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Plaine de jeux de la Halvêque


L’ouverture de la Locomotive maison de quartier Erdre – Batignolles, le 15 mai 2023, est l’occasion de revenir sur l’histoire du premier équipement socioculturel du quartier : la plaine de jeux de la Halvêque, située à quelques encablures du nouvel équipement, qui a pu voir le jour grâce à la mobilisation des habitants.

Des maisons en bois aux tours de béton

Au début des années 1970, les trois cités ouvrières en bois du quartier Halvêque – Beaujoire disparaissent. Le Ranzay, la Halvêque et la Baratte avaient été édifiées en 1920 par la Société des locomotives Batignolles-Châtillon pour y loger le personnel de l’usine inaugurée en 1917.

Au cours des années 1960, ces trois cités perdent progressivement leurs habitants, partis à la recherche d’un autre emploi, suite à la vente puis à la fermeture de l’usine, mais aussi d’un plus grand confort.

Au cours de cette même décennie, le secteur est l’objet d’un vaste programme urbain : la ZUP Beaujoire, confiée à la Société d’équipement de la Loire-Atlantique (SELA) et dans le cadre de laquelle le bailleur social La Nantaise d’Habitations édifie, à partir de 1971, 639 logements sociaux à l’emplacement de l’ancienne cité en bois La Halvêque.

Deux ans plus tard, les premiers habitants emménagent dans la toute nouvelle cité HLM La Halvêque, composée de cinq tours de treize étages, huit plots et huit barres de quatre étages. Tous les logements offrent un confort moderne (salle de bains et chauffage) qui suscitent l’adhésion des anciens habitants de la cité ouvrière, et nombreux sont ceux qui viennent habiter dans ces nouveaux logements sociaux. En 1977, 2500 personnes dont 700 enfants vivent dans ce quartier qui forme une enclave entre quatre routes, dont deux sont des voies à grande circulation.

Cependant, malgré cette grande densité de population, aucun équipement socioculturel n’a été prévu pour répondre aux besoins de sociabilités des locataires et surtout aux loisirs des enfants.

Les mètres carrés sociaux en dépannage...

Dès 1975, des habitants et associations du quartier se mobilisent pour réclamer la création d'équipements collectifs et l'organisation des transports en commun. Dans un premier temps, les mètres carrés sociaux, construits par le bailleur, sont transformés en salle commune pour les rendez-vous de la PMI, l’accueil de 90 enfants le mercredi, les rencontres des personnes âgées, les associations, etc. Ces mètres carrés sociaux, également appelés locaux collectifs résidentiels (LCR), sont construits au sein des grands ensembles pour accueillir des services et activités pour les habitants. Les créneaux horaires sont âprement discutés et rapidement le local ne répond plus aux besoins du quartier.

Face à ce constat, l'Association syndicale des familles (ASF) prend rendez-vous avec la SELA en juin 1976 afin de réclamer l’aménagement d’un terrain de 3 hectares contigu à la cité et resté en  friche.

Une mobilisation citoyenne pour la création d’une plaine de jeux avec des locaux sociaux

Après avoir obtenu gain de cause (le terrain est cédé à la Ville), les militants mobilisent l’ensemble des acteurs associatifs afin de dresser l’inventaire des besoins du quartier. En décembre 1976, ils présentent un projet d’aménagement d’une plaine de jeux, conçu avec l’aide d’un architecte, aux autorités municipales. Celle-ci se présente en trois secteurs : une zone pour enfants avec jeux, une zone pour les tout-petits et une zone pour les adultes avec des bancs, des endroits ombragés. Des liaisons sont prévues entre ces trois pôles du terrain d'une superficie totale de 32 000 mètres carrés. Au centre, un ensemble de locaux est prévu pour abriter diverses activités.

Afin d’animer le futur lieu, les associations parties prenantes créent l’Association pour les loisirs enfants et adultes de la Halvêque – Beaujoire (APLEA) en 1977. Mais la réalisation de la plaine de jeux tarde à voir le jour. L’arrivée de la municipalité Chénard en mars 1977 permet toutefois de voter un budget pour la réalisation d’une partie de la première tranche de travaux : clôture du terrain et installation de deux bâtiments préfabriqués. L’année suivante, un fait divers dramatique met en relief de façon cruelle ce que les associations dénoncent depuis deux ans : le manque de jeux et d’équipements adaptés aux enfants.

Un fait divers dramatique

Pour pallier la quasi absence de jeux extérieurs, les jeunes ont pris l’habitude de jouer dans les caves des immeubles. Le 17 janvier 1978, un groupe d’enfants se retrouve dans l’une d’elle au 90, boulevard Gustave-Eiffel lorsque l’un d’entre eux déclenche un incendie en s’amusant avec un briquet. Le corps d’un enfant de 5 ans est retrouvé lors de l’intervention des pompiers.

« L'univers des réalités quotidiennes pour les enfants de la Halvêque, c'est de ne disposer en guise de jeux que des chariots de Carrefour, de boîtes de carton pour construire leur cabanes, de bancs et d'arbres à escalader, voire des ascenseurs et des caves, lieu unique de rassemblement ! » dénonce l’ASF le lendemain dans un article de presse dans lequel elle rappelle l’ensemble des initiatives  entreprises depuis deux ans pour faire face à ces manquements.

Cinq années seront encore nécessaires pour voir l’aboutissement de leurs démarches.

Un projet finalisé en 1983

En 1980, les contours de l’équipement et de son fonctionnement sont arrêtés. À terme, les habitants disposeront d’une plaine de jeux et d’une maison des jeunes de 378 mètres carrés accueillant les activités habituelles d’un centre socioculturel, avec l’assistance technique d’un animateur. En mars 1982, la maison de quartier est en cours de construction non loin de la rue André-Malraux. Le mois suivant, la bibliothèque dotée de 4800 livres est inaugurée.

Le 16 avril 1983, un article de Ouest-France titre : « À la Halvêque, l’histoire de la cité et de son espace de loisir se confond avec celle d’une métamorphose imprimée par la détermination des locataires. » Maison de quartier pour les plus de 16 ans, maison de l’enfance pour les 4-12 ans, une autre pour les 12-16 ans et plaine de jeux sont en effet enfin achevées, huit ans après les premières revendications des habitants. Après ces années d’attente, la plaine de jeux devient même une référence d’aménagement sur laquelle d’autres quartiers et villes prennent modèle !

L’ensemble est géré par l’APLEA et animé par une équipe des Francas. Ce modèle sera toutefois de courte durée puisque la création de l’ACCOORD en 1985 et ses débuts contestés mettent rapidement sur la touche les associations d’habitants à l’origine de la création et de l’organisation du tissu socioculturel dans les quartiers nantais.

La rédaction de cet article s’est appuyée sur les archives personnelles de Monique Leray, militante et actrice de la mobilisation des habitants et sur le travail de synthèse réalisé en 2019 par Valérie Viot, Estelle Retho et Françoise Malidain du centre socioculturel de la Halvêque.
 
Nathalie Barré
Archives de Nantes
2023

Témoignage de Jean-Pierre Favretto :

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