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Escaliers et statue Sainte-Anne

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Le quartier de Sainte-Anne, dit aussi de l’Hermitage, offre un remarquable point de vue sur Nantes et sur la Loire. Il n’a pas toujours été nantais !

Sainte Anne et la carrière de Miséry

Sainte Anne et la carrière de Miséry

Date du document : sans date

Avant 1850, le quartier de l’Hermitage, ou de Miséry, est occupé par des vignes, quelques maisons bourgeoises, dont celle qui appartiendra à la famille Coutant (parents de l’architecte Étienne Coutant), ce qui reste du château de Luzançay, le manoir de la Hautière, quelques moulins à vent en fin de vie, un monastère de “petits Capucins” (les grands Capucins sont installés  au-dessus de la Fosse, à l’emplacement de la Médiathèque). 

L'Hermitage sur le plan Cacault

L'Hermitage sur le plan Cacault

Date du document : 1756-1757

Dès le début de la Révolution, Nantes s’agrandit en absorbant Saint-Donatien à l’est, Saint-Jacques au sud, et une partie de Chantenay ; la nouvelle “frontière”, c’est la rue Fontaine-des-Baronnies, précédant l’annexion de 1908. Le coteau de l’Hermitage domine les quais. Le rocher fournit un excellent granite, le seul qui résiste assez longtemps au passage des roues ferrées dans les grandes artères de la ville. La carrière de Miséry a profondément entamé la butte.

L’activité du port se déplace vers l’aval, où chantiers, entrepôts, ateliers, profitent d’espaces encore libres pour s’installer, ce qui attirait une main-d’œuvre nombreuse. En 1845, une même ordonnance royale autorise la création de deux nouvelles « succursales » nantaises, Saint-Joseph-de-Porterie à l’est de la ville, Sainte-Anne-de-l’Hermitage à l’ouest. L’église est rapidement construite, et son premier desservant est nommé, Jean-Noël Le Huédé. Il y restera 38 ans, jusqu’à son décès le 6 décembre 1884. 

Le quartier est de plus en plus peuplé, surtout de Bretons qui fuient la misère et qui pensent trouver mieux ici. Ils s’entassent dans des logements insalubres ; des familles entières logent dans une seule pièce sans fenêtre ; il n’y a ni égouts ni eau potable ; une bonne partie de la population tente de vivre dans la boue, dans les excréments, dans l’air vicié. De nombreux rapports, documents de voirie, décrivent la situation. Il n’y a pas d’argent pour y remédier ; mais à quelques centaines de mètres, on édifie le luxueux lotissement qui deviendra la place Mellinet. 
Jean-Noël Le Huédé fait ce qu’il peut pour améliorer le sort de ses paroissiens, qui par ailleurs ont une certaine tendance à s’émanciper de la pesante surveillance qu’ils subissaient dans leur pays natal. Le bas de la butte, aux abords des quais, est très peuplé ; on comprend que ces habitants hésitent, le dimanche, à effectuer la rude grimpette qui les amènerait à l’église. Deux ou trois escaliers bien raides (l’escalier des Cent Pas), plus ou moins croulants, et souvent privés, permettent l’accès à la butte sans faire le détour par la rue de l’Hermitage. De leur côté, il arrive souvent que les habitants du haut travaillent dans les entreprises des quais. On pétitionne… Monsieur le Maire et son conseil sont bien d’accord pour faire construire un nouvel escalier, plus confortable, moins dangereux. 

Construction de l'escalier de Sainte-Anne, enquête publique

Construction de l'escalier de Sainte-Anne, enquête publique

Date du document : années 1840

En mai 1847, le maire Ferdinand Favre fait adopter un rapport Chenantais concernant la construction d’un escalier entre le quai d’Aiguillon et l’église. Le plan et le devis ont été établis par Théodore-Henry Driollet, l’architecte voyer de la Ville ; l’escalier aura une emprise de 14,50 mètres ; les 125 marches, réparties en cinq volées, auront une largeur de 8 mètres. Elles seront taillées dans un granit bleu très dur de premier choix. Une somme de 19 279 F est inscrite au budget additionnel de la Ville. Le 2 mai 1850, l’escalier, bordé de 26 arbres, est ouvert au public. Il ne sera pas nommé “escalier d’Aiguillon”, mais “escalier de Sainte-Anne”, à la demande du curé qui assure que l’intervention de la sainte a facilité la décision.

