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Julien Lanoë (Nantes, 1904 – Nantes, 1983)

Alain Barbetorte, petit-fils d’Alain le Grand, dernier roi de Bretagne, est rapidement devenu grâce à la Chronique de Nantes un personnage emblématique de l’histoire de Nantes et de la Bretagne. 

Alain passe son enfance en Angleterre (peut-être y est-il né) où son père, Mathuédoï, s’est réfugié. Élevé à la cour d’Æthelstan (son parrain selon la Chronique), le jeune homme est bien décidé à recouvrer ses biens. En 931, il prend la tête d’une révolte menée en Cornouaille contre les Vikings. Ces derniers, secourus par Guillaume Longue-Épée, duc de Normandie, et Incon, chef des Vikings de la Loire, repoussent les Bretons ; Alain se réfugie en Angleterre pour échapper aux représailles. Malgré cet échec, il ne renonce pas à ses projets. En 936, toujours d’après la Chronique, à la tête d’une petite flotte, il accoste à Dol où il attaque par surprise des Vikings avant d’en écraser d’autres près de Saint-Brieuc. Le nouveau « seigneur et prince » des Bretons décide alors d’aller chasser ceux installés à Nantes. Le combat s’engage sur le « pré Saint- Aignan ». Malgré leur courage, les Bretons, exténués, sont repoussés sur « la sommité de la montagne » (assimilée à l’actuelle place de Bretagne). La situation est grave. Mais, grâce aux prières d’Alain, une fontaine est découverte ; les Bretons reprennent des forces, retournent au combat et submergent finalement les Vikings (une plaque rue du Pré Nian commémore cette victoire). Alain reconstruit le château, restaure l’église et fait de Nantes « son siège principal ». 

La réalité est sans doute moins épique. En 936, Guillaume Longue-Épée, qui s’est rapproché du roi et des comtes du Nord de la France, ne soutient plus les Vikings de Bretagne. De plus, Alain bénéficie de l’intense activité de Jean, abbé de Landévennec, auprès des différents pouvoirs politiques susceptibles d’intervenir en Bretagne, ainsi que de l’appui d’Æthelstan, devenu roi d’Angleterre. Dans ce contexte, Alain défait à plusieurs reprises les Vikings, la victoire de Trans (939) marquant la fin de la présence normande en Bretagne. 

Malgré ses victoires, le pouvoir de celui qui s’intitule maintenant duc des Bretons reste limité au sud de la Bretagne (comtés de Nantes et de Poher) ; Alain ne peut espérer restaurer le royaume breton. D’ailleurs, sa politique vise essentiellement à renforcer ses liens avec les comtes de Francie occidentale : il conclut une alliance avec Guillaume Tête d’Étoupe, duc d’Aquitaine, qui lui abandonne les pagi des Mauges, de Tiffauges et d’Herbauges (942), et épouse une soeur du comte de Blois, Thibaud le Tricheur (946).

Sa mort en 952 ouvre une période d’instabilité : Drogon, son fils légitime, est écarté du pouvoir, et ses fils naturels, Hoël et Guérech, bien que reconnus à Nantes et en Cornouaille, doivent composer avec le puissant comte d’Anjou. 

Loin du « héros national » vanté par certains historiens et érudits du 19e siècle, Alain Barbetorte n’en reste pas moins une figure importante de l’histoire de Nantes et un personnage caractéristique des nouvelles relations politiques et sociales dans la France de la fin du 10e siècle. 

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d’auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Brunterc’h, Jean-Pierre, «Puissance temporelle et pouvoir diocésain des évêques de Nantes entre 936 et 1049», Mémoires de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, n°61, 1984, p. 29-82

Chédeville, André, «Nantes d’Alain Barbetorte à Pierre Mauclerc (10e-13e siècles) », dans Croix, Alain

(dir.), Du sentiment de l’histoire dans une ville d’eau : Nantes, Éd. de l’Albaron, Thonon-les-Bains, 1991, p. 11-28

Guillotel, Hubert, Actes des ducs de Bretagne : 944-1148, Presses universitaires de Rennes, Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, 2014

Quaghebeur, Joëlle, «Alain BarbeTorte ou le retour improbable d’un prince en sa terre », Bulletin de l’association bretonne, n°112, 2003

Tonnerre, Noël-Yves, Naissance de la Bretagne : géographie historique et structures sociales de la Bretagne méridionale (Nantais et Vannetais) de la fin du VIIIe à la fin du XIIe siècle, Presses de l’université d’Angers, Angers, 1994 (coll. Bibliothèque historique de l'Ouest)

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Gwenaël Guillaume

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