
Habiter Nantes Nord (1900-1956)
Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les quartiers nord de Nantes sont peu peuplés et urbanisés, à l’exception de quelques lotissements et bourgs. Ce n’est qu’après-guerre que la pénurie de logements entraîne la construction de nouveaux lotissements et cités d’urgence afin d’héberger une population nantaise en croissance.

Carte des lotissements du quartier Nantes Nord
Date du document : 04/2025
L’habitat à Nantes Nord avant la Seconde Guerre mondiale
Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, Nantes Nord se caractérise par sa ruralité. Ces terres sont cultivées par une quarantaine de familles d’agriculteurs réparties dans des hameaux.

Vue aérienne de Nantes Nord en 1923
Date du document : 1923
Au début du 20e siècle, les regroupements de population les plus importants sont à la Jonelière, au Bout-des-Pavés et au Pont-du-Cens. Les recensements réalisés entre 1906 et 1936 montre une augmentation de la population, signe de l’urbanisation progressive du quartier. Des initiatives individuelles engagent la construction de maisons, essentiellement au Pont-du-Cens, au Bout-des-Pavés et à la route de la Chapelle-sur-Erdre.
Certains projets immobiliers sont réalisés dans le cadre de programmes plus structurés. C’est le cas du lotissement du Pressoir de la Boissière, situé rues du Pressoir, Henri-Bertrand et Gesvres, dont la création a été approuvée par arrêté préfectoral le 9 mai 1922. Une partie des maisons est construite dans le cadre de la loi Loucheur de 1928 qui a pour but d’accorder des facilités aux familles ouvrières pour l’accès à la propriété (taux d’intérêt très faible, remboursements mensuels étalés sur 20 ou 25 ans...). Ce secteur reste peu loti au début des années 1940.
Un lotissement est également aménagé dans l’actuelle rue des Églantiers suite à l’achat du champ dit « Le Pâtureau aux bœufs » en 1924. La construction des maisons se fait au cours du temps.
Les cités provisoires de l’après-guerre
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le centre-ville de Nantes est en partie démoli par les bombardements de septembre 1943. De nombreux habitants quittent la ville pour se réfugier en campagne. La paix revenue, il est nécessaire de reloger les sinistrés de retour à Nantes. Mais le nombre de logements est insuffisant pour répondre à la forte demande tandis qu’en parallèle, le dynamisme économique et industriel nantais entraîne l'exode de la population rurale vers la ville. Des solutions peu onéreuses doivent être trouvées pour pallier à cette pénurie.
Dans un premier temps, deux cités provisoires, sous la forme de baraquements en bois, sont construites à Nantes. La première est aménagée au Pressoir en quelques mois, à partir de la fin de l’année 1948. Elle permet de loger une centaine de familles. Le confort est très sommaire : les logements ne sont pas isolés ni raccordés au réseau de gaz, ils ne disposent pas de salle de bain et les WC sont en extérieur, dans un caveau. Prévus pour durer cinq ans, les baraquements ne sont détruits qu’entre 1967 et 1968. Une seconde cité provisoire est érigée au Chêne-des-Anglais entre 1952 et 1953. Elle comporte près de 200 baraquements devant abriter les sinistrés des bombardements ainsi que les habitants à reloger suite aux démolitions du quartier insalubre du Marchix. La cité Chêne-des-Anglais n’est détruite qu’entre 1970 et 1971.

Baraquements en bois de la cité du Chêne-des-Anglais
Date du document : Années 1950
Les cités d’urgence
Cette crise du logement ne touche pas seulement Nantes. En réalité, toute la France est concernée par la pénurie et l’insalubrité de l’habitat. En mars 1953, l’Assemblée nationale vote le Plan Courant afin de résoudre cette crise profonde. Plusieurs lois entrent en vigueur pour favoriser l’édification rapide et massive de logements. Il faut cependant attendre plusieurs années pour voir les premiers effets de ces mesures, l’appareil de production étant incapable de faire face à la demande.
Durant l’hiver 1954 particulièrement rigoureux, plusieurs personnes sans-abris décèdent dans la rue. Suite à son appel lancé sur radio Luxembourg, l’abbé Pierre dénonce l’inaction des responsables politiques en matière de logement et pousse les pouvoirs publics à agir en faveur des plus démunis. Un plan de construction de 12 000 logements de première nécessité est alors entrepris dans toute la France. À Nantes, 110 logements sont bâtis dans deux cités d’urgence situées au Port-Durand et à la Géraudière. Les 53 maisons de la Géraudière sont achevées à la fin de l’année 1955.

