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Alfred Riom (Nantes, 1842 – Saint-Herblain, 1908)

Christophe-Clair Daniel de Kervégan (Nantes, 1735 - Nantes, 1817)

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Le 22 août 1789, la révolution municipale des Nantais s’achève par l’élection de Daniel de Kervégan au fauteuil de maire. Alors colonel de la milice de la ville, il avait été juge consul au Tribunal de commerce, échevin, puis un négociant respecté bien que peu fortuné. En 1789, il participe à la rédaction du cahier de doléances du comté nantais puis rassemble tous les suffrages, unissant ainsi les prétendants de la commune révolutionnaire aux anciens échevins. En octobre, la ville lui offre une épée d’honneur. À la suite de la réorganisation administrative ordonnée par l’Assemblée constituante, il est à nouveau élu maire de la ville de 1790 à 1791, puis en 1797.

Portrait de Christophe-Clair Danyel de Kervégan, maire de Nantes

Portrait de Christophe-Clair Danyel de Kervégan, maire de Nantes

Date du document : 19e siècle

Son aptitude à la négociation est mise à l’épreuve lorsqu’il doit faire face aux troubles de subsistance qui scandent régulièrement la vie de la cité, mais qui prennent des tonalités politiques plus graves. Il s’oppose à l’émeute des paysans qui refusent de payer l’augmentation des droits d’octroi en mars 1790, et dénoue les revendications ouvrières de septembre 1791. Il est l’instigateur d’une souscription destinée à faire face à la famine qui menace la ville. Un million de livres est réuni et Daniel de Kervégan se fait remarquer par le don de son argenterie. En récompense, le peintre David, ami de Mathurin Crucy, l’architecte de la ville, est chargé de faire son portrait. Le tableau reste inachevé et disparaît au début du 19e siècle.

Daniel de Kervégan prend ensuite ses distances avec la Révolution. En 1791, il refuse un nouveau mandat puis est provisoirement emprisonné en 1793. Son retour à la mairie en 1797 est encore plus bref : installé en mai, il abandonne cette fonction en septembre, manifestement en raison du coup d’État de fructidor an 5 qui chasse les partisans d’une république modérée voire d’une monarchie constitutionnelle. Sa carrière politique reprend avec le Consulat : il devient le premier président du Conseil général, fonction qu’il occupe jusqu’en 1804, puis représente le département au Corps législatif jusqu’en 1810. En 1814, il est décoré de la Légion d’honneur par le roi Louis XVIII. Retiré de la vie politique nationale, il devient administrateur des hospices de Nantes.

Son nom est resté accolé à la rue centrale de l’île Feydeau, là où il habitait, remplaçant celui de Désilles, autre héros patriote qui avait eu son heure de gloire à titre posthume. Dans ce climat, Daniel de Kervégan incarne l’un des moments d’équilibre tenus par les élites nantaises traditionnelles avant qu’elles ne soient dépassées par les plus radicaux.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteurs réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Archives municipales de Nantes, Macé, François (réd.), Les débuts de la Révolution à Nantes, Nantes, 1989

Bagrin, Sylvie, Laé, Frédéric, « Christophe-Clair-Danyel de Kervégan (1735-1817) », dans De la Loire-Inférieure à la Loire-Atlantique : histoire du Conseil général, Coiffard, Nantes, 2011, p. 48-51

Salaün, Gildas, « 1789 : Kervégan, maire révolutionnaire et populaire »,  Neptuna : annales de la Société académique de Nantes et de la Loire-Atlantique, n°304, mars 2009, p. 2-8

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Rédaction d'article :

Jean-Clément Martin

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