Cité HLM des Dervallières
Habitations à bon marché

En 1950, les HLM remplacent les HBM. Après la Reconstruction, le déficit en logement est toujours considérable, la reconstitution de l’appareil de production lente.

Il faut attendre la fin des années 1950 pour qu’apparaissent les premières opérations de logement social quantitativement signifiantes, construites par l’Office public municipal (actuel Nantes Habitat) et l’Office départemental (actuel Habitat 44) ou par des sociétés comme la Société nantaise de HLM (désormais la Nantaise d’habitations) ou la Maison familiale (désormais Atlantique Habitation). De cette période datent les projets de Rezé (la Cité radieuse avec la Maison familiale, et le Château avec l’Office public départemental et la Société nantaise d’HLM) ou ceux de Saint-Herblain (la Zup Bellevue et le Sillon de Bretagne avec le Home Atlantique).

 

Répondre au manque de logements

Les logements construits par l’Office public constituent des réponses à une forte demande qu’accroît l’exode rural des années 1950 et 1960, réponses élaborées dans le cadre des dispositifs successifs de financement du logement social. Les premières opérations (Gaston Serpette, Douet Garnier ou des Anglais…) restent à une échelle modeste, autour de 200 logements réalisés selon des procédés traditionnels. La construction des Dervallières est significative d’un changement d’échelle : sur cette propriété d’environ soixante-cinq hectares, le premier plan global dessiné en 1951 par l’architecte Marcel Favraud propose la construction de 2 600 logements. Parallèlement, d’autres quartiers de logement social se développent comme à la Boissière où les différents financements (Logéco, Logements économiques normaux) contribuent à réaliser plus de 1 000 logements.

Offices et sociétés HLM sont également impliqués dans la réalisation des Zup. Dans celle de Bellevue, l’Office public réalise 1 980 logements, les autres organismes 1 675 appartements en location ou en accession ; l’office municipal prend en charge la totalité du programme de celle de Beaulieu-Malakoff soit 1 658 logements sociaux.

Au sein des autres quartiers de Nantes, de vastes territoires s’identifient au logement social, à ses tours, ses plots et ses barres, puisque les HLM représentent bientôt le quart des logements existant sur le territoire communal.

 

L’innovation dans les  HLM

Après la politique quantitative, les bailleurs tentent d’organiser des coopérations plutôt que d’entrer en concurrence : des opérations regroupant plusieurs organismes sont mises en œuvre, témoignant d’une volonté de penser autrement le logement social. Sur le territoire nantais, la reconversion de la Manufacture des tabacs ou la création des zones d’aménagement concerté de Beaulieu et de Saint-Joseph-de-Porterie en témoignent. Les changements de financement, et plus particulièrement le passage de l’aide à la pierre à l’aide à la personne, ont un effet immédiat sur la taille des opérations au cours des deux dernières décennies du 20e siècle. Par ailleurs, la recherche d’une production à l’originalité architecturale affirmée apparaît au cours des années 1980. Ainsi, le Home Atlantique réalise dans les années 1990 à la pointe de l’île Beaulieu l’immeuble Chronos (Dubosc et Landowski, architectes) qui anticipe des opérations expérimentales récentes de la Nantaise d’habitations avec les maisons individuelles groupées de la Sécherie (Delhay architecte) dans la Zac Bottière-Chénaie ou d’Habitat 44 aux Dervallières avec l’immeuble Boréal (Tetrarc architecte).

 

L’effet « quartier »

Le droit au logement, facilité grâce à la construction du parc HLM, s’est accompagné de la conquête de la reconnaissance de la place des locataires autour des besoins au niveau du logement, de sa gestion et des équipements publics. Des apprentissages mutuels ont permis des alliances entre habitants des cités et des quartiers proches, jeunes salariés du secteur social et militants, produisant ce qu’on peut nommer des « laboratoires » de quartier marquant l’histoire politique de la ville. Les premières réhabilitations ont révélé les fragilités collectives mais elles ont permis la consolidation institutionnelle de l’implication des habitants dans la cogestion des espaces résidentiels. Les quartiers populaires sont devenus un enjeu politique majeur à chaque échéance électorale et une préoccupation forte des équipes municipales de gauche. Les années 1990 correspondent à la mise en place de la politique de la Ville, axée sur le dynamisme associatif et une politique partenariale visant en priorité l’amélioration du service public. Un traitement de qualité des espaces publics et la poursuite des réhabilitations dans un cadre de concertation contractualisant les rôles des habitants ont fortement modifié le paysage urbain. La construction de grands quartiers et la territorialisation des services municipaux permettent de ramener les quartiers d’habitat social dans l’organisme vivant de la « vraie ville », et de communiquer à l’ensemble de l’appareil municipal les méthodes de démocratie locale expérimentées dans les laboratoires de quartier.
Cependant, le départ progressif des populations les plus solvables, l’arrivée de populations en situation plus précaire, du fait des crises économiques à répétition, et le développement démographique très important de l’agglomération nantaise sont porteurs de nouveaux déséquilibres. Le parc locatif social s’en trouve soumis à de fortes pressions, aux disparités accrues. Le parc nantais est dans l’ensemble beaucoup plus ancien que celui de la périphérie et les loyers y sont moins élevés. Près de 19 000 logements HLM, soit 40% du parc de l’agglomération, sont inclus dans des sites prioritaires de la politique de la Ville. Ce parc voit sa fonction sociale se renforcer et on constate une dégradation des situations au niveau des Zones urbaines sensibles et des quartiers prioritaires.

 

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteurs réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Guilbaud, Sarah, « Nantes Habitat : 100 ans de logement social », Place Publique, n°hors-série, janvier 2013

Halgand, Marie-Paule, Pasquier, Élisabeth (dir.), Regards sur Nantes-Habitat, Coiffard, Nantes, 2003

Halgand, Marie-Paule, Pasquier, Élisabeth, La construction d’un patrimoine : de l’Office public d’HBM à Nantes-Habitat, Nantes-Habitat, Nantes, 1993

Le logement social dans l’agglomération nantaise (1780-1980), Ecole d'architecture de Nantes, Nantes, 1981

La loi Bonnevay d’un siècle à l’autre, 1912-2002. Habiter Nantes en HBM, en HLM et demain ? 90e anniversaire de Nantes-Habitat (actes d’une table ronde), Nantes-Habitat, Nantes, 2003

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Rédaction d'article :

Marie-Paule Halgand ,  Elisabeth Pasquier

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