Les marches de Sainte-Anne

Les marches de Sainte-Anne

Date du document : vers 1910

C’est tout un projet urbain qui concerne le nouveau quartier : il sera désenclavé par un prolongement du boulevard Saint-Aignan ; pour marquer dignement cette entrée de Nantes en venant du fleuve, on a prévu d’édifier une « statue colossale » au sommet de l’escalier. Jean-Noël Le Huédé qui, dit-il, est déjà intervenu vigoureusement pour faire accélérer la construction de l’escalier, propose que la statue soit celle de Sainte Anne. Elle ne coûtera rien à la Ville, il la payera lui-même à l’aide d’une souscription, à l’aide de vide-greniers (à cette époque, on les nommait « bazars ») ; la Ville ne se chargera que de la construction du piédestal. Son projet est accepté. Le 2 septembre 1850, le sculpteur Amédée Ménard invite le maire à venir apprécier le modèle en plâtre, exposé dans les ateliers du fondeur Voruz, presqu’un voisin. Celui-ci ne fera payer que la moitié de son travail ; la statue de sainte Anne, qui devait être en pierre de Crazanne (un fin calcaire charentais), sera finalement coulée en fonte de fer. Elle occupera exactement la place de « la Pierre nantaise ». La « Pierre nantaise » était une des curiosités de Nantes, qu’on faisait voir aux touristes de l’époque : un gros rocher, haut de 10 à 12 mètres, sur lequel les enfants s’amusaient à glisser lorsqu’on leur offrait quelques petites pièces.

La statue de Sainte-Anne et les gamins de la butte

La statue de Sainte-Anne et les gamins de la butte

Date du document : avant 1907

La statue est inaugurée le 22 avril 1851, mardi de Pâques. La presse de l’époque, Le Breton, le journal de la famille Mellinet, Le National de l’Ouest, le journal de la famille Mangin qui va devenir Le Phare de la Loire,  ont raconté la grandiose cérémonie. Monseigneur Jacquemet, évêque de Nantes, le clergé “de la cité entière”, le préfet, le maire et son conseil, le recteur de l’académie, le général entouré de son état-major, un peuple “immense”, assistent à la fête.
Quelques années plus tard… On avait oublié un détail : la fonte de fer a le fâcheux défaut de s’oxyder ; périodiquement, la statue prenait un air lamentable ; qui devait l’entretenir ? Les services municipaux se dévoueront ; lorsqu’on repeignait les rampes de l’escalier, un pot de peinture supplémentaire ne grevait pas beaucoup les finances de la Ville. Bientôt, on oublia même qui était le propriétaire de la statue : la paroisse ? la commune ? Le sait-on, aujourd’hui ?
Quant à l’escalier… En 1857, le chemin de fer est prolongé jusqu’à Saint-Nazaire. La Compagnie d’Orléans, propriétaire, le fait passer au pied des rochers ; de nombreuses maisons sont abattues, l’escalier est amputé de sa dernière travée, qu’on remplace par un élégant perron ; ses marches permettent de descendre perpendiculairement vers la rue. Après la guerre 1939-1945, la voie ferrée est détournée en souterrain, un boulevard occupe la place des rails. On élargit le boulevard. Nouvelle destruction : le perron disparaît, remplacé par une construction bétonnée qui ne fait guère honneur au patrimoine architectural nantais. 

Là-haut, la situation s’est bien améliorée ; une nouvelle rue (la rue Dupleix) a permis de supprimer une bonne partie des taudis ; des bains-douches ont été construits, deux belles écoles publiques accueillent les enfants. Les HBM de la rue de l’Hermitage, détruits par les bombardements de 1943, ont été reconstruits. La Butte Sainte-Anne est devenue un quartier recherché.

2018

En savoir plus

Bibliographie

Le Bail, Louis, « Les escaliers de la Butte », Le petit journal de Saint-Jo, n°80, juin 2015, p. 3-4

Le Bail, Louis, « Les escaliers de la Butte : Sainte-Anne, un quartier nantais au temps du Second Empire », Revue du Centre généalogique de Loire-Atlantique, n°159, 2015, p. 9-21

Ollivier, Athanase, « La Pierre Nantaise », dans Sainte-Anne de Nantes, histoire paroissiale, Nantes, 1909

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Rédaction d'article :

Louis Le Bail

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