
Habiter Nantes Nord (1956-2025)
En 1956, l’urbanisation de Nantes Nord s’accélère avec la construction de grands ensembles HLM élevés au milieu des lotissements pavillonnaires. Les terres agricoles ont laissé place à un quartier « mosaïque », aménagé sans plan d’ensemble et compartimenté en sous-ensembles aux réalités socio-économiques disparates.

Carte des grands ensembles du quartier Nantes Nord
Date du document : 04/2021
La construction des grands ensembles HLM
À Nantes Nord, l’année 1956 marque le début d'une urbanisation plus économe en espace, capable d'accueillir de nombreux locataires : les lotissements pavillonnaires laissent place aux grands ensembles d’Habitations à Loyer Modéré (HLM).
Ces cités HLM sont pour la plupart construites à l’initiative de l’Office Public d’HLM de Nantes (OPHLM) selon des techniques de construction permettant de réduire les coûts de revient ainsi que la durée des chantiers, encouragées par la réglementation nationale en matière de logement social. Ainsi, suite au vote de la loi de 1956 qui favorise la construction de logements collectifs, Nantes Nord voit sortir de terre ses toutes premières cité HLM, au chemin des Renards (1956-1959) puis à la Boissière-Fantaisie (1959-1962). En 1968 et 1969, des circulaires ministérielles favorisent le recours aux « Modèles » : les entrepreneurs s’associent avec des architectes pour concevoir des plans-types d’immeubles réplicables facilement, agréés et soutenues financièrement par le ministère de l’Équipement et du Logement. Ainsi, la construction de la cité de la Boissière est suivie quelques années plus tard par de nouveaux projets HLM : la Petite-Sensive (1970), le Bout-des-Pavés (1972), le Chêne-des-Anglais (1974), le Bout-des-Landes (1975), la route de la Chapelle-sur-Erdre (1977) et les Roches (1978).

Construction des logements collectifs à la Petite Sensive
Date du document : Juillet 1969
Ces cités sont érigées sans projet d'ensemble structuré. Englobées et plus ou moins bien intégrées dans les zones pavillonnaires existantes, elles sont généralement peu liées les unes aux autres ; elles forment de grands îlots peu traversés qui fragmentent le territoire.
Les programmes immobiliers privés se poursuivent
En parallèle de ces programmes de logements sociaux, des investisseurs privés bâtissent des lotissements de maisons et des immeubles :
• Lotissement « Martineau » : 29 lots sont construits à l’angle de la rue du Chanoine-Poupart et du boulevard de la Chauvinière à de 1951-1952,
• Lotissement de la Rivière : des pavillons individuels et deux petits immeubles sont construits entre le boulevard Albert-Einstein et la rue des Renards à partir de 1956,
• Lotissement Saint-Françoise d’Assise : en 1965 débute la construction 135 pavillons et d’une quinzaine d’immeubles entre la rue des Renards et la porte de la Chapelle.

Plan cadastral parcellaire du lotissement de la Rivière en 1970
Date du document : 1976
Une urbanisation « apaisée » après 1980
À la fin des années 1970, les fermes des quartiers nord de Nantes ont toutes disparu. De grands espaces ont été lotis par des investisseurs publics et privés. Les capacités de construction sont devenues faibles. La politique des grands ensembles est remise en cause : ce mode d’habitat est jugé en partie responsable de la croissance des violences urbaines au sein de ces quartiers ainsi que des problèmes sociaux touchant leurs habitants. En avril 1973, Olivier Guichard, ministre de l'Équipement et du Logement, met fin à la construction des grands ensembles. Si l'OPHLM de Nantes construit encore, il le fait de façon plus équilibrée : pas de concentration d'habitat social, mixage des logements collectifs et individuels publics et privés. Après 1980, l'urbanisation devient plus diffuse et concerner des lotissements regroupant au maximum quelques dizaines de maisons. Quelques opérations sont de plus grande envergure, comme le Clos-du-Cens et la pièce de Gesvres qui réunissent plusieurs centaines de logements individuels et collectifs.

