La Mellinet Stade Michel-Audrain
Château des Ducs de Bretagne

Peu de noms dans la ville ont une telle puissance d’évocation. Saupin, c’est la foule des hommes se pressant sur la passerelle du canal Saint-Félix pour aller au stade ; c’est l’enfilade des tréteaux où hommage est rendu au muscadet ; c’est l’odeur des saucisses grillées ; ce sont les clameurs qui accompagnent le but marqué ou raté. C’était au temps où Nantes dominait le football français…

Pourtant tout commence dans les années de chagrin et de pitié. Le 21 avril 1943, le Football Club de Nantes est créé. Deux hommes sont à l’origine de cette décision : l’entrepreneur de travaux publics Jean Le Guillou, qui s’enrichit en travaillant pour les Allemands, et son ami Marcel Saupin, alors âgé de 50 ans, patron d’une entreprise de constructions métalliques, président du club La Mellinet, membre du groupe Collaboration. Il est décidé que les joueurs porteront les couleurs de l’écurie de chevaux de courses de Jean Le Guillou : le vert et le jaune. 

Les « Canaris » sont prêts, mais il faut attendre deux ans pour utiliser le stade Malakoff. En effet, ce stade municipal, dont la construction est achevée depuis 1937, et à laquelle l’entreprise Le Guillou a participé, n’est pas immédiatement utilisable. Il a servi de parc automobile à l’armée allemande et a été bombardé en septembre 1943. C’est le 15 septembre 1945 que débute l’histoire commune du FCN et du stade. Ses  transformations successives suivent l’ascension du club. La capacité d’accueil augmente, l’éclairage de la pelouse est installé en 1957. L’accession des Canaris à la première division du championnat de France en 1963 impose une rénovation, achevée en 1969. Le stade peut désormais accueillir 30 000 spectateurs et les quatre tribunes sont couvertes. En 1965, Malakoff change de nom et prend celui de Marcel Saupin, décédé en 1963. C’est un hommage rendu à celui qui fut président du club de 1944 à 1955, remplacé à ce poste par son ami Louis Le Guillou, condamné à la Libération, puis amnistié. De 1963 à 1984, Saupin est le cadre des « Vingt Glorieuses » du FCN, un élément de la construction de sa mythologie où la proximité physique du public et des joueurs, dans ce stade « à l’anglaise », serait le gage de valeurs partagées, qui s’exprimeraient dans un jeu collectif et solidaire, « à la nantaise ». 

En 1982, la municipalité d’Alain Chénard décide de faire construire un nouveau stade à la Beaujoire. S’ouvre alors pour Saupin le temps de la nostalgie. Son éventuelle démolition devient un enjeu symbolique et politique. Le choix du projet des architectes Jacques Ferrier, Philippe Gazeau et Louis Paillard permet de conserver la tribune nord et la pelouse, utilisée par l’équipe réserve du FCN. La tribune sud est démolie en 2006 pour laisser place à la Maison des sciences de l’homme, à l’Institut d’études avancées et à une résidence hôtelière. À la confluence de l’Erdre et de la Loire, le patrimoine et la modernité architecturale se rencontrent, tout comme les activités du corps et de l’esprit.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

Anecdote : Saupin, complètement foot

Marcel Saupin, patron d'une entreprise de charpente métallique, est surtout connu par son engagement footballistique et le stade qui porte son nom. En 1911, il garde les buts de la Fraternelle de Rezé. De 1916 à 1943, Marcel Saupin préside la Mellinet...


Aurélie Mathias Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole 2018



En bref...

Localisation :

Malakoff (quai), NANTES

Date de construction :

1937

Auteur de l'oeuvre :

Robida, Camille (architecte), Le Guillou, Jean (entreprise de BTP) ; Ferrier, Jacques (architecte), Gazeau, Philippe (architecte), Paillard, Louis (architecte), Quadra Architectes (cabinet d'architecture)

Typologie :

architecture de culture recherche sport ou loisir

En savoir plus

Bibliographie

Archives municipales de Nantes, Vieux-Malakoff, un quartier, des mémoires, Ville de Nantes, Nantes, 2002

Ardenne, Paul, « Nantes 2005-2009 : requalification du site Marcel Saupin », dans Cityrama : FGP(u), Archibooks + Sautereau, Paris, 2008, p. 312-365

Gravelaine, Frédérique de, « Saupin, à la confluence », dans Le retour en ville : Nantes, Malakoff-Pré Gauchet, D. Carré, Paris, 2014, p. 146-149

« La première vie de Marcel-Saupin : époque 1 : 1937-1945 », Jaunes de Coeur, n°31, octobre-novembre 2006, p. 32-35

« Et Malakoff... devint Saupin : époque 2 : 1946-1965 », Jaunes de Coeur, n°32, novembre-décembre 2006, p. 32-35

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Contributeurs

Rédaction d'article :

Didier Guyvarc’h

Anecdote :

Aurélie Mathias

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