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Place de la Nation Ancienne manufacture royale de Corderie

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Stella


Stella est l’un des fabricants de cycles les plus emblématiques de la région nantaise. Ambitieuse, l’entreprise s’illustre dans le cyclisme professionnel. Son poulain, Louison Bobet, remporte même deux Tours de France. Mais la crise économique et la concurrence d’autres moyens de transport conduisent Stella a mettre la clé sous la porte en 1976.

         Innovations et ambitions

C’est en 1896 que Henri Iwanesko ouvre un magasin de cycles et de machines à coudre au 1 place du Port-Communeau à Nantes. Ingénieur mécanicien, il est également fabricant de pneumatiques et dépose en 1902 un brevet sous la marque « Le Nantais ». Henri Iwanesko est membre de la société astronomique de France.

En 1912, Pierre Fonteneau rachète l’affaire et ajoute à ses ventes des produits de la manufacture de Saint-Étienne tels que des fusils de chasse, des landaus et aussi des meubles. Il obtient de BSA, la principale marque de cycles anglaise de l’époque, la concession exclusive pour la distribution des produits sur le territoire français. Lors de la Première Guerre mondiale, Pierre est mobilisé et sa femme Élie prend les rênes de l’entreprise. Dès son retour, Pierre Fonteneau et son épouse décident de lancer en 1919 leur propre marque. Pierre, passionné d’astronomie, choisit le nom en latin d’une constellation, Stella, ce qui signifie étoile. C’est une nouvelle aventure qui commence.

En 1920, il crée son premier atelier et recrute quelques ouvriers capables de fournir un travail qualitatif dans la fabrication des cadres. Il ne lésine pas sur le choix des accessoires, la qualité étant son principal objectif : c’est ainsi qu’il compte se démarquer de la concurrence. Le choix est judicieux. En 1924, il remporte la médaille d’or à l’exposition nationale de Nantes. L’entreprise prospère rapidement. Elle couvre une douzaine de départements de l’ouest. En 1925, les locaux devenant exiguës, l’entreprise implante son siège, son atelier d’assemblage et son magasin de vente au 21 chaussée de la Madeleine. La fabrication des cadres se fait au 3 bis rue Laennec.

En 1934, le fondateur fait entrer son fils Pierre Fonteneau junior dans l’affaire. Ce jeune ingénieur diplômé de l’ICAM et prend en charge la commercialisation des cycles avec son beau-frère France Aubert, ingénieur de l’École Centrale de Paris, qui dirige plus spécialement le secteur des machines à coudre. La mécanique des machines à coudre est achetée à la manufacture de Saint-Étienne. Les mobiliers et le montage sont réalisés rue Laennec. Cette activité périclite au cours des années 1950 et est remplacée par la commercialisation en exclusivité pour la France de très beaux modèles fabriqués en Suisse : les machines à coudre Bernina.

L’apogée

L’arrivée de Pierre Fonteneau junior apporte du dynamisme à l’entreprise. Après une modernisation des ateliers, la fabrication atteint les 1000 vélos par mois en 1939. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Pierre Fonteneau senior et junior sont mobilisés, mais leur absence est de courte durée. L’entreprise produit au ralenti et porte l’activité sur les pièces de remplacement. Moyeux, freins, manivelles et plateaux sont lancés en fabrication dans les fonderies de précision de Nanterre.

En 1945, Stella devient une SARL au capital d’1 million de francs. L’entreprise emploie jusqu’à 120 salariés. La concurrence est rude avec les grandes marques Terrot, Peugeot, Mercier et surtout Gitane, sa voisine machecoulaise. Pierre Fonteneau junior a des envies d’expansion et d’exportation. Il s’engage dans des campagnes de communication de grande ampleur et construit petit à petit ce dont il rêve depuis longtemps pour faire connaître la marque : une équipe de coureurs cyclistes professionnels. Ce sera le challenge de la décennie de l’après-guerre.

