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Petit-Beurre


Il y a 140 ans, en 1886, Louis Lefèvre-Utile élabore la recette et conçoit les lignes de ce qui deviendra le biscuit emblématique de la marque LU : le Petit-Beurre.

Le Véritable Petit-Beurre

En 1885, Louis Lefèvre-Utile achète une ancienne usine de filature à Nantes et investit dans du matériel anglais, afin de suivre le modèle fructueux des biscuiteries d’outre-Manche. Dans cette volonté affirmée de modernité, il conçoit, en 1886, la recette, la forme et le graphisme des lettres « LU Petit-Beurre », pour un biscuit promis à devenir iconique. 

Dessin du découpoir du Petit-Beurre avec son abécédaire

Dessin du découpoir du Petit-Beurre avec son abécédaire

Date du document : 1886

Même s’il en dessine les contours caractéristiques, Louis Lefèvre-Utile n’est pas le premier à produire un Petit-Beurre. La marque bordelaise Olibet en commercialise en effet depuis 1874. Lorsque Louis dépose la composition, la forme et la marque « Petit-Beurre LU » au Tribunal de commerce de Nantes le 9 avril 1888, un litige s’en suit, clôturé par le jugement du tribunal civil de Bordeaux le 22 juin 1891. L’industriel nantais n’obtient pas le monopole de la dénomination et de la forme et impose dès lors l’authenticité de sa production par l’usage de la mention « Véritable Petit-Beurre, exigez la marque LU ».

Les dimensions du Petit-Beurre ne sont pas choisies au hasard : long de 6,5 centimètres, large de 5,3 centimètres, et épais de 0,66 centimètres, l’empilement de 8 Petit-Beurre correspond exactement à la largeur du biscuit. Ceci facilite le conditionnement et évite toute fragilisation pendant les transports. Les contours sont ornés de 48 dents et de 4 oreilles aux angles, symbolisant les 4 saisons. Il y a donc au total 52 festons, un pour chaque semaine qui compose l’année. La surface est piquetée de 24 points, évoquant les heures de la journée. Cette forme emblématique, alliée à un goût subtil et un marketing innovant, assurent le succès au long court de ce produit à la qualité contrôlée.

La fabrication

Le succès rapide du « Véritable Petit-Beurre LU » est lié au contrôle de qualité tout au long de la préparation. Et ce, dès la sélection des matières premières : farine issue essentiellement de blés du pays nantais moulus dans les « Grands Moulins de la Loire » à Nantes, œufs de Vendée, beurre et lait provenant des fermes de la région puis des laiteries appartenant à LU. L’ensemble de ces produits est analysé dans le laboratoire interne à l’usine.

Les ingrédients sont mélangés dans des pétrins afin de constituer la pâte. Celle-ci est ensuite passée au laminoir puis dans des moules découpoirs qui impriment la forme et les motifs du biscuit. Le contrôle de la cuisson assure l’appétissante couleur dorée, véritable signature du biscuit.

Fabrication du Petit-Beurre LU, salle des découpeuses

Fabrication du Petit-Beurre LU, salle des découpeuses

Date du document : Vers 1905

En 1889, l’usine du quai Baco produit déjà 1200 kilogrammes de Petit-Beurre par jour, ce qui représente plus du tiers de la production totale de la manufacture. En 1900, LU annonce une production journalière de 10 tonnes, permettant d’assurer les exportations. Le Petit-Beurre se vend aussi bien en France que dans ses colonies et à l’international ! 
Cette ascension est ralentie par la Première Guerre mondiale. LU doit même fabriquer, sur demande du service de ravitaillement français, un Petit-Beurre à base de saindoux en 1918. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Michel Lefèvre-Utile choisit d’arrêter la production plutôt que de fabriquer des biscuits de qualité réduite.

Dans la seconde moitié du 20e siècle, la production se modernise : en 1951, sous l’impulsion de Patrick et Michel Lefèvre-Utile, la première ligne continue de fabrication des Petit-Beurre est installée, remplaçant les ateliers annexes préexistants. 

Alors que le Petit-Beurre fête ses 100 ans, 7 000 tonnes de biscuits sont produites chaque jour. La demande ralentit cependant dans ces années 1980, aboutissant au choix de modifier la recette en 1994, pour l’adapter au goût de l’époque. Cela soulève l’indignation ! Un article est publié dans Le Monde le 2 juin 1994 sous le titre « Lu et réprouvé ». La recette originale est finalement reprise quelques années plus tard.

Un biscuit qui s’affiche

L’importance accordée par Louis Lefèvre-Utile à la qualité de ses produits se retrouve dans le souci d’esthétisme porté sur les emballages et objets promotionnels. Selon lui, « Pour attirer la gourmandise, rien de tel que de réjouir l’œil ».

En 1890, l’artiste Firmin Bouisset propose une première épreuve pour un panonceau publicitaire pour le Petit-Beurre, qui séduit immédiatement Louis Lefèvre-Utile. La seule demande de modification porte sur le rendu du biscuit : « Si vous pouviez faire le biscuit dans un ton un peu plus chaud [...] nous préférerions ». Le succès est immédiat auprès des commerçants et des consommateurs, si bien qu’une version sous forme de calendrier est produite, inaugurant les calendriers édités ensuite chaque année, jusqu'en 1920.

