
Port-la-Blanche
Port-la-Blanche : un de ces nombreux petits ports qui jalonnent les rives de l’Erdre, rappelant le trafic commercial important qui a utilisé la rivière jusqu’au milieu du 20e siècle : Port-Jean, Port-Breton, Port-Brégeon, Port-la-Blanche, Port-des-Charrettes, Port-aux-Dames… pour ne citer que ceux de la rive gauche. Port-la-Blanche ou « Blanche », ou « La Blanche » ? Les trois formes étaient employées, jadis. Laissons aux spécialistes le soin de nous expliquer l’origine de ce nom : un culte, oublié, à Notre-Dame-la-Blanche ?
Un grand domaine
Au 17e siècle, auquel nous pouvons faire remonter notre documentation, Port-la-Blanche fait partie des terres du Bois-Hue, un domaine dont les propriétaires sont successivement des Hus, des Santo-Domingo, des de Vay de La Fleuriais… Au début du 19e siècle, le Bois-Hue s’ajoute à Portricq, le vaste domaine que s’est taillé René-François Lelasseur dans le quartier de Porterie. Le domaine du Bois-Hue consiste en une maison de maître avec ses dépendances. Sept borderies (petites fermes) en dépendent : la Hée, le Brouillard, Blanche, Rougeolet, la Conardière, et les deux borderies du Fournil, près du château. La Blanche, ce sont deux maisons, deux fermes, exploitées par la famille Audrain, nous disent les cahiers des recensements, en 1841, 1851, 1872. Quatorze personnes y habitent.

Château du Bois-Hue
Date du document : début du 20e siècle
Un chemin communal
En janvier 1871, le hameau est desservi par le chemin de petite communication n°15, de Port-la-Blanche à la route de Carquefou–Châteaubriant, un chemin qui doit être en triste état, comme tous les chemins du secteur. On envisage d’exécuter des travaux : le chemin est important, jugent les pouvoirs publics, il dessert un port de l’Erdre, dont le trafic consiste surtout en matériaux de construction des routes. L’enquête publique prévoit que le nouveau tracé aura 9 mètres de largeur, y compris les fossés. Comme les terres riveraines appartiennent pratiquement toutes aux héritiers Lelasseur, il faudra rétablir l’accès à leurs champs et à leur parc au moyen de ponceaux (dépense : 300 F environ). Les échanges de terrains entre la Ville et les Lelasseur se feront à titre gracieux, les Lelasseur sont d’accord pour cela. Ils demandent seulement une rectification de tracé pour conserver une haie « en plein rapport ». Les travaux ne pourront se faire qu’à la belle saison, le chemin est impraticable en hiver.
À la fin des années 1920, la famille Lelasseur vend ses terres de Portricq. En 1926, les deux maisons de Port-la-Blanche sont habitées par neuf personnes, les familles de François Pageot, cultivateur, et de Pierre Danto, manœuvre aux Batignolles. En 1931, le recensement présente en plus Édouard Dumez, perceur (aux Batignolles ?) qui a ouvert un restaurant au bout du hameau avec un ponton sur l’eau, Henri Lagarde, sans profession, et Louis Bretin, cultivateur : la population de Port-la-Blanche atteint 15 personnes.

Guinguette à Port-la-Blanche
Date du document : Années 1930
Naissance d’un lotissement
En 1927-1928, Pierre Danto est propriétaire de la bande de terrain située entre le chemin et l’Erdre. Il demande l’autorisation de la lotir. C’est une parcelle inculte de 1 800 m2 qu’il a acheté aux héritiers Lelasseur en 1925, sous conditions : pas de commerce ni d’industrie, sauf accord du propriétaire voisin, M. Dumez. Cinq lots sont prévus, ayant façade sur le chemin (3 mètres de largeur) à l’est, et sur l’Erdre à l’ouest.
La Ville présente quelques exigences : il faudra prévoir un chemin de 10 mètres de largeur. Les lots devront être viabilisés avant d’être vendus. Il faudra faire disparaître le bourbier dans lequel aboutit le chemin. Le terminus du service d’eau est pour le moment à 3,4 km de Port-la-Blanche (vers la Beaujoire, la Bretonnière). Alimenter le village coûterait 700 000 F, ce qui n’est pas envisageable. Il faudra donc assurer l’alimentation en eau potable par un puits à creuser par Danto ou par chaque acquéreur. Les bâtiments devront être solides, « en dur » ; on tolérera des dépendances en bois, non couvertes de tuiles ou d’ardoises, à condition qu’elles aient un bon aspect. Les eaux usées et les vidanges seront collectées selon les règlements en vigueur. Le service vicinal a constaté que le chemin d’accès comprend des parties impraticables : que compte faire le lotisseur ? Au service du plan d’extension de la ville, on aurait souhaité que sur chaque rive de l’Erdre soit conservée une zone non ædificandi de 50 mètres de largeur en moyenne. Finalement, le lotissement est autorisé, à condition que le chemin soit mis en état de viabilité. Le Port-la-Blanche que nous connaissons peut naître.

Port-la-Blanche
Date du document : sans date
En juin 1955, c’est au tour de M. Drouais (fruits et primeurs, commission, consignation, importation, rue Fouré, Nantes) de déposer des demandes de permis de construire. Il possède trois parcelles à droite dans l’angle du virage en arrivant à Port-la-Blanche, achetées en 1939 ; deux ont déjà été vendues. La dernière ne contient pas les 2 000 m2 réglementaires pour construire en zone rurale. Il demande une dérogation : le terrain est situé dans une agglomération de plus de 30 maisons. Les fosses septiques sont prohibées. Bien qu’en 1954, une analyse d’eau ait été déclarée très défavorable, on juge qu’il existe au moins un puits dont l’eau est potable. En 1946, 45 personnes habitent Port-la-Blanche. On n’oubliera pas de citer, parmi les habitants du village des années 1980, le coureur cycliste Pierrot Barbotin (1926-2009), ami et complice de Louison Bobet.

Photographie aérienne de Port-la-Blanche et du viaduc
Date du document : sans date
Aujourd’hui, la guinguette n’existe plus. Port-la-Blanche est un joli village tranquille, tout au bord de la rivière, si près qu’il arrive qu’on ait, pour de bon, les pieds dans l’eau ; en 1995, la Loire et l’Erdre, grossies par les pluies, étaient très hautes ; à l’écluse Saint-Félix, de grandes marées en Loire ont empêché la vidange de l’Erdre, qui a largement envahi ses rives, y compris les maisons de Port-la-Blanche. En 1993, le viaduc autoroutier, bruyant, est venu troubler la paix des lieux. Le sentier des bords de l’Erdre a sagement contourné le village, ce qui a permis aussi d’éviter la falaise du Prieuré et de protéger une zone fragile : la boire de Cheviré.
Louis Le Bail
2018
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Louis Le Bail
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