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Statue de la Délivrance Annick Vidal (1929 – 2020)

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Grands Moulins de Loire


Sur les quais de Loire, dissimulé sous un bardage bleu, un élément majeur du patrimoine nantais se cache : les grands moulins de Loire. Premier grand bâtiment en béton armé doté d'une structure monolithique réalisé par l'ingénieur Hennebique, il est pendant près de 40 ans un rouage essentiel de l'industrie agroalimentaire nantaise.

Minoterie et raffinerie

En 1781, à l’emplacement des futurs moulins de Loire, il existait deux bâtiments, dont un abritait la minoterie Béconnier. Dans le second bâtiment était installée une machine à vapeur. En 1818, il est investi par la raffinerie de sucre de canne Coquebert, reprise par la société Louis Say et Compagnie en 1824.

En 1842, la société Thébaud et compagnie, propriétaire de la minoterie, acquiert la raffinerie. Les bâtiments sont alors dédiés à la production de farine et accueillent également une boulangerie. Cette dernière produit des biscuits de mer – les papiers à en-tête précisant « biscuit de luxe » – et du pain. Par ses nombreux dépôts sur Nantes et la grande quantité de farines produites, la Minoterie des Sécheries régule le prix du pain dans la ville. Mais, le 4 juin 1886, un incendie détruit entièrement le bâtiment. Le journaliste de l’époque écrit : « À minuit et demie, le spectacle était d’une lugubre splendeur. On voyait des gerbes de feu produites par la paille et le blé, qui venaient tomber dans la Loire en pluie incandescente ». Les murs s’écroulent et le bâtiment n’est pas reconstruit.

Courrier à en-tête du Moulin Thébaud

Courrier à en-tête du Moulin Thébaud

Date du document : 18-12-1881

Une minoterie traditionnelle dans un bâtiment « moderne » : 1895-1934

En 1894, Paul Perraud, propriétaire d'une minoterie depuis le milieu du 19e siècle à Issé dans le nord du département, souhaite développer son industrie. Il achète le terrain pour y édifier une « grande usine à vapeur, avec ses annexes pouvant moudre 400 tonnes de blé par jour ».

La situation en bordure du fleuve et de la voie ferrée est idéale pour l'approvisionnement en blé par le train et les bateaux. Le bâtiment est dessiné par les architectes nantais Lenoir et Étève, auteurs notamment du Lycée Clemenceau, et Raoulx, architecte manceau spécialisé dans l'architecture industrielle. Ils s’associent aux ingénieurs Sée, basés à Lille, concessionnaires du procédé Hennebique.

A Nantes, Hennebique expérimente pour la première fois son système en béton armé sur un ensemble monumental : 63 mètres de long pour 24 mètres de large sur 25 mètres de hauteur. Les poteaux évasés recevaient des poutres, complétés par des solives et par un platelage plan ou voûté. Ce système constructif permet à la fois de porter des charges importantes et de créer des aménagements nécessaires à la machinerie complexe de la minoterie.Le béton armé permet également de répondre aux problématiques d'incendie, récurrent dans les minoteries. 

Le fonctionnement de la minoterie

Le bâtiment se compose d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée, d'un entresol et de 5 étages de hauteur variable. Les plans et les coupes montrent la répétitivité mais aussi la polyvalence des espaces conçus pour la fonction industrielle. Des étages hauts alternent avec des étages bas en fonction de la position des machines et des axes de rotation qui alimentent les plateaux en énergie. Les hauteurs des fenêtres sont réglées étage par étage par des allèges maçonnées rapportées dans la structure en béton.

La travée donnant sur la façade nord, plus large que les autres de 6 mètres environ, est occupée par une grande rampe d'accès couverte, permettant le chargement de la production dans des wagons depuis les trémies du premier étage, voire du deuxième étage à l'angle nord-ouest du bâtiment. 

Une grande rampe d'accès couverte, permet le chargement de la production dans des wagons depuis les trémies du premier étage, voire du deuxième étage à l'angle nord-ouest du bâtiment.

Au deuxième étage, la présence des bureaux est soulignée en façade par un balcon filant. 

L’usine de la Piperie

En 1897, pour compléter la chaîne de production, Paul Perraud fait construire sur le procédé Hennebique par les ingénieurs E. et P. Sée un silo à grains et une estacade situés sur l'emplacement actuel des entrepôts Saint-Louis, à 200 mètres plus à l'ouest de la minoterie.

Entre le quai et cette usine sont établis des silos et des magasins pour recevoir les blés. L’usine et le magasin de la Piperie sont en communication directe et continue par un puissant transporteur souterrain mû par l’électricité établi dans le sous-sol de la rue de Luzançay.

L'arrivée des matières premières et l'exportation de la farine

La situation du moulin, dans une région grande productrice, rend facile leur approvisionnement en blés indigènes. À défaut de ceux-ci, sa position en bordure de fleuve et de voie ferrée lui permet la réception des blés exotiques. Un document des années 1920 explique ainsi que le raccordement aux voies ferrées, fluviale et maritime assurait le minimum de frais de transport.

