Charles Lechat (Laigle, 1825 - Nantes, 1897)
Catholicisme

Alfred Riom (Nantes, 1842 – Saint-Herblain, 1908)

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Alfred Riom, riche ferblantier nantais, devient maire de Nantes de 1892 à 1896. Son mandat est marqué par les questions de salubrité publique et la construction du Musée des Beaux-arts.

Alfred Riom est né à Nantes d’une famille de dix enfants le 10 octobre 1842. Son père Joseph, lui même fils de ferblantier, est fabricant de boîtes de conserve rue Richer près de la place Launay (aujourd’hui Mellinet), proche du quartier des conserveries à l’ouest de la ville dans le secteur de la Ville-en-bois. Il est sous le Second Empire le plus gros fabriquant de boîtes métalliques de Nantes.

Portrait d'Alfred Riom, maire de Nantes

Portrait d'Alfred Riom, maire de Nantes

Date du document : sans date

L’un des plus riches ferblantiers de Nantes

Après avoir étudié à l’école professionnelle d’Eugène Livet, Alfred Riom exerce à partir de 1861 le métier de marchand de métaux en tant que représentant des Forges d’Hennebont dans le Morbihan. En 1868, il fonde sa propre usine de métaux et d’impression sur métaux rue Dubreil, entre l’avenue de Launay et le Quai de la Fosse. En 1886, il crée une usine de fabrication de métaux et de boîtes métalliques à Lisbonne pour répondre aux besoins de l’industrie portugaise des conserves alimentaires. Enfin en 1899, Riom déménage son entreprise au 3 rue Lavoisier, dans une usine rachetée à « Trottier frères » quelques années auparavant (toujours existante et transformée en logements).

Alfred Riom s’est marié avec Euthalie Sallé avec qui il a eu six enfants. Sa femme est la nièce d’Edouard Normand, représentant en métaux, cofondateur des fonderies et laminoirs de Couëron et imprimeur sur métaux. Ce dernier est maire de Nantes de 1885 à 1888 et abandonne la vie politique après sa défaite aux élections municipales de 1888, qui voient le conservateur Ernest Guibourd accéder à la mairie, celui-là même que Riom remplace en 1892.

Des mandats de conseiller municipal

Le parcours politique d’Alfred Riom commence au début de la Troisième République comme conseiller municipal durant huit années et demi, d’avril 1873 à novembre 1881. Il effectue la majeur partie de ses mandats sous la municipalité de Lechat (1874 - 1881), ancien co-directeur des établissements Philippe et Canaud, fabricant de conserves, un industriel lié comme lui à la conserverie. Riom est ensuite brièvement adjoint du maire nommé provisoirement, Brissonneau, de juillet à novembre 1881 suite à la démission de Lechat, mais n’est pas réélu en raison de la division entre les républicains modérés et radicaux. Il se représente aux élections municipales de 1884 et 1888 mais les mêmes causes produisent les mêmes effets, et il est à nouveau battu. De plus, la municipalité nantaise passe en 1888 pour la seule fois sous la Troisième République, aux mains des conservateurs avec l’élection d’Ernest Guibourd (1888 - 1892).

Maire de 1892 à 1896

L’union des républicains modérés et radicaux permet à Alfred Riom, élu par ailleurs conseiller général en 1889 face au socialiste Charles Brunellière, de devenir maire de Nantes en mai 1892, avec une majorité très confortable de 29 élus sur 36. Riom, d’origine industrielle comme de plus en plus de premiers magistrats de grandes villes de France, accède à cette fonction à 50 ans, ce qui est dans la moyenne d’âge des maires à cette époque. De même que Brissonneau et Normand ainsi que de nombreux autres hommes politiques locaux, il est aussi franc-maçon et membre de la loge « Mars et les Arts ».

Peu d’éléments extérieurs à la vie locale s’immiscent dans les débats excepté l’assassinat de Sadi Carnot en juin 1894. A cette occasion, le conseil envoie à Paris une délégation d’élus pour les obsèques du président de la République.

