Du 16e au 20e siècle, la carrière Miséry a alimenté nombre de chantiers de construction dans le quartier et dans toute la ville. Ancien site industriel aujourd'hui en friche, il a été choisi pour accueillir en 2022 l'Arbre aux hérons.

Au début du 18e siècle, alors que Nantes est en plein essor avec le développement du commerce maritime, Chantenay reste encore un bourg rural concentré autour de la paroisse de Saint-Martin. Le coteau de Miséry, rattaché à Nantes, est la propriété des seigneurs de la Hautière.

Une carrière à la campagne

Au 16e siècle, les seigneurs de la Hautière possèdent la carrière et l’ensemble des terres environnantes jusqu’au manoir du même nom, situé au nord. Pas de quai ni de construction, c'est encore la campagne. Le versant escarpé du coteau est à peine entaillé et avance sur la Loire.

Les premières mentions d’exploitation de la carrière Miséry remonte à cette époque. Le front de taille est alors beaucoup plus proche de la Loire et moins abrupt qu’aujourd’hui. Plusieurs types de pierre en sont extraites : la baryte sulfatée ainsi que deux variétés de granite (une roche très dure gris-bleu et une roche friable jaune). 

Le coteau de Miséry hérite son nom de « misère » car le site aurait servi de refuge à des miséreux bénéficiant sans doute de la charité des moines du couvent de l'Ermitage installé sur le coteau, à l'est. La carrière était aussi, parfois, dite « de l'Hermitage », toujours en référence aux Capucins et à leur couvent voisin.

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L'extraction à la carrière Miséry sous l'Ancien Régime

A la fin du 16e siècle, les seigneurs de la Hautière accordent à la ville le droit d'exploiter la carrière en échange du versement d'une rente annuelle. Les pierres de Miséry permirent la construction du pont de Pirmil en 1568 et les consolidations des fortifications. Mais la ville n'est pas la seule exploitante de la carrière. Les perreyeurs revendent les pierres pour leur propre compte aux architectes, maçons et particuliers. 

A cette époque, il existe de nombreuses carrières à Nantes. Au 16e siècle, certaines se trouvent en ville à proximité immédiate des chantiers de construction, d'autres dans les faubourgs comme Miséry ou la Contrie. A l'issue des chantiers, les traces de ces exploitations sont effacées afin d'éviter tout danger pour les habitations du voisinage. 

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Pendant la révolution, un lieu d'exécution

Entre novembre 1793 et février 1794, la carrière ainsi que les bords de Loire sont le théâtre d’exécutions de contre-révolutionnaires, prêtres réfractaires et prisonniers vendéens. En effet, des menaces pèsent sur la République : invasion des armées de l’Europe coalisée, guerre civile menée par les Vendéens et les fédéralistes.  
Jean-Baptiste Carrier est investi de tous les pouvoirs par la Convention à Nantes pour faire taire la contre-révolution. Il met en œuvre des mesures extrêmes afin de frapper les esprits. D’abord emprisonnés à l’ermitage des petits capucins, des prêtres et des religieux sont noyés en novembre 1793 dans la Loire. Plus de 1000 personnes meurent ainsi noyées et 3 600 prisonniers sont fusillés dans les carrières de Nantes.

L'apogée de l'exploitation de la carrière : le 19e siècle

Dès la fin du 18e siècle, la carrière semble épuisée, mais paradoxalement elle connaît son apogée d’exploitation dans la seconde moitié du 19e siècle. En 1853, à la mort de Pierre Carré de Lusançay, navigateur, militaire et seigneur de la Hautière, les terres sont partagées et les biens dispersés. La Ville achète la carrière et les terrains situés au-dessus. 

À cette époque, il était courant que chaque administration (commune, département, État) possède sa propre carrière réservée à l’entretien des chemins et des routes. En effet, au 19e siècle, les besoins en matériaux sont croissants :  pierre pour le réseau routier, ballast pour le réseau ferré qui est alors en plein développement. Deux autres carrières sont ouvertes de part et d’autre de Miséry. À Nantes, le granit est utilisé essentiellement pour paver les rues. Mais les pierres sont également exportées à l’étranger. Ainsi, le Belem, tout juste sorti des chantiers Dubigeon voisins, transporta en 1896 des pierres de Miséry jusqu’en Uruguay.