La course aux médailles

Déjà dans l’entre-deux guerres, vers 1930, l’entreprise Stella commence à équiper des coureurs amateurs régionaux, mixage de jeunes prometteurs et de vétérans confirmés. Son premier champion est Maurice L’Hôtellier, un jeune angevin qui dès 1930 remporte le circuit du Maine-et-Loire. Sur piste, il tient la dragée haute aux champions de l’époque Leduc et Pelissier. Suivront d’autres étoiles amateurs, pistards ou routiers : les frères Bautru, Georges Peuziat, Joseph Kergoff, Pierre Le Cam, Albert Goutal, les frères Allory et Le Goff, Serge Denjean qui par la suite s’installe comme fabricant de cadres et ouvre un magasin de vélos en bonnes relations avec Stella.

En 1947, sur les conseils de Ange Guenard, représentant des cycles Stella en Ille-et-Vilaine, Pierre Fonteneau recrute un jeune amateur du nom de Louison Bobet originaire de Saint-Méen-Le-Grand près de Rennes. Il sera entouré d’une douzaine de coureurs dont la plupart sont de très bons régionaux tels que Barbotin, Audaire, Mahé, Malléjac, quelques indépendants et aussi des occasionnels comme Roger Lambrecht et Francis Chrétien qui courent pour Génial Lucifer quand Stella n’est pas engagée. Ange Guenard, sûr de Louison Bobet, convainc Pierre Fonteneau d’inscrire son poulain aux boucles de la Seine, heureuse décision car Louison remporte la victoire devant l’élite du cyclisme professionnel français. Bobet est sur orbite et la jeune équipe Stella aussi. Le coureur fait la une de tous les journaux sportifs et fait connaître ainsi la société Stella. Les ventes de cycles s’envolent, les affaires deviennent florissantes, Pierre Fonteneau écrit : « Les ouvriers, naturellement concernés, l’étaient encore plus. Leur travail était lié au succès des champions de l’équipe. Ils avaient vraiment le sentiment que faire du beau travail correspondait à notre succès, à nos victoires. »

Pendant les quatre premières années de 1948 à 1951, les vedettes de l’équipe sont Louison Bobet, André Mahé, Roger Lambrecht et Pierre Barbotin. Barbotin est presque l’égal de Bobet : les deux hommes dominent tellement leurs adversaires que la presse les surnomme les B-B. Les succès s’enchaînent. Bobet gagne des courses prestigieuses comme Milan-San Remo, le Grand Prix des Nations, le championnat de France et du monde. Mais l’entreprise ne parvient pas à couvrir les dépenses de l’équipe. En raison de la forte poussée des cyclomoteurs sur le marché, une crise s’installe chez les fabricants de bicyclettes. Fin 1952, Pierre Fonteneau songe à mettre fin à l’équipe professionnelle, mais la victoire de Louison Bobet lors du Tour de France en 1953 sursoit à la décision. Malheureusement, les retombées économiques ne sont pas à la hauteur de l’exploit. Malgré un second Tour gagné en 1954 et un palmarès éblouissant, l’équipe professionnelle est supprimée en fin d’année. Pierre Fonteneau se résigne à mettre un terme à cette grande épopée fin 1954. Stella continue son action dans le cyclisme amateur jusqu’à la fermeture de l’entreprise en 1976.

Le déclin

Pierre Fonteneau se bat à coup d’innovations techniques. Il imagine le « Pocketby », un vélo pliant réglable pour les petits comme pour les grands qui se range dans une valise. Il tente le marché américain très prometteur. Il répond à la commande d’un importateur des États-Unis qui le paye rubis sur l’ongle. La confiance s’installe et Stella accepte une seconde commande de 3000 vélos avec paiement à réception. L’importateur tique sur la mise aux normes américaines des vélos et propose de les prendre à moitié prix. Les vélos ne pouvant être vendus en France, c’est le coup de grâce. Les banques sont frileuses depuis le début des années 1970. La situation devient critique, Stella ferme définitivement ses portes en 1976.

Dominique Gicquel
Conservatoire de l’Industrie de l’Estuaire et de la Loire
2021

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Catalogue de l’exposition « Dans la roue de la petite reine » par le Conservatoire de l’Industrie de l’Estuaire et de la Loire

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