Ancienne centrale électrique de Chantenay
Cinéma L'Olympic

A

551

25 rue de la Grange-au-Loup


Pendant l’hiver 1959, un nommé Jacques Serf entre à l’hôpital de Nantes. Il y reste trois semaines. Lorsque sa fille, la chanteuse Barbara (de son vrai nom Monique Serf) est avertie, il vient de mourir. Elle ne l’avait pas vu depuis dix ans. Elle vient à Nantes, un jour pluvieux de fin décembre ; bouleversée, elle écrit les premiers vers d’une chanson qui deviendra célèbre : « Il pleut sur Nantes…».

Rue du Port-des-Charrettes, Saint-Joseph-de-Porterie

Le quartier de Saint-Joseph possède alors deux longues rues qui vont de la route de Carquefou à l’Erdre : le chemin de Port-la-Blanche et la rue du Port-des-Charrettes. La partie de la rue du Port-des-Charrettes située entre la route de Saint-Joseph et la route de Carquefou se nommait, jusqu’à une époque pas très ancienne, le chemin des Landes : il desservait jadis les landes de Porterie, des terrains communaux qui ont été privatisés au cours du 19e siècle (et qui sont devenus récemment « les Landes du Launay »). Dans les années 1950, le quartier s’urbanise, les Castors bâtissent leur lotissement dans le parc du Launay. Peu de temps après, le lotissement de la Brosse sort de terre, à l’emplacement d’un petit manoir ; il est desservi par trois voies : la rue Gérard-Saint, la rue Fausto-Coppi et le côté sud de la rue du Port-des-Charrettes. Ces constructions ont épargné, pour un temps, la ferme du Launay, exploitée par la famille Rincé. Située entre les Castors et la rue du Port-des-Charrettes, elle a cédé la place à d’autres lotissements.

Le père de Barbara

Comme beaucoup d’artistes, Barbara a éprouvé le besoin de raconter sa vie ; ses « mémoires » ont été publiés en 1998 sous le titre : « Il était un piano noir… ». Elle y raconte comment, le 21 décembre 1959, elle apprend que son père est décédé depuis quarante-huit heures à l’hôpital Saint-Jacques de Nantes. Elle rencontre les amis du vieil homme qui lui racontent ses derniers jours. Rien, dans ce texte, n’évoque notre quartier. Jacques Serf habite alors, officiellement, rue de l’Échelle (entre la place Royale et la rue du Calvaire). « Un soir que la partie [de poker] s’était prolongée tard, il a été pris, au moment de partir, d’une très violente douleur dans les reins. […] Ne sachant pas où il allait dormir, il coucha, ce soir-là, chez monsieur Paul », son ami. Le lendemain, il entre à l’hôpital. « Comme on lui demandait où il fallait quérir ses affaires, il répondit en rigolant qu’il ne possédait que ce qu’il avait sur lui ».

Partition de batterie de la chanson  <i> Il pleut sur Nantes </i>  et sculpture de la chanteuse Barbara

Partition de batterie de la chanson   Il pleut sur Nantes   et sculpture de la chanteuse Barbara

Date du document :

Quelques années plus tard, Barbara est devenue une grande dame de la chanson. En 1986, une tournée où elle joue dans « Lily Passion » l’amène à Nantes avec son ami Gérard Depardieu ; le 22 mars, la municipalité de l’époque l’invite à baptiser une  voie « rue de la Grange-au-Loup ». Barbara évoque brièvement cet épisode, sans le relier à une présence de son père dans notre quartier. Pourquoi donc à Saint-Joseph-de-Porterie ? Pourquoi cette rue ? Le refuge de Jacques Serf était-il la grange de la ferme Rincé, bien loin du centre-ville, ce qui expliquerait le « ne sachant pas où il allait dormir » des Mémoires ? Quelques témoins, aujourd’hui décédés, se souvenaient d’un pauvre homme que les Rincé avaient hébergé ; qui dit que c’était Jacques Serf ?

En 1989, une nouvelle association naît à Saint-Joseph : la Commune Libre ; elle souhaite animer le quartier, le faire connaître : à la mairie même, certains découvraient alors avec surprise que Saint-Joseph-de-Porterie fait partie de Nantes ! La Commune Libre organise des fêtes, des expositions ; chaque fin novembre, une petite cérémonie d’hommage à Barbara se déroule à l’entrée de la rue.

Fresque  <i> Le piano et la rose rouge de Barbara </i> , allée Barbara

Fresque   Le piano et la rose rouge de Barbara  , allée Barbara

Date du document : 2000-2001

Une occasion se présente : dans le nouveau lotissement des Fauvettes, tout près du « 25 rue de la Grange au Loup » imaginé par Barbara, il reste un bout de terrain en friche. La municipalité se laisse convaincre, achète la parcelle, l’aménage. On sollicite deux artistes qui habitent le quartier ; Jeanne Merlet sculpte une statue de Barbara, Philippe Béranger peint une grande fresque sur le pignon d’une maison. L’allée Barbara est inaugurée par Jean-Marc Ayrault le 9 décembre 2000.

Allée Barbara, rue de la Grange-au-Loup, Nantes

Allée Barbara, rue de la Grange-au-Loup, Nantes

Date du document : 2000-2001

Le père de Barbara a-t-il vraiment habité le quartier ? Les filles de Saint-Jo craignaient-elles vraiment un méchant loup caché dans la grange de la ferme voisine ? Une dame âgée, décédée depuis, se souvenait d’un pauvre homme qui avait été hébergé dans une dépendance de la ferme Rincé, au Launay. Était-ce le père de Barbara ? Grave problème, donc ! Saint-Jo va-t-il être au centre d’une des grandes erreurs historiques du siècle ? Une jolie légende est née ; même si ce n’est qu’une légende, elle contribue à honorer la mémoire d’une grande artiste : n’est-ce pas le principal ?

2018

En savoir plus

Bibliographie

Claus, Baladine, « Dictionnaire du patrimoine. Grange-au-loup (rue de la) », Place publique Nantes Saint-Nazaire, n°40, juillet-août 2013, p. 87-88

Webographie

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Rédaction d'article :

Louis Le Bail

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