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Prairie d'Aval


Cernée par la boire des Récollets, le bras de Pirmil et la rue de Vertais, la Prairie d'Aval est à partir de 1771, investie par les indienneurs Petitpierre et Favre qui vont développer leur activité jusqu'au début du 19e siècle. Leur patrimoine industriel permet la poursuite de l'activité textile sur le secteur jusqu'au début du 20e siècle, tandis qu'une de leurs demeures abrite la première école communale publique. Le lotissement des prés qui servaient à l'étendage et au séchage des toiles donne naissance à un quartier urbain dans le sillage de l'implantation de la gare de Legé. La Seconde Guerre mondiale et ses conséquences reconfigurent entièrement ce micro-quartier du faubourg des Ponts à partir de 1948.

Un fief des familles Petitpierre et Favre

Au début du 19e siècle, les familles Favre et Petitpierre sont à la tête d’un important patrimoine immobilier, constitué de maisons d’habitation, fabriques, magasins, jardins, prairies et quais sur la Loire, regroupés dans la partie aval de l’île de Vertais.

En 1843, le patrimoine immobilier des anciens indienneurs est composé de deux blanchisseries, d'une teinturerie et de cinq maisons d'habitation. C'est dans l'une d'elles que la première école primaire communale est installée à partir de 1835, puis l'école primaire des filles à partir de 1872.

Un nouveau quartier

À partir de 1877, les héritiers Favre et Petitpierre cèdent une partie de leur patrimoine familial à Victor Ferrand. Ce dernier reprend l'ancienne teinturerie et blanchisserie Petitpierre, située à côté de l’école des filles de la Prairie d’Aval.

C'est à la même époque que le projet d'ouverture d'une seconde ligne des ponts est entériné. Le percement du boulevard Victor-Hugo à travers la prairie d'Aval l'isole du faubourg de Vertais, mais ce nouveau boulevard crée une opportunité de développement urbain dont va se saisir Victor Ferrand. En 1883, il acquiert une partie de la propriété des époux Dezaunay en bordure de la boire des Récollets. Il cède une partie de cette acquisition à la Compagnie de chemins de fer de Nantes-Legé en 1891.

À partir de 1896, « afin de permettre la construction de maisons d'habitation avec jardinet », les terrains situés aux alentours de la nouvelle gare vont être lotis par les héritiers Ferrand et un certain Charles Marre.  Mais ce lotissement, qui prévoit l'ouverture de quatre nouvelles voies, se développe hors de toute planification officielle. En 1925, l'urbanisation du secteur est alors à contre-courant du plan d’aménagement, d’embellissement et d’extension de la ville de Nantes en cours d'étude : « Jusqu'à ces temps derniers, des maisons avaient été construites en bordure de la rue Petitpierre prolongée. Mais maintenant on construit dans une direction perpendiculaire en bordure même de la rue de la Prairie-d'Aval. Voilà donc une immense prairie sur laquelle on va donner naissance à un nouveau quartier où la fantaisie des vendeurs et des acquéreurs pourra se donner libre cours pour finalement aboutir à des résultats opposés à ceux qu’a eu en vue la loi actuelle et qu'on a eu tant à déplorer dans le passé », rapporte un technicien de l’urbanisme.

Au cours des années 1930, ces prémices de développement urbain sont confortées par deux projets de lotissements qui, cette fois-ci, s'intègrent dans un schéma planifié. Le premier se déploie à l'ouest de la rue de la Prairie-d'Aval à partir de 1936 sur un terrain 18 000 mètres carrés et sur lequel 35 maisons doivent être construites de part et d'autre de trois nouvelles voies de desserte. Le second concerne le site de l'ancienne gare de Legé, fermée en 1935. Son promoteur Prosper Joly présente un plan composé de 30 lots répartis autour d'une nouvelle avenue, l'avenue de la Gare-de-Legé. Les premières maisons sortent de terre à partir de 1939. Mais les conséquences de la guerre et des bombardements vont reconfigurer le développement du secteur.

Un quartier de la Reconstruction

Situé entre les ponts de Pornic et de Pirmil, à proximité des infrastructures de la gare de l'État et du quai Wilson, le quartier de la prairie d'Aval est particulièrement impacté par les bombardements alliés de 1943 et 1944. De nombreuses maisons sont sinistrées, tandis que l'école des filles est entièrement détruite.

À Nantes, l'implantation de baraquements en bois va permettre, à partir d'août 1945, de faire face à l'urgence du relogement des sinistrés. Dans le quartier, les vastes espaces encore libres offrent la possibilité d’installer des petits ensembles de baraquements aux abords des boulevards des Martyrs-Nantais-de-la-Résistance, Bénoni-Goullin, Gustave-Roch, rue de la Prairie-d’Aval et la prairie de Biesse. Ces baraquements disparaissent au milieu des années 1960, sauf Prairie d'Aval où le programme de reconstruction a permis de les remplacer, quelques années plus tôt, par un immeuble collectif.

Fortement sinistré, le quartier de la Prairie d'Aval est classé comme secteur prioritaire au plan validé par le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme (MRU) en août 1948. Sous sa tutelle, les parcelles sont remembrées et réparties en trois îlots. La reconstruction est relativement rapide puisqu'en décembre 1949, le MRU « demande à la Ville de faire procéder aux travaux nécessaires à l’alimentation en eau des maisons reconstruites par ses soins dans le quartier de la rue Prairie-d’Aval. » Les habitations construites ou reconstruites permettent le relogement des habitants du quartier sinistrés à qui un logement est attribué au titre de compensation.

À la fin des années 1950 et au cours de la décennie suivante, des immeubles collectifs, érigés en bordure du boulevard Victor-Hugo et de la Loire, densifient ce triangle dédié exclusivement au résidentiel, exception faite de la présence de Lemerle, entreprise de vente et de réparation des tracteurs.

Nathalie Barré
Archives de Nantes
2022



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En savoir plus

Bibliographie

Archives de Nantes, Le quartier des Ponts, coll. Quartiers, à vos mémoires, Nantes, 2021

Pages liées

Ligne des ponts : un espace aménagé (2/4)

Boulevard Victor Hugo

Dossier : le quartier République – Les Ponts

Tags

Extension et limite urbaine Lotissement Pont Quartier Republique-Les Ponts

Contributeurs

Rédaction d'article :

Nathalie Barré

Témoignage :

Thérèse Petit

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