Immeubles au Clos-du-Cens, avenue José-Maria-de-Heredia
Date du document : 17/02/2025
Un quartier « mosaïque » aménagé sans plan d’ensemble
L’urbanisation de Nantes Nord s’est faite au coup par coup, donnant naissance à un quartier « mosaïque » semblant compartimenté en sous-ensembles. L’habitat se caractérise par des lotissements de maisons individuelles à l’architecture très hétérogène ou contrainte par des normes de fabrication standardisées. Entre ces pavillons ont été érigées des cités HLM où, là aussi, une certaine diversité règne entre les programmes. Contrairement à d’autres quartiers nantais, aucun plan d’ensemble n’a été imaginé pour Nantes Nord. En 1981, un responsable HLM témoigne : « On a fait une urbanisation basée sur la voierie existante et avec un découpage contraignant. Mais avec la crise du logement, il fallait prendre une décision rapide. […] Cette politique a une répercussion évidente sur la trame urbaine actuelle, sur la lisibilité du quartier, sur son absence d'entité sociale. »
En outre, cette urbanisation a été contrainte par des financements disparates de l’État et des collectivités territoriales qui ont conditionné les standards de confort attribués à chaque ensemble de logements. Cette situation a conduit l’OPHLM de Nantes à regrouper la population par catégorie de revenus dans une même cité pour éviter le surendettement. D’après le rapport Peyon-Laplanche de 1993 : « On retrouve les personnes au plus bas revenus dans les logements les moins chers (Bruyères, cité de l’abbé Pierre, Renards, Boissière) et inversement, les familles les plus aisées dans les logements aux loyers les plus élevés (route de la Chapelle, Bout-des-Landes, Les Roches, Le Chêne-des-Anglais, Le Clos-du-Cens). […] On constate donc une certaine ségrégation sociale sans volonté délibérée de l'Office HLM mais imposée par le prix de revient des appartements et par la gestion qui doit être équilibrée ». De plus, à l’exception de certains lotissements à dominante ouvrière (exemple des maisons des Castors), la plupart des pavillons sont habités par des personnes issues des classes moyennes ou supérieures propriétaires de leur logement, tandis que les HLM abritent des populations plus modestes en location. Cette ségrégation sociale et spatiale est constatée par les habitants eux-mêmes qui déplorent d’être catalogués en fonction de leur quartier d’habitation.
Des politiques publiques pour limiter les disparités socio-économiques et urbaines
Dans les années 1990, la Ville de Nantes s’inscrit dans la politique nationale de Développement social des quartiers (DSQ) dans un contexte d’aggravation du chômage, de dégradation du bâti et des relations entre habitants des quartiers les plus défavorisés et de creusement des inégalités entre ces quartiers et ceux plus aisés.
En concertation avec les habitants, les associations et les professionnels du champ social, la collectivité élabore un programme afin de désenclaver le quartier, redynamiser sa vie sociale et culturelle ou encore organiser des actions en faveur de la jeunesse. Outre les actions menées en matière de politique sociale et éducative, des réflexions sur l’urbanisme sont menées pour améliorer l’image des cités les plus sensibles et le cadre de vie de leurs habitants : programmes de diversifications de l’habitat, création de cheminements piétons, ouvertures d’impasses en rues… Ces aménagements sont complétés par l’implantation de nouvelles activités économiques, médicales, sociales et administratives avec la création de la Zone d’aménagement concerté (ZAC) du Moulin des Roches. Elle comprend le site de l’Amande (situé entre boulevard Albert-Einstein et la rue Eugène-Homas), la route de la Chapelle-sur-Erdre et le secteur Santos-Dumont.

Immeubles collectifs de la ZAC du Moulin des Roches en 2003
Date du document : 01/04/2003
Un projet de renouvellement urbain sur 15 ans pour Nantes Nord
En 2016, le Chêne-des-Anglais, Bout-des-Pavés, Boissière et Petite-Sensive sont reconnus par l’État comme « quartiers d’intérêt national » : ils font partie des 450 quartiers prioritaires française à bénéficier du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU) visant à améliorer l’habitat, l’accès aux services publics et favoriser la mixité sociale. Un ambitieux projet est alors lancé sur ces micro-quartiers qui cumulent plusieurs difficultés par rapport à la moyenne nantaise et française : en 2018, 43% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, 27% de chômage, 40% des habitants avec un bas niveau de formation, mortalité prématuré et manque d’accès aux soins. Mais Nantes Nord dispose aussi d’un atout : il s’agit du quartier le plus vert de la ville, traversés par plusieurs cours d’eau.
Dans la continuité de la démarche engagée dans le cadre du DSQ des années 1990, les habitants ainsi que les acteurs économiques et associatifs du quartier sont étroitement associés au projet.
Le 28 juin 2019, Nantes Métropole confie l’aménagement de ce projet prévu pour durer plus de 15 ans à Loire Océan Métropole Aménagement. Soutenu financièrement par l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU), le programme prévoit :
• La création et la requalification de logements,
• La création de nouveaux espaces dédiés aux commerces de proximité, services, activités et équipements publics,
• La création, la requalification ou la transformation d’espaces publics et de cheminements végétalisés visant à désenclaver les micro-quartiers,
• L’aménagement d’espaces verts pour lutter contre l’artificialisation des sols,
• La valorisation des cours d’eau canalisés qui doivent être remis à l’air libre.

Inauguration de la Maison de Santé Nantes-Nord
Date du document : 24/05/2024
Le 8 octobre 2021 est créée la Zone d’aménagement concertée Nantes Nord (ZAC). Les travaux, débutés dès 2019, sont prévus pour durer 15 ans.
Francis Peslerbe, Noémie Boulay
Groupe Histoire des quartiers Nord de l’association d'action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB) – Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2025
Album « Panorama des quartiers nord de Nantes »
En savoir plus
Bibliographie
Peslerbe Francis, Association d'action socio-culturelle et éducative de la Boissière (AASCEB), Histoire des quartiers nord de Nantes. Entre Cens et Erdre, un quartier « mosaïque » des années 50 à aujourd’hui, livre 4, AASCEB, Nantes, 2007
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Rédaction d'article :
Francis Peslerbe, Noémie Boulay
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