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Projets de salles de spectacles nantaises jamais construites (1755-1765)


Dès le milieu du 18e siècle, la population nantaise croissante et l’émergence d’une élite culturelle en demande de loisirs nécessitent la création de nouveaux lieux de divertissement. Avant l’inauguration du théâtre Graslin en 1788, des projets d’embellissement de la ville prévoient la construction de salles de spectacles. Deux architectes dessinent des plans généraux pour Nantes : Pierre de Vigny (1690-1772) en 1755 et Jean-Baptiste Ceineray (1722-1811) en 1761.

Un premier plan d’embellissement de Vigny en 1755

Le duc d’Aiguillon, commandant en chef de Bretagne, commande à l’architecte parisien Pierre de Vigny (1690-1772), qui bénéficie alors d’une grande notoriété, un plan général de développement de la ville de Nantes.

 

Le 22 avril 1755, un arrêt du Conseil d’état ordonne l’exécution du plan de l’architecte. Le projet est accompagné d’un mémoire explicatif dans lequel Pierre de Vigny précise ses intentions. Outre la création de nouvelles rues, places, ponts et édifices publics, l’architecte prévoit l’édification de deux salles de spectacles jumelées, situées à l’intersection entre la place Sainte-Catherine et le quai Brancas. Malheureusement, aucun dessin de détail n’a été conservé pour ces deux lieux de spectacles. Leur localisation se justifie par l’absence d’espace libre pour bâtir à l’intérieur de la ville et la destruction prochaine des remparts. Les salles de spectacles auraient été localisées dans un quartier prospère où cohabitaient des armateurs et des négociants.

Un projet jugé prématuré et irréaliste

Le projet d’urbanisme de Pierre de Vigny, imprimé dans l’arrêt du conseil du 22 avril 1755, prévoit de créer « une salle de concert et une salle de spectacles aux deux côtés de la porte Brancas, les bâtiments qu’on y a commencés ne pouvant servir de poissonnerie, comme on l’avait projeté, attendu leur exposition au soleil du midi. » L’abandon de la construction d’une poissonnerie au profit de la création de salles de spectacles rend compte du caractère approximatif du projet global de l’architecte. Il n’obtient pas le soutien du Bureau de la Ville, qui pense que ces emplacements devraient être destinés au commerce plutôt qu’au loisir.

Plusieurs motifs expliquent que le plan de Vigny n’ait jamais été exécuté. L’architecte n’a d’abord pas pris en compte les caractéristiques géographiques du site. Il propose une extension de la ville vers le sud, sur les îles de la Loire, alors que les inondations perpétuelles les rendent impraticables. Par ailleurs, le bref mémoire de Vigny montre que son projet n'est qu’une ébauche. L’architecte tarde à faire un plan précis de la ville et ne prend pas en compte l’ensemble des aspects topographiques nécessaires à la réalisation de son projet. Par ailleurs, les édiles locaux soulignent l’impossibilité d’entreprendre des travaux d’une telle ampleur sans en garantir le financement.

Les objections nombreuses aux propositions précipitées de Vigny, loin de concernées uniquement les deux salles de spectacles, ont raison du projet global de l’architecte.

Reprise du projet de Vigny par Ceineray en 1761

Sous l’impulsion du duc d’Aiguillon et de l’intendant, la municipalité reprend à sa charge le plan global d’extension et de reconstruction de la ville de Nantes. Le relevé de François Cacault permet à Jean-Baptiste Ceineray de dresser un nouveau plan d’embellissement en 1761. L’architecte parisien, succédant à Nicolas Portail à la fonction d’architecte voyer de la ville, se charge de rectifier le plan établi par Vigny. Ceineray connaît mieux la ville que son prédécesseur et le financement global du projet est mieux maîtrisé.

Sur son plan d’embellissement approuvé le 19 mars 1766, on retrouve les deux salles de spectacles jumelées à l’emplacement initialement prévu.

Deux autres plans de la salle de concert, réalisés par Jean-Baptiste Ceineray en 1759, ont été conservés. Le premier plan consiste en une coupe longitudinale de la salle de concert.

Le second plan propose une représentation de la salle de concert et des logements voisins. Il donne quelques informations sur la localisation de la salle, située à proximité de la halle aux blés, son organisation spatiale et laisse imaginer la circulation des spectateurs.

La réalisation du projet de Ceineray est indéfiniment reportée en raison d’un manque de financement et de polémiques sur son emplacement.

Plans pour un nouveau théâtre en 1765

L’architecte propose un nouveau projet de théâtre en 1765 à construire sur le jeu de paume Sainte-Catherine. Il n’est alors plus question de salle de concert. Parmi les plans conservés de l’édifice, Ceineray réalise un dessin de la façade extérieure.

Par son style très épuré, la salle de spectacle ne se serait pas distinguée des riches immeubles bourgeois de l’époque.  

Des raisons pratiques et un manque de motivation politique de la ville expliquent que ces différents projets aient, de nouveau, été ajournés. Il faudra attendre près de 20 ans pour que la construction d’un nouveau théâtre, à partir des plans de Mathurin Crucy, très certainement formé par Jean-Baptiste Ceineray, soit approuvée par lettre patente du roi. Puis, encore quatre ans de travaux avant l’inauguration du théâtre Graslin, le 23 mars 1788.

Julien Le Goff
2023

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En savoir plus

Bibliographie

Delaval Alain, Le Théâtre Graslin à Nantes, Nantes, Éditions Joca seria, 2004

Lelièvre Pierre, Nantes au XVIIIe siècle. Urbanisme et architecture, Nantes, Durance, 1942

Rabreau Daniel, Apollon dans la ville. Essai sur le théâtre et l’urbanisme à l’époque des Lumières, Paris, Éditions du Patrimoine, 2008

Saupin Guy, « Graslin et les pouvoirs publics à Nantes à la fin de l’Ancien Régime », dans Graslin : Le temps des Lumières à Nantes [En ligne], Rennes, PUR, 2008 [Consulté le 10 mars 2023], article en ligne disponible ici

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Architecte et urbaniste Salle de spectacle

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Rédaction d'article :

Julien Le Goff

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