Les premières traces attestées d’activité théâtrale sont celles de mystères, à contenu religieux, et, à la fin du 16esiècle, celles de pièces à machines, inspirées par la mode italienne, données au château dans le cadre de la petite cour du duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne. À cette époque déjà, les troupes foraines qui jalonnent la France sont nombreuses à faire étape à Nantes, proposant des œuvres d’Alexandre Hardy, Honoré d’Urfé, Thomas Corneille ou encore Georges de Scudéry. La troupe de Montdory, ardent promoteur de Pierre Corneille, y est probablement passée, et une plaque célèbre le passage de Molière et de l’Illustre Théâtre, en 1648, dans la salle du jeu de paume situé rue Saint-Léonard, aujourd’hui détruite. Mais les troupes se plaignent du manque cruel de lieux de représentation et ne peuvent plus se contenter de salles de jeu de paume comme la mal commode salle du Bignon-Lestard ou celle du Chapeau Rouge.

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Tout change au 18e siècle

La construction d’une véritable salle de spectacle répond à l’air du temps et aux exigences du public et des  artistes. L’inauguration du théâtre Graslin, en 1788, prouve d’ailleurs l’intérêt que les négociants nantais portent au théâtre. Autour de l’édifice, un des rares théâtres à l’italienne où le bleu domine, les rues avoisinantes portent le nom de nombreux auteurs dramatiques. Durant toute cette période, Nantes a la chance d’accueillir de nombreux talents parisiens pour le bonheur d’un public grandissant. Notons ici le passage de Marguerite Brunet, dite Montansier, et de la célèbre tragédienne Raucourt qui fait ses premiers pas en 1771. Stendhal visite la cité ligérienne en 1837. Dans ses Mémoires d’un touriste, il s’attarde longuement sur une soirée passée dans le nouveau théâtre Graslin, reconstruit après un incendie. « On applaudissait avec folie », écrit-il ! Après Lekain au siècle précédent, Talma, le plus grand acteur de son temps, vient à maintes reprises au théâtre Graslin. Plusieurs autres salles accueillent des spectacles moins prestigieux, où l’on retrouve l’ambiance du théâtre ambulant, entre spectateurs debout, lazzi et commentaires venant de la salle… : le théâtre est devenu, au fil du 18e siècle, un art qui séduit des spectateurs de tous milieux et évoque quelques-unes de leurs préoccupations, de l’aspiration à la liberté à l’abolition de l’esclavage, au point que la laïcisation de l’état civil, en 1792, permet à des parents d’attribuer des prénoms directement tirés de la scène.

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Au 19e siècle, Nantes est l’une des rares villes qui entretient une troupe théâtrale qui fait les bons moments de Graslin, mais les salles se multiplient, rue du Moulin (1802), rue de l’Arche Sèche (1834), rue Mercoeur (1854) et surtout, tout près de là, sur l’actuelle place Édouard Normand, le théâtre de la Renaissance, trois fois plus grand que Graslin, ouvert en 1867. D’initiative privée, il concurrence Graslin en présentant des vaudevilles, des variétés et du cirque. Il périclite cependant rapidement et la municipalité le rachète en 1875. Il devient alors une seconde salle pour Graslin, jusqu’à ce qu’un cyclone l’ampute de moitié et qu’un incendie le dévaste totalement en 1912.

Le lent renouveau d’après 1950

Il faut attendre les années 1950 pour que la Comédie de l’Ouest, installée à Rennes, présente son travail à Nantes. Après l’échec de créer un centre dramatique national, une Maison de la culture est mise en place en 1970, mais contrairement aux autres équipements de ce type elle est dépourvue de locaux spécifiques et de troupe permanente. Elle est dirigée jusqu’en 1975 par Georges Vitaly, l’emblématique metteur en scène parisien, puis par Jacques Couturier et Loïc Volard, Jean-Luc Tardieu, Philippe Coutant, avant Catherine Blondeau. En 1982, le Conseil général réalise un espace de spectacles, l’Espace 44, qui devient la MCLA (Maison de la culture de Loire-Atlantique) puis le Grand T. Face à cet équipement, la municipalité Chénard entreprend de créer sa propre « Maison de la culture de Nantes et de la métropole nantaise » dont Jean Blaise, désigné par le ministère de la Culture, doit devenir le premier directeur. Les péripéties politiques municipales font que ce projet ne se concrétise – sous une forme sensiblement différente – qu’en 1999 avec l’ouverture du Lieu Unique. 

Le temps d’un spectacle, le Théâtre de la Chamaille déstabilise à la même époque un maire, Michel Chauty, auquel sa volonté de censure vaut le surnom de « sécateur-maire ». Cette troupe pleine de vitalité manque à son tour de devenir Centre dramatique national. Une telle structure aurait sans doute permis l’émergence d’une grande aventure artistique qui fait défaut jusqu’à aujourd’hui.

