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Bourse du travail


Les bourses du travail ont été créées pour mutualiser et coordonner, d’une ville à l’autre, les services rendus légaux par la loi de 1884 qui autorise la constitution de syndicats professionnels. Ces services, variables suivant les besoins et les forces militantes locales, sont : les caisses de secours mutuels (maladie, chômage, vieillesse), les bureaux de placement, les cours de formation générale et professionnelle, les bureaux de statistique et d’analyse économique, les caisses de grève, les conseils aux prud’hommes, les bibliothèques et activités culturelles. Dès 1892, les bourses sont organisées en fédération nationale, dont Fernand Pelloutier devient vite le principal animateur.

La première demande d’ouverture d’une Bourse du travail à Nantes est adressée par Charles Brunellière au conseil municipal en 1887. Confrontés à l’inertie de la municipalité, les syndicalistes créent une bourse indépendante en 1891 rue de la Baclerie. La conquête de la mairie par Alfred Riom en 1892 permet la mise à disposition, l’année suivante, de locaux au 18 rue de Flandres-Dunkerque. Désiré Colombe est élu au poste de secrétaire général.

La Bourse de Nantes s’illustre dès 1893 par le soutien qu’elle apporte à la grève générale qui secoue la ville. En représailles, la municipalité décide de réduire le montant de sa subvention. Les militants élaborent alors un projet de Maison du peuple à l’image de ce qui se fait en Belgique où, dans un même immeuble dont ils sont propriétaires, se rassemblent des syndicats, des coopératives de consommation, des mutuelles, voire même le siège local du Parti socialiste. Faute de financement ce projet est abandonné en 1898.

Rue de Flandres, la Bourse du travail

Rue de Flandres, la Bourse du travail

Date du document : 20e siècle

En 1894 Nantes accueille le VIe Congrès de la Fédération nationale des syndicats de France. Contre la volonté de ses dirigeants, collectivistes, ce congrès marque la victoire des partisans de l’indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques, anticipant ainsi l’adoption de la Charte d’Amiens en 1906. Il prépare également le congrès de Limoges qui aboutit à la création de la CGT en 1895. Cependant, la puissante Fédération des bourses du travail n’intégrera cette dernière qu’en 1902, un an après la mort de Fernand Pelloutier, vigoureusement opposé à une telle démarche.

Le Conseil municipal de Nantes du 28 juillet 1911 décide la réalisation, à l’angle des rues Arsène-Leloup et Désiré-Colombe, d’un vaste complexe qui regrouperait notamment des mutuelles et la Bourse du travail. Le projet est mené à bien par l’architecte Gabriel Guchet mais avant leur entrée en service les nouveaux bâtiments sont réquisitionnés en 1914 par les services de santé du 11e Régiment d’infanterie. Le déménagement des syndicats est repoussé à 1921 et l’inauguration n’a lieu qu’en 1924. L’immeuble sera également en partie occupé par l’armée allemande pendant la Seconde guerre mondiale. 

A la veille de la Première Guerre mondiale, la CGT décide de se réorganiser en fédérations d’industrie et en unions départementales. En 1912 sont donc créées les Unions locales de Saint-Nazaire et Nantes ainsi que l’Union départementale dont le siège est fixé à la Bourse du travail de Nantes. L’année suivante,  les deux postes de secrétaire de la Bourse et de secrétaire de l’Union locale sont fusionnés. La distinction entre les deux structures est dès lors largement fictive, mais permet de préserver les subventions de la ville sans craindre d’éventuelles rétorsions contre l’activisme des syndicats. Nous ne retrouvons plus de trace du fonctionnement du Comité général de la Bourse après 1924, ce qui pourrait sous-entendre que celui-ci n’ait pas survécu à la scission entre CGT et CGT-U.

34e Congrès de l'Union départementale des syndicats confédérés, les participants devant la Bourse du travail

34e Congrès de l'Union départementale des syndicats confédérés, les participants devant la Bourse du travail

Date du document : 1953

Le terme de Bourse du travail est repris depuis par les militants des différentes confédérations syndicales pour désigner le siège de leur Union départementale. Cela semble logique pour la CGT-FO, logée dans le bâtiment de la rue Arsène-Leloup, mais il est intéressant de remarquer qu’il était également utilisé par les militants de la CFTC-CFDT pour désigner leurs bureaux, d’abord rue de Bel-Air, puis rue Lamoricière. En revanche il semble que l’expression soit tombée en désuétude à partir de 2002 et le déménagement des syndicats dans l’ancienne Gare de l’Etat au profit de l’appellation officielle de « Maison des syndicats ».

Christophe Patillon
Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)



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En bref...

Localisation : Arsène-Leloup (rue) 8 ; Désiré-Colombe (rue), NANTES

Date de construction : 1911

Auteur de l'oeuvre : Guchet, Gabriel (architecte)

Typologie : architecture civile publique et génie civil

En savoir plus

Bibliographie

Le 6e Congrès national des syndicats de France : tenu à Nantes du 17 au 22 septembre 1894, Union départementale CGT-Force ouvrière de Loire-Atlantique, Nantes, 1994 

Pelloutier Fernand, Histoire des Bourses du Travail, A. Costes, Paris, 1921, rééd. Pénix, Ivry, 2001

Richard Daniel, « La Bourse du Travail », Les annales de Nantes et du pays nantais, n°244, 1992, p. 27-34

Rochet R. « La Bourse du Travail de Nantes et les syndicats », dans Association française pour l'avancement des sciences, Nantes et la Loire-Inferieure en 1935 : Congrès de Nantes, 1935, Impr. du Commerce, Nantes, 1935, p. 16-18 

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Tags

4e quart 19e siècle Conflit social Ouvrier Travail

Contributeurs

Rédaction d'article :

Xavier Nerrière   

Anecdote :

Christophe Patillon

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