi édifié au devant de la porte Saint-Pierre dès 1424, tandis que la porte est elle-même dotée, entre 1477 et 1483, de deux puissantes tours disposant de murs épais et de nombreuses canonnières.

 Au 16e siècle, l’évêque nantais Guillaume Guéguen fait agrandir le palais épiscopal en faisant édifier un logis sur la porte Saint-Pierre, à l’arrière des deux tours d’artillerie. Ce logis est la seule partie des bâtiments de l’Évêché encore aujourd’hui conservée en élévation.

En 1658, le mur de courtine situé au sud de la porte est démoli puis reconstruit quelques mètres plus à l’est, afin de permettre l’agrandissement du chevet de la cathédrale.

Cette courtine, les tours de la porte Saint-Pierre et le boulevard d’artillerie sont progressivement détruits au cours des 18e et 19e siècles lors de travaux de réaménagement urbain (création de rues et de places). En 1910, quelques années après l’achèvement du chevet de la cathédrale (1891), ce sont les bâtiments épiscopaux qui sont démolis, à l’exception du logis Guéguen. C’est à cette occasion que le chanoine George Durville effectue une fouille méthodique des lieux et que les vestiges sont mis en valeur dans un jardin archéologique, conçu par l’architecte Étienne Coutan.

Contexte archéologique

En 2012, la Ville décide d’engager des travaux de restauration et remise en valeur des vestiges de la porte Saint-Pierre et du Jardin Coutan. L’intervention préalable des archéologues a permis de préciser et de compléter les données et hypothèses recueillies cent ans auparavant lors de la fouille du chanoine Durville.

Les plus anciens vestiges observés sont plusieurs niveaux de voie superposés et empierrés datés des 1er - 3e siècles après J.-C, correspondant aux réfections successives d’une partie de la chaussée Nantes-Angers.

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Date du document : 1911

Quelques restes de murs attestent également de l’existence de bâtiments le long de cette voie pendant cette période. La présence de stèles funéraires réutilisées dans les fondations de la porte fortifiée du 3e - 4e siècle semble quant à elle indiquer qu’une nécropole du Haut-Empire (1er - 3e siècle) était située à proximité. Tout un tronçon du mur d’enceinte urbaine est conservé au sud de la porte : mesurant plus de 4 mètres d’épaisseur, le mur est constitué d’une alternance d’assises régulières de petits blocs de granit et de rangs de briques mis en œuvre de façon soignée, témoignant de sa double fonction d’édifice de prestige et d’ouvrage militaire.

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Date du document : 11-06-2013

La fouille de la nécropole mérovingienne installée aux abords de la porte Saint-Pierre a révélé la présence de plusieurs sarcophages en pierre.

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Fouille de la Porte Saint-Pierre

Date du document : 17-07-2012

Leur étude et l’analyse des sépultures encore conservées a révélé plusieurs informations : une période de fonctionnement de la nécropole s’étalant de la fin du 6e siècle au milieu du 8e siècle, la réutilisation courante des sarcophages par l’inhumation successive de plusieurs défunts, mais aussi le statut social plutôt élevé de ces derniers, en raison de la bonne facture des tombes et de leurs proximité avec l’église Saint-Jean-du-Baptistère et la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul.

Au cours du Moyen Âge, un mur a été édifié à travers la nécropole mérovingienne. La fonction et la datation de ce mur restent très incertaines et hypothétiques. D’après le chanoine Durville, il pourrait s’agir d’un reliquat du mur de fortification construit par l’évêque Foucher au 10e siècle, bien que seules soient véritablement attestées sa postériorité au 8e siècle (le mur repose sur les sarcophages mérovingiens) et son antériorité au 15e siècle (le mur est réutilisé dans les fondations de la porte Saint-Pierre reconstruite vers 1477).

Aucun vestige pouvant être associé à la porte fortifiée du 13e siècle n’a été mis au jour lors des études archéologiques et architecturales. En effet, la reconstruction intégrale de l’édifice à la fin du 15e siècle a été précédé de la démolition du dispositif défensif antérieur. Elles-mêmes en grande partie détruites lors des travaux de démantèlement des 18e et 19e siècles, les fortifications de la porte Saint-Pierre ne consistent plus aujourd’hui qu’aux deux niveaux inférieurs de la tour de l’Évêché, qui flanquait le côté sud de la porte. Cette tour, édifiée entre 1477 et 1483, dispose d’encadrements d’ouvertures et d’un parement extérieur alternant assises de schiste et assises de granit. Ce type de parement alterné « bicolore », qui se retrouve sur plusieurs autres vestiges des fortifications nantaises datées de la seconde moitié du 15e siècle (porte Sauvetout et Château de ducs de Bretagne notamment), ajoute une valeur ostentatoire aux défenses de la ville. Plusieurs canonnières de la tour sont encore conservées : aménagées dans un mur avoisinant les six mètres d’épaisseur, elles permettaient de protéger les abords de la muraille et le fossé situés au sud de la porte.

Le mur de courtine édifié en 1658, construit en blocs de schiste et épais de 4 m, formait quant à lui un éperon (angle saillant) en avant du chevet de la cathédrale, entre la tour de l’Évêché et la tour du Mûrier, dont les vestiges sont eux aussi encore visibles le long du cours Saint-Pierre, au niveau du jardin de la Psalette.

Direction du Patrimoine et de l'Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole
2018

En savoir plus

Bibliographie

Armide, Aurélien, « Les comptes et inventaires d’artillerie de la ville de Nantes (1457-1496) », dans Artillerie et fortification, 1200-1600, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2011, p. 165-178

Durville, Georges, « Les fouilles de l’évêché de Nantes 1910-1913 », Bulletin de la Société Archéologique et Historique de Nantes et de la Loire-Inférieure, 1913, supplément

Lacoste, Nicolas, Nantes, Porte Saint-Pierre : rapport de fouille archéologique, Ville de Nantes, Direction du Patrimoine et de l'archéologie, Nantes, 2014

Pacaud, Maël,  « La porte Saint-Pierre : une porte de ville, un logis épiscopal », dans Nantes Flamboyante : actes du colloque organisé par la société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, Nantes 24-26 novembre 2011,  Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, Nantes, 2014, p. 205-212

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Rédaction d'article :

Nicolas Lacoste ,  Camille Dreillard

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