Nantes la bien chantée : Le Prisonnier de Nantes
Musique

Nantes la bien chantée : Vive Saint-Julien-de-Vouvantes

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On peut aussi parler de Nantes dans la chanson en s’attardant sur un texte écrit à la gloire d’un autre patelin. Mais, finalement, en comparant à Nantes la commune dont il est question, on rend hommage aussi à la cité des ducs qui est ainsi convoquée en sa qualité de modèle.

Certes, cette entrée en matière est tirée par les cheveux et emprunte d’un chauvinisme poli, mais après tout, n’est-ce pas un peu l’objet de ces chroniques ?

Nantes, dans le texte

Rendons justice à l’objet principal de la chanson et parlons d’abord de Saint-Julien-de-Vouvantes.

Située à une quinzaine de kilomètre au sud-est de Châteaubriant, Saint-Julien se trouve au carrefour de l’Anjou et de la Haute-Bretagne. L’appartenance historique à la Bretagne est d’ailleurs rappelée dans son blason, par trois fois mouchetée d’hermines de sable. Le patrimoine et l’histoire de la commune favorisent un sentiment d’appartenance qui, comme dans bien d’autres cas, s’exprime par une ou plusieurs chansons de type « chanson locale ». Comme pour souligner l’extrême valeur de son patelin, l’auteur anonyme de cette chanson le compare, non pas à Châteaubriant, ce qui géographiquement eut été plus logique, sinon naturel, mais à la grande ville la plus proche : Nantes.

Parlant de Saint-Julien, le texte précise « Je l'aime beaucoup mieux que Nantes », véritable acte de dévotion même si l’unique argument présenté pour étayer ce choix – les nuisances sonores – est parfaitement recevable.

L’art de la chanson locale : un esprit de clocher assumé et maîtrisé

Nous touchons là au principe même de la chanson locale qui consiste dans la grande majorité des cas, à vanter les mérites d’une commune. De SA commune. La vie y est plus douce qu’ailleurs, la campagne plus jolie, les filles de même, on peut y faire tout un tas de choses passionnantes et l’on finit presque toujours pas trouver quelques personnalités locales qui, si elles ne sont pas entrées dans l’histoire avec un grand « h », n’en sont pas moins estimables et honorées par la mémoire locale.

Si ces chansons ont souvent le caractère d’un esprit de clocher a priori aussi désuet que tendancieux, force est de préciser et reconnaître que la plupart jouent aussi la carte de l’autodérision et rappellent, au fil de couplets qui parfois ne sont pas aussi tendres qu’ils en ont l’air, que tout ceci est un jeu, pour les locaux comme pour les voisins qui, à n’en pas douter, sont également adeptes de ces joutes chansonnières.

Sauf le respect du aux habitants de Saint-Julien et aux auteurs de la chanson, l’étude même rapide des quelques dizaines de chansons locales recueillies en Loire-Atlantique révèlent que les plus longues sont celles qui, avec plus ou moins d’objectivité et de finesse, trouvent beaucoup à dire. A l’inverse, une chanson locale qui se résume à trois ou quatre couplets, serait plutôt à classer parmi celles qui n’ont pas trouvé la matière suffisante à l’édification d’un monument oral digne de ce nom … Il y aurait eu pourtant plus et mieux à dire sur Saint-Julien si les auteurs avaient été plus inspirés. Mais, peut-être est-ce l’informatrice qui elle-même ne se souvenait que de ces trois couplets ?

Chanson sur timbre

L’art de la chanson locale respecte presque toujours le principe de « la chanson sur timbre », forme sur laquelle je me suis déjà attardé dans ces chroniques (cf. N°017, notamment). Pour mémoire, rappelons que ce principe consiste à écrire des paroles sur un air existant, connu du plus grand nombre et que l’on retient facilement. La chanson de Saint-Julien-de-Vouvantes fut donc écrite sur l’air de La Paimpolaise, air qui a servi un très grand nombre de chansons, dont beaucoup de complaintes. Sur ce même air, et pour rester au registre des chansons locales, on trouve aussi des équivalences à Massérac, Le Pouliguen…
D’autres airs sont sollicités pour servir de support musical à la verve localo-patriotique de chansonniers indigènes qui ne manquent pas toujours de talents. Ainsi C’est la mère Michel fut-elle invoquée pour Pont-Saint-Martin, Donges, Fay-de-Bretagne…
Ceci mériterait une étude à part entière, mais ce n’est pas le sujet de ces chroniques.

Les collectes à Saint-Julien-de-Vouvantes

C’est à Patrick Bardoul que nous devons la plus grande partie des collectes sonores réalisées à Saint-Julien-de-Vouvantes. Au cours des années 1980, il y enregistra une demi-douzaine de personnes qui possédaient un vaste répertoire de mélodies et de chants à danser. Surtout, les collectes de Patrick Bardoul confirmèrent ce que les quelques chansons figurant dans le fonds Abel Soreau (fin 19e) laissaient déjà présumer : une forte pratique des chants de quête.

Dastum 44
2019

Un jour un gars de la grand ville
Vint à passer tout près d'ici
Il vit notre pays tranquille
Et voulut chercher à loger
Car il admirait,
Tout bas disait :
Vive Saint-Julien-de-Vouvantes
Où l'on vit en paix, sans soucis
Je l'aime beaucoup mieux que Nantes
Où tous les jours c'est le grand bruit

Chez nous la vie est épatante
Aussi tout le monde s'y plaît
Dans notre campagne charmante
Ecoutez tous, vous, Vouvantais
Répétez en cœur
Le cri de leurs cœurs
J'aime Saint-Julien-de-Vouvantes
Son église sur le coteau
J'aime son ruisseau qui serpente
En nous arrosant de son eau

Saint-Julien est très à la page
Car on est pas plus sot qu'ailleurs
On gagne sa vie, pas davantage
Et puis l'on trouve son bonheur
Dans le grand labeur
Qui ne fait pas peur
Ah, l'on a bien ses petits vices
Mais aussi de grandes qualités
On se plaît à rendre service
Et toujours sans se faire prier

De tous les pays de ce monde
Je préfère beaucoup le mien
A mille kilomètres à la ronde
Aucun ne vaudrait Saint-Julien
S'il fallait partir,
J'aimerai mieux mourir
Ah, vive le pays que j'aime
Où je veux rester à tout prix
Je le quitterai tout de même
Pour m'en aller au paradis.

 

En savoir plus

Enregistrement

Janick Péniguel (chant) et Dominique Garino (guitare) à Guérande le 26 juillet 2019, d’après la version recueillie à Saint-Julien-de-Vouvantes, auprès de Marie-Louise Guihard en 1992 (collecte de Patrick Bardoul)

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Rédaction d'article :

Hugo Aribart

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