Depuis une dizaine d’années, la Ville de Nantes n’a pas inscrit le théâtre au centre de sa politique culturelle. Elle a pourtant accompagné Jean-Luc Courcoult et son charismatique théâtre de rue : Royal de Luxe. Elle privilégie les arts émergents (où le théâtre est néanmoins présent) en soutenant le Lieu Unique, scène nationale. Elle concentre ses efforts sur le Théâtre universitaire – le TU-Nantes –, sur les principales compagnies théâtrales et sur le Conservatoire d’art dramatique vivifié par Jacques Guillou, ancien comédien de La Chamaille, et son successeur, Philippe Vallepin. À l’instigation de la ville, l’École nationale supérieure d’architecture a également accueilli un département de scénographie. 

Dans ce contexte, le soutien important du Conseil général de Loire-Atlantique au Grand T, véritable pôle théâtre, est une chance pour la métropole. Le Grand T tient le rôle de ce « théâtre de ville » qui manquerait à Nantes. Il programme majoritairement du théâtre. Loin d’être une antichambre du théâtre privé parisien, comme, lorsqu’il s’appelait la Maison de la culture de Loire-Atlantique, alors dirigée par Jean-Luc Tardieu, il s’est métamorphosé, dans les années 2000, en théâtre de service public complétant sa programmation par un travail de médiation assurant la diversité du public. Les plus grands artistes contemporains ont ainsi pu faire étape à Nantes : Ariane Mnouchkine, Patrice Chéreau, Jérôme Deschamps et,à travers ses dernières mises en scène, Benno Besson, aujourd’hui disparu.

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Les collectivités soutiennent aussi des compagnies théâtrales indépendantes et permettent aux comédiens, musiciens, metteurs en scène et scénographes de demeurer sur place et de constituer le tissu artistique indispensable à toute diversité territoriale. La tradition des pratiques amateurs a généré des vocations de metteurs en scène, comme Yvon Lapous et Hervé Tougeron, tous deux fondateurs du théâtre de la Chamaille, Jean-Luc Annaix, Michel Liard, Michel Valmer et Françoise Thirion qui, aujourd’hui, animent la salle Vasse avec une mission de soutien au théâtre amateur. Christophe Rouxel, installé à Saint-Nazaire, est lui aussi présent sur les scènes nantaises. 

Ajoutons de jeunes troupes créées à l’initiative d’élèves du Conservatoire de la ville de Nantes, devenus metteurs en scène : Hervé Guilloteau, Guillaume Gatteau, Marylin Leray, Laurent Maindon. 

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Tous ces artistes bénéficient de l’aide de l’État et des collectivités locales et, malgré des moyens limités, privilégient le répertoire contemporain et ont trouvé des complicités avec de nombreux auteurs, aujourd’hui reconnus. Plus récemment, des nouveaux sont arrivés, comme Laurent Brethome de La Roche-sur-Yon et François Chevalier, nouvellement venu du Mans. Quelques metteurs en scène se sont orientés vers le jeune public comme Catherine Le Moullec ou Pascal Vergnaud, issu de la Maison de la marionnette.

Toutes ces compagnies nourrissent, avec succès, les programmations des principales salles non seulement de l’agglomération nantaise mais aussi des Pays de la Loire. Néanmoins, malgré des mesures d’aide à la création et la présence d’un dispositif comme « Voisinages » mis en place par la Région pour une meilleure diffusion des spectacles des compagnies régionales, celles-ci n’arrivent pas toujours à jouer suffisamment. Contre leur gré, elles se sont enfermées dans un certain localisme qui les empêche d’atteindre une envergure nationale ou internationale, objectif qui leur imposerait de présenter leurs travaux à Paris. 

Le théâtre, à Nantes, est dynamique, éclectique, populaire et riche. Il est indispensable à la vie de la cité. Comme l’opéra, les musées ou le patrimoine, il incarne la culture pérenne face à l’événementiel (Folle Journée, Royal de Luxe, festivals…). À une époque où le spectacle vivant devient de plus en plus hétérogène, Nantes a la chance que le théâtre soit soutenu conjointement par les différentes collectivités, participant ainsi fortement au renom culturel de la métropole.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2018
(droits d'auteur réservés)

En savoir plus

Bibliographie

Archives municipales de Nantes, Leray, Florence (éd.), Le théâtre s’affiche : catalogue des affiches de théâtre, Archives municipales de Nantes, Nantes, 1998

De la MCLA au Grand T : douze saisons de théâtre, Joca Seria, Nantes, 2011 (coll. les Carnets du Grand T, 17)

Destranges, Étienne, Le théâtre à Nantes depuis ses origines à nos jours, 1430-1901, Libr. Fischbacher, Paris, J. Lessard, Nantes, 1902

« Théâtre et danse », 303 : arts, recherches et créations, n° 86 hors-série, 2005

Théâtre Graslin et vie des théâtres à Nantes aux XVIIIe et XIXe siècles (catalogue d’exposition), Bibliothèque municipale, Nantes, 1992

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Rédaction d'article :

Philippe Coutant