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Foin

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Sur les îles et aux alentours de Nantes, les champs fournissaient foin et paille indispensables à la vie quotidienne de la ville. En effet, du Moyen Age au début du 20e siècle, des milliers d’animaux vivaient en ville pour fournir nourriture et transport. La paille et le foin étaient donc un produit de première nécessité...

Des besoins importants et croissants

Les besoins en foin sont proportionnels au développement de la vie urbaine. Les chevaux sont parmi les animaux les plus nombreux et sont utilisés pour le transport des particuliers, des militaires, des officiers de l'État, de l'Église ou des municipalités.

Transports sur la place Royale

Transports sur la place Royale

Date du document : fin du 19e siècle

Avec la mise en place de transports publics et le développement d’entreprises d’omnibus dès 1828, leur nombre s’accroît. Ces sociétés qui disposaient de plusieurs dizaines de chevaux possédaient des écuries importantes dont certaines sont encore visibles dans le quartier de la Madeleine, en particulier au passage de la Poule Noire.

Une denrée qui enrichit les caisses de la Ville

Face à ces besoins importants, d’énormes quantités de foin arrivent à Nantes par bateaux  sur le temps très court de l’été. Si les quantités de foin débarquées à Nantes pour la période de l’Ancien Régime ne sont pas connues, les dépôts annuels au 19e siècle avoisinent les 10 000 tonnes. Comme toutes denrées alimentaires, les variations sur le prix du foin ont une incidence sur la vie quotidienne des populations mais également sur les finances publiques car la raréfaction de la production induit une baisse des taxes. Or à la fin du 19e siècle, les 7 millions de kilogrammes de foins débarqués chaque année fournissent « un des meilleurs revenus pour [la] ville ».

Bascule à peser le foin sur l’île Feydeau

Bascule à peser le foin sur l’île Feydeau

Date du document : sans date

En conséquence, la question du débarquement du foin sur les quais de Nantes qui peut aujourd'hui sembler incongrue, n’en est pas moins aiguë du Moyen Âge jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Le foin et les fourrages proviennent des prairies des îles mais sont également une des rares productions à descendre et à remonter le fleuve. L’organisation du chargement et du débarquement du foin est donc un sujet primordial pour les administrateurs du port de Nantes.

Transport du foin sur la Loire

Transport du foin sur la Loire

Date du document : 1886

L’approvisionnement par le foin des îles

Le foin est cultivé sur les îles nantaises submersibles. Les limons déposés par les eaux annuellement permettent de bons rendements. La production est assez conséquente pour influer sur les projets d’aménagement du fleuve.

Pour sortir le foin des prairies, deux solutions existent : le transport fluvial ou le transport routier. Le transport routier par la ligne des ponts semble avoir été privilégié pour les îles proches du centre-ville comme celle de la Madeleine ou pour les parcelles qui ont un accès direct à la ligne des ponts. Les accès entre les chaussées et les prairies ne sont pas nombreux et sont surveillés par les officiers municipaux.

Pour les îles plus excentrées, le transport par barque est privilégié. Ce transport n’est pas sans danger car la fenaison se fait en période d’étiage et les barques surchargées peuvent se retrouver coincées sur des bancs de sable. Néanmoins, l’étiage peut favoriser l’échouage des gabarres facilitant leur chargement. En effet, il ne semble pas y avoir eu d’aménagements pérennes ou saisonniers - de type cale ou ponton - sur les îles jusqu’en 1841.

Débarquement du foin des communes environnantes

De la fin du 18e siècle au début du 19e siècle, le foin venant du « bas pays » (aval) débarque pour l’essentiel sur la grève de l’éperon occidental de l’île Feydeau - « seul local convenable en cette partie [de la ville] pour une marchandise si volumineuse » - ou sur la cale du Port-au-Vin. Celui venant du « haut pays » (amont) est déposé sur celle du quai du port Maillard (à l’ouest du château) entre la rotonde de Richebourg et la rue des États.

Débarquement du foin sur la grève de Feydeau

Débarquement du foin sur la grève de Feydeau

Date du document : sans date

Le quai Moncousu : le quai au foin

À partir de 1841, la construction du quai Moncousu (au sud de l'ancienne île Gloriette) conduit au déplacement de cette activité encombrante.

Quai Moncousu et poids au foin

Quai Moncousu et poids au foin

Date du document : 1854

Sa cale abreuvoir en long à tablier haut est adaptée aux besoins des toues à fond plats lourdement chargées. Une bascule pour peser le foin lors de son débarquement sur le quai est mise en place à l’entrée du pont de la Madeleine (actuel pont du Général Audibert). L’espace en forme hémicirculaire permet aux charrettes lourdement chargées d’emprunter plus facilement la chaussée ou le pont après le pesage.

Déchargement du foin quai Moncousu

Déchargement du foin quai Moncousu

Date du document : sans date

Dans la foulée, le quai Magellan (à l’est du quai Monconsu) est construit selon le même procédé que le quai Moncousu pour permettre une extension de l’espace de déchargement du foin ainsi que la mise en place d’espace de déchargement du bois.

En 1874, les demandes d’amélioration de la cale « Moncousu » formulées par les herbagers entraînent une modification du quai avec un exhaussement de sa cale pour faciliter le déchargement. En 1906, l’ensablement de la Loire gêne le passage des bateaux lourdement chargés de foin. Une opération de dragage est lancée avec la destruction des anciens quais qui sont dangereux à marée basse.

En 1924, la reconstruction du pont de la Madeleine induit le déplacement de l’octroi et de la bascule. Ceux-ci sont installés temporairement au droit de la rue de la Faïencerie.

La disparition du poids et du quai à foin

Le remplacement progressif des chevaux par les automobiles entraîne une baisse des besoins en foin. L’installation du poids à foin devient inutile. Il disparaît de l’espace public lors du doublement du pont du Général Audibert.

Vestiges du poids au foin construit au débouché de l’ancien pont de la Madeleine

Vestiges du poids au foin construit au débouché de l’ancien pont de la Madeleine

Date du document : 20-12-2017

Dans les années 1980, la création de voies sur berge entraîne la disparition du quai Moncousu, dont le souvenir ne perdure plus que dans la toponymie. Sa cale abreuvoir est alors enfouie sous un perré qui maintient la Loire à bonne distance de la double voie automobile. Dernier vestige du passé « herbager » du quai Moncousu, une cale pavée, parallèle à la Loire et en partie masquée par la végétation, subsiste sous le pont Haudaudine, en face du CHU.

Julie Aycard
Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021

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Rédaction d'article :

Julie Aycard

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