Belem
Chemin de fer

Pendant plus d’un siècle, les trains ont circulé le long des quais de Nantes au milieu des encombrements. Avant de disparaître dans une succession de tunnels et de tranchées. Du Château à Chantenay, le train désormais circule sous nos pas. 

C’est en 1851 qu’est officiellement ouverte la ligne de chemin de fer Angers-Nantes. L’arrivée du train sur la prairie de Mauves donne lieu à deux jours de festivité. Mais déjà les autorités municipales et la chambre de commerce exigent de la Compagnie de Tours à Nantes, à qui la ligne a été concédée, que la voie soit prolongée jusqu’au port. Un port en déclin et qui doit faire face à la concurrence d’autres cités portuaires. 
Dans l’esprit des négociants et armateurs nantais, le train doit être au service des activités portuaires et de la navigation. Ils veulent le rail à côté de leurs navires et à la porte de leurs entrepôts.
La Cie de Tours à Nantes vient d’être annexée à celle de Paris à Orléans, et cette dernière, plus que réticente, fait valoir « les inconvénients graves et la gêne excessive » de ce tracé de trois kilomètres joignant la gare de la prairie de Mauves à l’entrepôt des Salorges. Mais rien n’y fait. Au nom des « intérêts maritimes », la jonction avec le port se fait en 1853.

Le train à quai

Une gare de marchandises, dite « gare maritime » est aménagée, située aux entrepôts des Salorges, à l’angle de la rue Meuris et du quai de la Fosse. Il ne s’agit pas d’une gare à proprement parler mais d’un ensemble de voies qui permettent le stationnement des wagons sur le quai au plus près des bateaux.

La question du prolongement de la ligne jusqu’à Saint-Nazaire est une nouvelle pomme de discorde. Tandis que la compagnie de chemin de fer préconise un contournement par le nord, le conseil municipal s’y oppose. Le ministre des Travaux publics tranche pour le tracé empruntant les quais jusqu’à Chantenay. À la demande des édiles nantais, on créera une nouvelle gare de voyageurs, dite « gare de la Bourse », au début du quai de la Fosse. Le prolongement de Saint-Nazaire est ouvert en 1857.

Gare de la Bourse sur le quai de la Fosse

Gare de la Bourse sur le quai de la Fosse

Date du document : début du 20e siècle

Un viaduc sur la Fosse ?

Alors que de nouvelles lignes voient le jour et que le trafic ferroviaire s’accroît de façon considérable, Nantes se voit dotée pour longtemps d’une traversée à voie unique en pleine ville, longue de 4,7 kilomètres entre la gare d’Orléans et celle de Chantenay, agrémentée d’une trentaine de passages à niveau, où transitent tous les trains des lignes de Saint-Nazaire et de la Bretagne. La vitesse y est limitée à 16 km/h. Avec le développement de la circulation routière et la création d’un réseau de tramway à double voie, la situation va devenir quasi inextricable sur les quais. Trois cent quarante accidents sont à déplorer entre 1857 et 1912.

Dès avant la Première Guerre mondiale, la suppression des passages à niveau est réclamée. La Cie d’Orléans suggère à nouveau le contournement par le nord, on parle aussi d’un viaduc…
Le débarquement des troupes américaines en 1917 engendre un accroissement considérable du trafic avec Nantes et oblige à un doublement de la voie dans la traversée de la ville, causant une gêne supplémentaire. En 1928, le projet de viaduc, qui aurait fait passer les trains au niveau du premier étage des beaux immeubles du quai de la Fosse, est écarté par la municipalité.

Le choix d’une voie en souterrain

Un accord est enfin trouvé en 1930. La traversée de Nantes se fera à partir de la gare d’Orléans en empruntant l’ancien bras de l’Hôpital (qui vient d’être comblé) par une tranchée à l’air libre jusqu’à l’Hôtel-Dieu, puis par une galerie couverte pour rejoindre le quai de la Fosse. Ensuite un tunnel, dit de l’Héronnière, ira du quai jusqu’à la rue d’Alger. Le trajet continuera par la galerie Saint-Louis, sous les rues de Constantine et de la Brasserie pour déboucher rue Babonneau, où sera réalisée une tranchée ouverte de 200 mètres pour assurer l’aération des parties souterraines. Enfin, un dernier tunnel, dit de Chantenay, passera sous la butte Sainte-Anne.

Plan indiquant le futur tracé de la voie ferrée

Plan indiquant le futur tracé de la voie ferrée

Date du document : 1938

Les travaux commencent en 1934 ; ceux de la troisième tranche, la galerie souterraine entre Saint-Louis (Notre-Dame-de-Bon-Port) et la rue Babonneau en 1936. Il va falloir détourner la Chézine qui passera sous le tunnel de la voie ferrée au moyen d’un double siphon en U. De même pour le ruisseau de Pilleux. Opérations complétées par l’établissement de stations de pompage place René-Bouhier et rue Babonneau destinées à assurer l’étanchéité du tunnel et à le protéger des crues de la Loire.

Vue en plongée du chantier de construction du tunnel sous la place René-Bouhier

Vue en plongée du chantier de construction du tunnel sous la place René-Bouhier

Date du document : 24-05-1938

Lorsque la SNCF succède aux anciens réseaux en 1938, le coût des travaux a doublé. Le programme est simplifié, la gare de la Bourse, qui devait être reconstruite, sera supprimée.