La jeune fille au Petit-Beurre

La jeune fille au Petit-Beurre

Date du document : Vers 1890

En 1897, Firmin Bouisset conçoit une nouvelle affiche qui marquera les imaginaires : le Petit écolier. L’enfant ayant servi de modèle est très certainement le fils aîné de Louis Lefèvre-Utile, « Petit Louis ». Cette chromolithographie représente un garçon exemplaire, vêtu d’un tablier orné de la croix de la récompense. Il tient un panier en osier aux initiales LU et croque dans un Petit-Beurre. L’affiche orne rapidement de nombreux murs à travers la France, associant indéfectiblement l’image du Petit écolier à celle du Petit-Beurre, dans une personnification du produit encore rare à cette époque.

Affiche LU du Petit Écolier

Affiche LU du Petit Écolier

Date du document : Vers 1897

Boîtes à biscuits et emballages

La qualité des emballages des Petit-Beurre a certainement participé à l’engouement pour ce biscuit.

Si les premières boîtes réalisées par LU sont simplement recouvertes de papier illustré, l'entreprise commercialise dès 1898 des « boîtes-objets », destinées à un grand succès. Parmi celles-ci, la « boîte tramway », fabriquée par le ferblantier nantais J.-J. Carnaud, reproduit en miniature le tramway faisant la promotion du Petit-Beurre dans la ville de Nantes. La « boîte panier » a été commandée par Louis Lefèvre-Utile au ferblantier Firmin Colas au moment de la réalisation des affiches du « Petit écolier » pour reproduire fidèlement le panier qui y est représenté. Le succès est immédiat !

Boîte à biscuits en forme de tramway

Boîte à biscuits en forme de tramway

Date du document : Vers 1898

En 1910, Louis Lefèvre-Utile est le premier en France à conditionner les biscuits en paquets, dans une enveloppe de papier sulfurisé, imperméable au beurre. Michel Lefèvre-Utile, fils de Louis, poursuit les innovations liées à l’emballage en ayant recours dès 1934 à une fine feuille d’aluminium collée sur une mousseline, pour assurer la bonne conservation des biscuits.

Les années 1950 sont celles d’une rénovation de l’image de la marque, sous l’impulsion de Patrick Lefèvre-Utile, fils de Michel. En 1954, le créateur André Maurus conçoit un nouveau logo composé de lettres bâton dans un contraste de rouge et de blanc qui caractérisera dorénavant LU. Il imagine des paquets résolument modernes, ornés de ce monogramme, et pour la première fois, d’une photographie du Petit-Beurre. Raymond Loewy, auteur du logo Coca-Cola, travaille dans le sillage de Maurus en 1957. Il revoit juste le format du logo blanc inscrit dans un bandeau rouge, déplacé sur la droite du paquet. Cette formule est conservée jusqu’en 1998.

Les paquets de Petit-Beurre sont maintenant confectionnés par des machines, avec des procédés perfectionnés qui assurent l’isolation, la fermeture et la pose des étiquettes.

De nombreux produits dérivés

Dès 1896, pour fêter le cinquantenaire de la marque, Georges Dreyfus conçoit un élégant porte-monnaie en forme de Petit-Beurre. 

L’idée de produire des objets du quotidien à l’image du célèbre biscuit se multiplie, des encriers aux dessous de plat en faïence en passant par les calendriers : le Petit-Beurre a sa place dans toutes les pièces de la maison !

Ces produits dérivés trouvent leur apogée lors du centenaire du fameux biscuit, en 1986, avec des éditions variées : foulards, plateaux, pendules, valisettes, porte-clés etc. Plusieurs de ces objets pouvaient être gagnés avec des paquets de biscuits du centenaire. De nombreux événements accompagnent cette célébration, comme une exposition à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Nantes ou un repas de commémoration au restaurant La Cigale. L’anniversaire a même été fêté à l’international, puisque des caissettes en bois, contenant une bouteille de muscadet « cuvée spéciale LU » et quatre paquets de Petit-Beurre, ont été transportées de Nantes à New-York par le Belem pour célébrer le centenaire conjoint du petit biscuit avec celui de… la Statue de la Liberté !

Alice de Dinechin
Château des ducs de Bretagne – Musée d'histoire de Nantes
2026

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En savoir plus

Bibliographie

Guillet Bertrand, LU, une aventure nantaise, Les Éditions Château des ducs de Bretagne, Nantes, 2017

Guérin Sandrine, sous la direction de Jacques Marseille, La saga du Petit-Beurre LU de 1886 à 1993, mémoire de Maîtrise d’Histoire économique, Université de Paris I Sorbonne, 1993

Kerouanton Jean-Louis, LU, une usine à Nantes, Association pour le développement de l'inventaire général des Pays de la Loire, 1989 (Images du patrimoine n°59)

Kerouanton Jean-Louis, LU, une usine à Nantes, Association pour le développement de l'inventaire général des Pays de la Loire, 1999 (Images du patrimoine n°188)

Thibault Patrick, Nantes : la belle histoire de LU, C.M.D, 1998

Fruneau-Maigret Olivier, LU : une marque à l'avant-garde, PUR, Les Éditions Château des ducs de Bretagne, Nantes, 2020

Webographie

« Lu et réprouvé », Le Monde du 2 juin 1994 Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

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Rédaction d'article :

Alice de Dinechin

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