1897 – 1934 : une courte vie de minoterie

Si le projet est une réussite architecturale et technique, c’est un échec sur le plan économique. Paul Perraud a vu trop grand et n’a pas les capacités financières pour maintenir son activité. Trois ans après la création de la société anonyme des Moulins de Nantes, la liquidation est prononcée. En 1899, la société anonyme des Moulins nantais est créée en remplacement. 

En 1912, les magasins et silos rue de la Piperie deviennent une société anonyme « SA des Magasins et silos nantais » dont le principal actionnaire est la SA des Moulins nantais. Cette société loue les magasins pour l’entrepôt de grains, farines, céréales ou toutes autres marchandises.

En 1921, la société anonyme des « Grands Moulins de la Loire » est constituée par la fusion des trois principales firmes de meunerie du département. Elle est dirigée par Auguste Laraison, propriétaire des moulins de Pornic créé en 1883 et Machecoul acheté en 1900. Louis Guihot apporte les moulins de Bouvron, reconstruit en 1912, et celui de Nort-sur-Erdre, acheté en 1902 (construit sur le procédé Hennebique en 1898). La troisième entité est la société anonyme des Moulins nantais constituée du moulin du quai saint-Louis et celui du boulevard Victor Hugo acheté en 1920.

Les grands Moulins de Nantes concentrent alors la production du département et deviennent un rouage essentiel de l’industrie agro-alimentaire, notamment pour les biscuiteries (Lefèvre-Utile, Biscuiterie nantaise). En 1922, 210 personnes travaillent dans les 6 usines, produisant quotidiennement 2700 quintaux de blé.

1939 – 1972 : un entrepôt de la CAN

En 1934, la minoterie des Grands Moulins de la Loire cesse son activité. En 1939, le matériel est démonté et les trous dans les planchers rebouchés afin d'en faciliter la location. En 1940, les bâtiments sont loués à la Coopérative Agricole de Nantes (CAN), centrale d’achats et de ventes de 150 syndicats agricoles.

Lors du bombardement de 1943, l'ensemble du vitrage est pulvérisé empêchant le stockage de marchandises. La société Laraison Frères affrète un camion pour faire venir de l’usine de Saint-Gobain les 900 mètres carrés de vitres nécessaires : le bâtiment est à nouveau loué à la CAN en janvier 1946.

En 1946, la Compagnie Nantaise des Chargeurs de l'Ouest achète les magasins et les silos Nantais situés plus à l'ouest qui sont convertis en chai à vin. Au cours des années 1950-1960, le bâtiment est proposé à la vente à la CAN, sans succès.

1972-2013 : une reconversion en bureau, CAP 44

En 1972, le bâtiment est vendu à la SCI CAP 44 qui le reconvertit en bureaux. 

L'architecte Feronnière est chargé de la réhabilitation. La structure en béton est profondément remaniée en premier lieu par le chemisage des poteaux et des dalles. Cette action de confortation a pour but de répondre aux exigences de la fonction tertiaire (charge de service de 250 kilogrammes au mètres carrés) mais aussi de pallier les pathologies du vieillissement du béton d'origine.

Dans le traitement des façades, outre le bardage métallique bleu, les allèges sont démolies et les fenêtres recalibrées selon une taille unique dans l'esprit de composition du mur rideau. Le traitement au feu et la création de faux plafonds de grande hauteur, complètent la transformation du bâtiment pour un usage tertiaire. La voûte de la salle des machines comme la trémie des silos sont recoupées par de nouveaux planchers et les circulations verticales sont déplacées. Des rampes sont créées pour absorber la hauteur du quai et pour accéder directement au niveau du rez-de-chaussée.

Après 40 ans d’occupation tertiaire, le bâtiment est vidé dans les années 2010. En 2018, il est racheté par la Ville de Nantes qui, suite à une concertation citoyenne sur le devenir du CAP 44, décide de le préserver. Il va faire l'objet d'une restructuration pour accueillir la Cité des imaginaires.

Gaëlle Caudal
Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2018 (mis à jour en 2023 par Noémie Boulay)

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En bref...

Localisation : Marcel Sembat (rue) 1, 3 ; Saint Louis (quai) 5, NANTES

Date de construction : 1895

Auteur de l'oeuvre : Lenoir, Léon (architecte), Etève, Paul (architecte), Raoulx (architecte), Sée (ingénieurs)

Typologie : architecture industrielle

En savoir plus

Bibliographie

Le béton en représentation : la mémoire photographique de l'entreprise Hennebique, Hazan, Paris, 1999

Delhumeau Gwenaël, Institut français d'architecture, L'invention du béton armé : Hennebique, 1890-1914, Norma éd., Paris, 1999 

Gaillard lain, « Léon Lenoir, architecte nantais (1830-1909) »,  Bulletin de la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, n°149, 2014, p. 311-354

Mollin S. de, Le béton de ciment armé : procédé Hennebique, Impr. Aubert-Schuchardt, Genève, 1893

Violeau Jean-Louis, « Faits diversement patrimoniaux », Place publique Nantes Saint-Nazaire, n°67, été 2018, p. 102-109

Pages liées

Patrimoine industriel

Dossier : Patrimoine industriel (3ème volet)

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Activité agricole et horticole Alimentation Architecture industrielle Béton Loire

Contributeurs

Rédaction d'article :

Gaëlle Caudal

Enrichissement d'article :

Noémie Boulay

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