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Trentemoult Papotière

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Boulevard des Martyrs-Nantais-de-la-Résistance


Au cours de l’entre-deux-guerres, le développement urbain de Nantes nécessite de s’adapter aux besoins de la circulation. Souci constant des édiles nantais, la traversée nord-sud de la ville entre les bras de la Madeleine et de Pirmil ne répond plus aux impératifs de l'époque.

La voie Madeleine-Pirmil, une nouvelle traversée adaptée aux nécessités de l’époque

En 1919, la loi Cornudet (modifiée en 1924) crée les plans d’aménagement, d’embellissement et d’extension des villes et villages de France, afin d’organiser un développement urbain cohérent. C’est dans le cadre de cette loi que la municipalité nantaise prévoit l’ouverture d’une large voie entre les deux rives afin de doubler, parallèlement, l’ancienne ligne des ponts. Ce projet est complété par un programme de rénovation du vieux faubourg de Vertais.
 
Dès 1920, le service du Plan d’extension saisit l’opportunité de la reconstruction des ponts de la Madeleine et de Pirmil pour présenter un projet d’ouverture d’une large voie entre les deux bras de la Loire.

Les travaux du pont de Pirmil sont en cours et un concours, organisé par les ponts et chaussées, pour la reconstruction de celui de la Madeleine, est ouvert. Le programme des architectes de la Ville prévoit alors le déplacement en amont du nouveau pont de la Madeleine dans l’axe de la future voie. Cette dernière formera un axe rectiligne de 32 mètres de largeur formé de trois chaussées bordées de larges trottoirs : une centrale pour permettre le passage de deux voies de tramway et deux latérales pour les voitures.

Une vaste opération d’expropriations

Reconnu d’utilité publique le 2 juillet 1924, un peu plus d'un mois après l'effondrement du pont de Pirmil, le projet se limite dans un premier temps à la portion située entre le quai Dumont-d’Urville et le boulevard Vincent-Gâche.

À partir de 1926, la Ville procède aux premières opérations d’expropriation, en amont de l’ancienne ligne des ponts sur le quai Dumont-d’Urville, les rues Dorgère et Michel-Rocher et le boulevard Vincent-Gâche. La seconde partie permettant d’atteindre le pont de Pirmil ne verra le jour qu'à la sortie de la guerre.

Interrompu au cours des années 1930, le programme est repris pendant l'Occupation : « Un arrêté ministériel du 4 juin 1941 a déclaré d’utilité publique et d’urgence les travaux d’ouverture de la voie Madeleine-Pirmil. » À cette date, l’aboutissement de la voie se greffe aux projets de construction du viaduc ferroviaire et du comblement de la boire des Récollets. Les intérêts de la Ville et de l’État se conjuguent alors et ce sont les agents des services spécialisés de la SNCF qui en 1942 et 1943 se chargent des procédures d’expropriation des immeubles situés entre l'ancienne voie ferrée et la boire des Récollets. Les bombardements et la destruction des ponts vont interrompre cette avancée.

Honorer la mémoire des Nantais victimes de la barbarie nazie

À la sortie du conflit, l’achèvement de la voie est inscrit dans les grands travaux engagés sous le régime de l’ordonnance du 1er mai 1945, fixés par le ministère de l’Intérieur.

Le 10 août 1945, afin d’honorer la mémoire des Nantais victimes de la barbarie nazie, le conseil municipal décide d'attribuer « à la voie Madeleine-Pirmil le nom de "Boulevard des Martyrs-Nantais-de-la-Résistance" ».

Au cours de cette séance, le projet d’apposer à l’entrée du boulevard « une plaque commémorative portant les noms de toutes les victimes » est évoqué. L’ambition était de faire figurer le nom des « otages, fusillés en exécution d’un jugement de tribunal allemand, fusillés comme francs tireurs, combattants des maquis tombés jusqu’à la Libération, déportés morts en Allemagne ou après leur retour des suites de leur déportation, prisonniers de guerre évadés abattus au cours de leur évasion, prisonniers tombés en Allemagne des faits ou actions de résistance à l’ennemi. » Après dix années de gestation, la plaque pour les Martyrs est finalement restée au stade de l’intention ; la difficulté à établir une liste précise et complète n'ayant pas pu être surmontée.

L’ouverture du boulevard

En 1946, la partie comprise entre la rue de la Porte-Gellée et l’ancienne boire des Récollets est achevée. Le 1er octobre 1947, le boulevard des Martyrs-Nantais-de-la-Résistance est enfin livré à la circulation avec toutefois une modification apportée au projet des années 1920 : la voie de tramway n’est plus d’actualité après la guerre.

Le 27 septembre 1947, l’inauguration du boulevard est l’occasion de nombreuses festivités. Un vin d’honneur et un déjeuner de gala aux Salons Mauduit sont organisés en présence des représentants du ministère de la Reconstruction. L’événement est de taille : il s’agit de fêter la réouverture à la circulation de l’accès au sud de la Ville puisque le nouveau pont de Pirmil est inauguré le même jour.

L'ouverture du boulevard rend caduque la vieille ligne de ponts et isole ses commerces. D'autant plus qu'une partie de la rue de Vertais est absorbée par la nouvelle configuration de la place Victor-Mangin.

Nathalie Barré
Archives de Nantes
2022

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En savoir plus

Bibliographie

Archives de Nantes, Le quartier des Ponts, coll. Quartiers, à vos mémoires, Nantes, 2021

Pages liées

Dossier : le quartier République – Les Ponts

Résistance à Nantes

Ligne des ponts : histoire et architecture (1/4)

Pont de Pirmil (1/4)

Tags

Beaulieu-Mangin Boulevard / Avenue Plan d'embellissement Pont Résistant

Contributeurs

Rédaction d'article :

Nathalie Barré

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