Cité de la Géraudière avant sa réhabilitation
Date du document : Début des années 1990
Le logement à caractère social en accession à la propriété
Dans les années 1950, l’urbanisation de Nantes Nord se traduit par la multiplication de lotissements regroupant des maisons en accession à la propriété pour des personnes aux revenus modestes. Les futurs propriétaires reçoivent des subventions de l’État et/ou des aides indirectes des collectivités (viabilisation des terrains, cession des terrains à des prix bas...). Ainsi, le 11 septembre 1953, la Ville de Nantes acquiert la propriété du château de la Boissière. Elle entreprend de réaliser l’aménagement des rues, l’installation des égouts, le raccordement aux réseaux d’eau et d’électricité et le morcellement de ces 12 hectares « pour permettre la cession des parcelles ainsi créées à des candidats constructeurs, de ressources modestes, désirant édifier des logements économiques et familiaux ».

Le manoir de la Boissière
Date du document : Fin du 19e siècle
Le 19 février 1954, la Ville de Nantes cède une portion des terrains à l’Association pour la construction de logement. Ce lotissement est réalisé en trois tranches successives entre 1954 et 1956. Parmi les propriétaires figurent notamment des salariés ayant obtenu des aides de l’entreprise ou administration qui les emploie (transport Drouin, Le Guillou, Chantiers de Bretagne, Ville de Nantes...). Au total, 163 maisons sont construites lors des deux premières tranches.

Maisons du lotissement de la Boissière
Date du document : Fin des années 1950
Construire ensemble pour diminuer les coûts
La troisième tranche est cédée au Comité ouvrier du logement. Il réunit des familles de « Castors » qui, entre 1958 et 1959, participent collectivement à la construction de leurs maisons pour diminuer les coûts liés aux travaux. À la même période, d’autres initiatives solidaires similaires ont précédé les Castors dans le quartier :
• Lotissement des « policiers » : 42 maisons sont bâties avenue des Jonquilles et rue des Roches par des policiers de la 42e Compagnie républicaine de sécurité et de la Police urbaine. Les plans de ces maisons jumelées et identiques sont conçus par l’architecte Lambert, et repris pour d’autres lotissements de policiers à Nantes. Les premiers habitants s’installent en 1954,
• Lotissement « LU » : 12 maisons sont construites en 1955 rue de Gesvres par des salariés de l’entreprise Lefèvre-Utile et de l’Imprimerie Moderne,
• Lotissement « Baticoop » (1958-1959) : les candidats à la construction se réunissent au sein de la Société Baticoop Bourgeonnière. L’adhésion à l’association nationale Baticoop offre plusieurs avantages permettant de réduire les coûts : prise en charge de l’acquisition des terrains, du permis de construire, de la souscription des emprunts, des études du projet avec les architectes ou encore de l’exécution des travaux de construction. En retour, les futurs propriétaires s’engagent à ne pas modifier le projet retenu par Baticoop. Les premiers habitants s’installent à la fin de l’année 1959,
• Le groupe des Communaux : 11 pavillons sont bâtis chemin des Renards entre 1956 et 1958 par des employés municipaux ayant bénéficié de facilités financières.

Construction de logements du groupe des Communaux
Date du document : Fin des années 1950
La construction de lotissements pavillonnaires ne parvient toutefois pas à résorber le besoin de logements. Les autorités publics doivent construire massivement, plus rapidement et en limitant les coûts. Dès la fin des années 1950, une nouvelle politique favorisant l’implantation d’Habitations à Loyer Modéré (HLM) sous la forme de grands ensembles est engagée au détriment de l’habitat individuel, à Nantes Nord comme dans d’autres quartiers nantais.
Francis Peslerbe, Noémie Boulay
Groupe Histoire des quartiers Nord de l’association d'action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB) – Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2025
En savoir plus
Bibliographie
Peslerbe Francis, Association d'action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB), Histoire des quartiers nord de Nantes. Entre Cens et Erdre, un quartier « mosaïque » des années 50 à aujourd’hui, livre 4, AASCEB, Nantes, 2007
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Rédaction d'article :
Francis Peslerbe, Noémie Boulay
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