L’extraction était exclusivement manuelle : barres à mines et charges de poudre pour la perforation et l’explosion ; puis pioche et masse pour la coupe. Le front de taille s’avançant de plus en plus dans le coteau, de nombreux conflits sont signalés avec les riverains. En 1839, la ville propose une prime de 20 000 francs à qui découvrira une machine propre à extraire de la carrière les pavés de granit de diverses dimensions.

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Au début du 20e siècle, l’extraction de la pierre dans la carrière Miséry cohabite avec l’activité de la brasserie. Cessant progressivement l’exploitation de la carrière, la Ville vend année après année des parcelles de Miséry aux Brasseries de la Meuse. 

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L’exploitation des carrières nantaises cesse dans les années 1930, entraînant l’utilisation de granites extérieurs : bretons avant la Seconde Guerre mondiale puis de Scandinavie ou de Chine après.

Falaise de Miséry et voie ferrée

Date du document : 1878

Un lieu en devenir

Suite à la fermeture des Brasseries de la Meuse, le site de l'ancienne carrière Miséry devient un espace d’expérimentation. En octobre 1991, le Festival des Allumés investit le site dans son édition sur Leningrad - Saint-Pétersbourg avec un spectacle sur Tchernobyl. 

La Ville de Nantes devient propriétaire de l'ensemble du terrain en 2004. Une association d'architectes et de paysagistes investit régulièrement le site où elle se livre à des expériences artistiques et végétales. Les anciennes façades sont mises à disposition de la ville pour les graffeurs. L'arbre lunaire lunar tree, de 12 mètres de haut, réalisé par Mrzyk & Moriceau est mis en place pour Estuaire 2012 : « C’est un arbre mort, blanc le jour et qui se met à briller la nuit comme un spectre. C’est une invitation à l’imaginaire, il pourrait être l’objet d’un conte, est ce que les arbres ont une âme ? ».

En 2016, la carrière Miséry, site hors-norme de trois hectares, est choisie pour accueillir le 101e jardin nantais. Son ouverture est programmée en 2022.
Ce jardin extraordinaire abritera l'arbre aux hérons, une architecture monumentale de 35 mètres de hauteur et 50 mètres d'envergure, construite par Francois Delarozière et Pierre Oréfice. Tadashi Kawamata, l'auteur de l’observatoire à Lavau-sur-Loire, créera quant à lui un belvédère en forme de nid de cigogne, offrant un point de vue exceptionnel sur la ville et le fleuve.

Direction du Patrimoine et de l'Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole
2018

Anecdote : Connaissez-vous la « Pierre nantaise » ?

À l'extrémité de ce qui est actuellement la place des Garennes s'élevait un bloc de granite d'une hauteur d'environ 10 mètres. Les enfants avaient l'habitude de l'escalader et de danser à son sommet. Ce rocher, nommé "Pierre Nantaise", disparut autour...


Anecdote : Le coteau Miséry, illuminé par le Roi Soleil

En 1622, les seigneurs de la Hautière font don du terrain sur le coteau situé à l’est de la carrière, à l'ordre des frères mineurs Capucins, disciples de François d’Assise. Une douzaine de religieux fonde alors l’ermitage des petits capucins, par opposition...


Anecdote : Le sillon de Bretagne, un granite breton

Le granite de la carrière Miséry s'est mis en place il y a 310 millions d'années, le long d'une faille qui s'étend de la pointe du Raz à la Vendée. Celle-ci forme un talus appelé le sillon de Bretagne, auquel on doit les hauteurs de la butte Saint-Anne....




En bref...

Localisation :

Joseph Cholet (rue) 1, NANTES

Typologie :

architecture industrielle

Tags

En savoir plus

Bibliographie

Société des Sciences Naturelles de l'Ouest de la France, Carrière de Miséry, 500 ans d'histoire nantaise, Joca Seria, Nantes, 2018 (Place publique, n° hors-série)

Pages liées

Carrière de la Contrie

Révolution

Les Allumées

Pont de Pirmil

Brasserie

Contributeurs

Rédaction d'article :

Gaëlle Caudal