Le passage en 1892 d’une « Administration » conservatrice à républicaine donne lieu à quelques controverses au sein de l’assemblée (notamment sur le bilan du mandat précédent ou la création d’une bourse du travail en 1893), qui restent cependant modérées. Les questions d’urbanisme occupent beaucoup les élus du fait de l’accroissement de la ville et de sa population (d’environ 120 000 habitants en 1892).

Ce qui frappe d’emblée lors de l’analyse des procès-verbaux, c’est le contraste existant entre cette ville entrée dans la modernité (avec le tramway en 1879, l’industrialisation de l’agro-alimentaire symbolisée par le petit beurre LU en 1886 ou la construction d’une centrale électrique en 1891…) et les problèmes que les élus sont amenés à traiter, notamment de salubrité publique avec l’absence d’eau potable ou d’un réseau d’égouts adapté.

Les autres sujets repérés portent sur les contraintes budgétaires, les difficultés de la construction du musée des beaux-arts et l’acquisition de l’Institution Livet par l’État et la ville. Riom fait preuve d’habileté politique pour que celle-ci soit acceptée par les élus, montrant son attachement à son ancien maître qui, d’ailleurs, lui remet la légion d’honneur en décembre 1892.

Les questions sanitaires

Le maire dote aussi la ville d’un bureau municipal d’hygiène en 1894 et solutionne le problème des relations avec le concessionnaire du service d’eau, la Compagnie Générale des Eaux, en rachetant la concession en juin 1895. Mais si ce rachat permet à la ville d’augmenter la quantité d’eau distribuée, elle reste toujours impropre à la consommation et favorise le développement du choléra, qui a encore sévi en 1892-1893. Les élus hésitent durant tout le mandat sur le choix d’un système de filtration adapté, face à des découvertes scientifiques récentes et parfois en concurrence. Riom commet par contre l’erreur politique de proposer de traiter avec une entreprise « étrangère », la Société de Marseille, pour la construction d’un réseau d’égouts, provoquant ainsi le rejet de son projet par les élus. On lui reproche par ailleurs de ne pas avoir su gérer le budget de la construction du musée des beaux-arts (qui passe de 1 500 000 F à près du double, même si sa responsabilité n’est que partielle puisque le budget initial était sous-estimé), ainsi que celui du déplacement provisoire, plus en amont, de la prise d’eau du quai Richebourg.

 

Projet de façade du musée des Beaux-Arts de Nantes

Projet de façade du musée des Beaux-Arts de Nantes

Date du document : 01-04-1893

La défaite en 1896

Ces polémiques locales, ainsi que peut être le contexte politique national de la division des républicains avec l’installation du gouvernement Méline, font qu’Riom est sévèrement battu aux élections municipales de mai 1896. Etienne Etiennez, déjà adjoint de Riom, lui succède mais est élu de justesse par un conseil composé cette fois-ci de 17 conservateurs, 16 républicains et 3 socialistes, dont Charles Brunellière. L’ancien maire conserve une activité politique durant quelques années encore puisqu’il se présente en 1900 à deux élections sénatoriales dont une contre le général Mercier, le principal accusateur du capitaine Dreyfus, qu’il sait toutefois ne pas pouvoir remporter. Il est enfin battu aux élections cantonales de 1901 et meurt quelques années plus tard le 28 juillet 1908, atteint d’une maladie du cœur, dans son château de la Patisière à Saint-Herblain.

2020

En savoir plus

Bibliographie

Archives de Nantes , « Les fabricants de boîtes métalliques et les imprimeurs sur métaux », dans Du quai de la Fosse vers Mellinet-Canclaux, Ville de Nantes, Nantes, 2016, p. 86-88 (coll. Quartiers à vos mémoires)

Ravilly, Étienne, Sallier Dupin, Jacques-Yves de, « Alfred Riom, 114e maire. Un maire attentif aux problèmes sociaux », dans La Ville de Nantes de la monarchie de Juillet à nos jours, tome 1, Reflets du passé, Nantes, 1985, p. 197-208

Rochcongar, Yves, « Riom, Alfred Joseph », dans Capitaines d’industrie à Nantes au 19e siècle, MeMo, Nantes, 2003, p. 291-293

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Rédaction d'article :

Michaël Cattiau

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