La mobilisation vient interrompre le chantier. Nantes est occupée en juin 1940. Après l’armistice, les travaux reprennent pour remédier au chômage. La maçonnerie du tunnel de Chantenay et de la tranchée qui longe la rue Babonneau est achevée

Rue Rabonneau, tranchée ouverte bétonnée

Rue Rabonneau, tranchée ouverte bétonnée

Date du document : 1941

Vue sur le débouché du tunnel côté Chantenay

Vue sur le débouché du tunnel côté Chantenay

Date du document : 07-03-1941

Mais, sur ordre des Allemands, le chantier doit s’arrêter à nouveau en 1942 en raison de la pénurie de matériaux. Place René-Bouhier, les troupes d’occupation ont établi un plan incliné pour descendre leurs camions dans le tunnel dont ils ont fait un abri.

Le bout du tunnel

Les travaux ne reprendront qu’en 1950. Dans la galerie déjà percée entre la place du Sanitat et la rue des Capucins on met en place la voûte de béton. Reste aussi à terminer le passage sous la place René-Bouhier. Un chantier particulièrement délicat. Les immeubles construits autour de la place reposent sur un fond de vase, il ne faut donc provoquer ni éboulements ni glissements… Il s’agit d’édifier un anneau de 51 mètres de long qui fera la soudure entre la galerie de la rue de Constantine et celle de la rue de la Brasserie

Construction du tunnel sous la rue de la Brasserie

Construction du tunnel sous la rue de la Brasserie

Date du document : 27-05-1941

200 pieux, de 16 à 18 mètres à travers l’argile jusqu’au rocher, seront nécessaires pour asseoir le radier. Il faudra aussi faire sauter un blockhaus édifié par les Allemands.

En 1955, les Nantais voient… le bout du tunnel. Entre l’ouverture des premiers chantiers et l’achèvement des travaux, il se sera écoulé vingt ans, marqués par de nombreuses interruptions. La presse peut titrer : « En octobre au plus tard, les passages à niveau auront vécu ! »

Le 17 décembre 1955, la nouvelle ligne est officiellement inaugurée. Dès 1956, on procède à l’enlèvement des anciennes voies ferrées entre les gares de Chantenay et d’Orléans. Les travaux d’élargissement du quai de la Fosse ne sauraient tarder…

Direction du patrimoine et de l’archéologie, Ville de Nantes / Nantes métropole
2018


Témoignage :

« Quand je suis arrivée dans le quartier, rue Mathurin-Brissonneau, le train passait encore sur le quai de la Fosse. Ça faisait du bruit! On les entendait aller et venir sans arrêt. Au départ, je n'étais pas habituée mais après on ne les entend plus....

Propos de Anne-Marie Rouxel recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier Dervallières -Zola en 2014 dans le cadre de la collection "Quartiers, à vos mémoires"

Témoignage :

« Quand j'étais gamine, avec les jeunes du quartier, on descendait dans le tunnel pour aller chercher du cresson. Il y avait une source et le cresson poussait là. C'était ouvert, les escaliers étaient faits et on pouvait descendre dans la tranchée. »

Propos de Marie-Paule Dréan recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier Dervallières -Zola en 2014 dans le cadre de la collection "Quartiers, à vos mémoires"

Témoignage :

« Pendant les alertes, on allait à l’abri dans le tunnel. Le chantier avait débuté avant la guerre mais il n’était pas fini. La tranchée de la rue Baboneau était faite et la rue de la Brasserie était couverte. Ça allait jusqu’à l’église Saint-Louis. L’entrée...

Propos de Marie-Paule Dréan recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier Dervallières -Zola en 2014 dans le cadre de la collection "Quartiers, à vos mémoires"

Témoignage :

« J'ai connu la construction du tunnel. Comme il n'était pas fini pendant la guerre, on allait s'y réfugier au moment des alertes. Je travaillais place Mellinet à la Direction des affaires maritimes à ce moment-là. Quand il y avait une alerte, je courais...

Propos de Simone Pineau recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier Dervallières -Zola en 2014 dans le cadre de la collection "Quartiers, à vos mémoires"

Témoignage :

« On a vu les travaux du tunnel ferroviaire parce que ça se passait juste devant chez nous puisqu'il passe sous la rue de Constantine. Il y avait beaucoup d'ouvriers. Ah les malheureux ! C'était dur ! Comme c'était de la roche, soit ils creusaient au...

Propos de Pierre Épié recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier Dervallières -Zola en 2014 dans le cadre de la collection "Quartiers, à vos mémoires"

Témoignage :

« Mon père a travaillé à la construction du tunnel. Il était chef d'équipe dans l'entreprise Dupeau. Il s'occupait du bois, des coffrages et des charpentes. Le chantier était dans le centre-ville, place de la Petite-Hollande où il y avait de grands tas...

Propos de Serge Jahan recueillis par les Archives de Nantes et le groupe mémoire du quartier Dervallières -Zola en 2014 dans le cadre de la collection "Quartiers, à vos mémoires"


En savoir plus

Bibliographie

Archives de Nantes , Du quai de la Fosse vers Mellinet-Canclaux, Ville de Nantes, Nantes, 2016 (coll.  Quartiers à vos mémoires)

« Nantes », La vie du rail, n°532, 29 janvier 1956

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Contributeurs

Rédaction d'article :

Gaëlle Caudal

Témoignage :

Anne-Marie ,  Marie-Paule ,  Jacqueline ,  Simone ,  Pierre ,  Serge

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