Bandeau
Nantes la bien chantée : Le prisonnier des Hollandais Révolution de Juillet 1830 (1/2)

1618

Grand Blottereau


Du Moyen Âge au 18e siècle, le Grand Blottereau est une modeste terre qui prend une nouvelle dimension lorsque Gabriel Michel en fait l’acquisition en 1741. Cet armateur nantais fait construire le château actuel et réaménage le parc qui deviendront la propriété de la Ville de Nantes en 1905.

Une terre proche de Nantes

Au début du Moyen Âge, le Blottereau n’est sans doute qu’un lieu-dit boisé nommé le « clos sevestre ». En 1360, le premier possesseur connu des Blottereaux est Simon Lespervier, seigneur de la Bouvardière à Saint-Herblain. À la fin du 14e siècle, le clos passe à la famille de Sesmaisons. En 1401, le domaine comporte alors « maison, hébergement, bois, terre arable et non arable vignes, pasture, sauzaie rentes, pullaille à rente. » En 1433, le fief est affranchi : il devient un franc-fief pour permettre à un roturier d’en être propriétaire. Ce nouveau statut bénéficie à Pierre Raboceau, secrétaire du Duc.

Dans la seconde moitié du 15e siècle, le Blottereau change à nouveau de propriétaire et Guillaume Baboin, également secrétaire du duc de Bretagne, se décrit comme étant « écuyer des Blottereaux ». Quelques années plus tard, en 1505, c’est Pierre de Montigné ou de Montigny qui se réclame du Blottereau. Puis, en 1543, la terre appartient à Jean Glé, seigneur de la Costardais, dont le fils Bertrand Glé finira par l’échanger, en 1579, contre la terre de Pouldouvre avec René de Rohan et sa femme Catherine de Parthenay.

Durant tout le Moyen Âge et le début de l’époque moderne, le Blottereau change de propriétaires tous les 30 ans. C’est une petite terre avec un très petit manoir : un corps de logis couvert d’ardoises contenant une petite salle, deux chambres hautes et un grenier, érigé dans une propriété composée d’un jardin potager, d’une haute futaie, de vignes, de prés et prairies et de terres labourables. Cette terre est une monnaie d’échange et de remerciements dans le jeu politique du duché.

Catherine Parthenay conserve le Blottereau jusqu’en 1604. Elle vend alors la propriété – Grand et Petit Blottereau avec sa basse et moyenne justice ainsi que les métairies – à Michel Juchault et sa femme Marguerite Le Serf pour 15 000 livres. Le nouveau propriétaire est conseiller du Roi et correcteur à la chambre des comptes de Bretagne et habite l’hôtel de la Papotière, rue de Briord (actuel hôtel de Châteaubriant). Il ne demeure pas au Blottereau et la famille Juchault ne fera aucune transformation d’importance au Blottereau durant les 150 ans où elle le possédera.

La création d’une « folie »

En 1738, Gabriel Michel, négociant et armateur nantais, achète à Nicolas Pascal Clairambault-Penfentenio la seigneurie de Chamballan qui regroupe les fiefs de Chamballan, des Perrines et du Verger. Cet achat lui permet de constituer un patrimoine et de devenir l’un des seigneurs de Doulon ; village qui a toujours été séparé en plusieurs petites seigneuries vassales de l’Évêque de Nantes. En 1741, Louis-Christophe Juchault, descendant de Michel, vend le Blottereau à Gabriel Michel.

Dans la propriété du Blottereau située aux abords de la ville, Gabriel Michel fait construire l’actuel château, remodèle le parc qui l’entoure mais conserve l’ancien manoir sur le côté oriental du parc. La construction débute vraisemblablement à la fin de l’année 1742 ou au début de l’année 1743.

Le château est implanté sur la partie occidentale du parc. On y accède par une grande allée longue de 200 mètres qui traverse une pelouse circulaire bordée d’arbres et un parterre. L’édifice a une composition symétrique. Au centre, le corps de logis principal s’élève sur un niveau de caves qui lui confère une position dominante. Il a sept travées matérialisées par des baies en arc segmentaires percées sur chaque façade au rez-de-chaussée et à l’étage. Chaque baie est ornée d’un mascaron. De part et d’autre du bâtiment central, des portiques ouverts sur leur deux façades par trois arcades en arc plein cintre constituent des galeries qui mènent à des pavillons en retour.

À l’intérieur, l’escalier sur cour mène à un vestibule qui dessert la pièce maîtresse que constitue le salon ainsi que deux pièces latérales ; puis, à l’ouest de ces premières pièces, un escalier monumental permet de rejoindre un second salon d’apparat qui occupe l’espace central du premier étage. Plusieurs chambres s’organisent autour de cette pièce maîtresse. La prépondérance des salons et, en particulier, l’inscription du salon d’apparat à l’étage, sont curieuses. Elles témoignent du caractère social de cette « folie » : la réception, l’apparat et le paraître en sont les fonctions premières.

La construction s’achève en 1747 avec la bénédiction de la chapelle, logée dans le pavillon en retour occidental. Cette même année, Gabriel Michel est anobli par le roi.

Quinze ans plus tard, en 1762, le Blottereau est vendu avec la juridiction des Perrines à Guillaume de Seigne pour 128 682 livres. Il est possible que celui-ci ait concentré son action constructive sur les communs. En effet, si au début du 18e siècle, une ferme existe autour du manoir (logement couvert d’ardoise, trois laiteries, deux jardins potagers), il est possible que le nouveau propriétaire ait souhaité un ensemble mieux organisé, plus proche du nouveau château.

De la Révolution à la donation

À la mort de Guillaume de Seigne, ses héritiers ne s’entendent pas et conservent le bien en indivision jusqu’à la Révolution. Si Catherine-Madeleine de Seigne, veuve Budan, peut conserver le château, le parc et les communs sont lotis pour être vendus comme biens nationaux. Catherine-Madeleine de Seigne rachète les communs lors de la mise aux enchères et s’installe au château.

Le domaine passe ensuite par succession à la famille de Siochan de Kersabiec, puis est racheté par Louis-Georges Law, contrôleur général des finances de France. Celui-ci reconstitue la propriété originelle en rachetant la partie orientale du parc mais ne semble pas effectuer de modifications au château.

Enfin, le Blottereau est acquis par Jean-Frédéric Thomas Dobrée qui investit le parc en construisant des serres mais n’entreprend pas de modifications structurelles au château. Seule la chapelle est désacralisée pour devenir une salle de billard.

À la mort de Dobrée, son légataire universel et exécuteur testamentaire, Hippolyte Durand-Gasselin, propose de donner le domaine à la Ville de Nantes en échange de la mise en place de plusieurs projets dans le parc et le château. La donation stipule que « la maison principale ne pourra jamais servir d’habitation même momentanée ou passagère pour qui que ce soit … ». La Ville affecte donc le château à des projets divers.

En 1902, l’édifice accueille des classes, une bibliothèque et un musée colonial pour soutenir la pédagogie de la section coloniale de l’École Supérieure de Commerce de Nantes. Les boiseries et les parquets souffrent rapidement du passage des visiteurs. Les collections sont donc transférées à l’emplacement de l’actuel Muséum d’histoire naturelle.

La Première Guerre mondiale forme une parenthèse dans l’application de l’acte de donation stricto sensu : le château est réquisitionné dès 1914 par l’armée pour accueillir le cantonnement du 11e régiment de train d’équipage, puis des services de santé puis, l’armée américaine. Le 8 février 1917, un feu, probablement occasionné par un tuyau de poêle, détruit entièrement la charpente.

En 1920, lorsque la Ville récupère la jouissance du Blottereau, elle demande à l’État d’assumer les dégradations subies et reçoit une simple indemnité.

Vingt ans plus tard, le 10 septembre 1939, des compagnies anglaise et écossaise s’installent au Blottereau de manière éphémère avant que la drôle de guerre ne libère à nouveau l’édifice.

À la fin de la guerre, l’édifice est attribué à l’association des Familles de Fusillés et Massacrés qui y crée la Maison de l’enfance, un orphelinat pour les pupilles de la Nation. Pour l’occasion, le château est réparé et réaménagé : mais l’installation des sanitaires et du chauffage central cause d’importantes transformations. L’établissement qui accueillera une cinquantaine d’enfants ferme en 1961. Cinq ans plus tard, le Blottereau est protégé au titre des Monuments Historiques.

Depuis le château n’a plus trouvé d’affectation.

Julie Aycard
Dans le cadre de l’inventaire du patrimoine du quartier de Doulon
2021

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.

En savoir plus

Bilbiographie

Déré Anne-Claire, Le Grand Blottereau, SARES, 1985

Guillet Noël, Guillet Reine, Le Grand Blottereau, son château, son écrin de verdure, Association Doulon-Histoire, 2014

Webographie

Podcast de Pop' Média « Les navires négriers nantais, convoyeurs des plantes tropicales en France » Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

Pages liées

Habitat rural dans le quartier de Doulon-Bottière

Petit Blottereau

Folies

Tags

Activité agricole et horticole Architecture et urbanisme Doulon - Bottière Manoir et château Parc

Contributeurs

Rédaction d'article :

Julie Aycard

Vous aimerez aussi

A l’image des crimes qu’elles relatent, certaines complaintes frappent notre entendement et notre imaginaire par leur puissance évocatrice et la justesse de leur propos. L’histoire...

Contributeur(s) :Hugo Aribart

Date de publication : 10/11/2020

1302

Dans les années 1920, le pensionnat Notre-Dame-de-l'Abbaye s'installe dans l'ancien château des De Goyon, à Chantenay. Avec le développement des classes, l'édifice est plusieurs fois...

Contributeur(s) :Aurélie Mathias , Frédérique Le Bec , Anaïs Merdrignac ...

Date de publication : 06/03/2019

4324

L’Épave

Architecture et urbanisme

Au centre du square Maurice-Schwob, face à la Loire, trône le groupe sculpté L’Épave, de Paul Auban. Sculptée dans une pierre calcaire ferme, en ronde-bosse, c’est une sculpture de...

Contributeur(s) :Aurélie De Decker

Date de publication : 16/06/2021

2262