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Navires et sous-marins des Anciens Chantiers Dubigeon


Installée à Chantenay de la fin du 19e siècle à 1969, la production des Anciens Chantiers Dubigeon fut importante et variée : des grands voiliers à coque acier aux sous-marins, c’est une histoire de la construction navale qui se lit à travers les productions de ces chantiers navals.

19e siècle – début du 20e siècle : des navires en bois et à coque métallique

Au 19e siècle, les Chantiers Dubigeon sont réputés pour la qualité de leurs navires, finement assemblés. Les bateaux ont alors, tous, une coque en bois et se déplacent à la force du vent. Ces navires sont de plusieurs types. Il y a des lougres, c'est-à-dire de petits voiliers comportant deux ou trois mâts gréés aux deux-tiers, utilisés sur les côtes de la Manche et de l’Atlantique ; des goélettes, qui sont des voiliers à deux mâts dont le grand mât est à l’arrière, servant pour la cabotage ou la pêche hauturière. Le type le plus célèbre reste les grands trois-mâts barque ou cap-horniers qui assuraient le prestige des constructeurs.

Le premier navire à coque en acier construit aux Chantiers Dubigeon date de 1872. Il faut néanmoins attendre la fin des années 1880 pour que la construction en métal supplante le bois. Ces bateaux conservent la propulsion à voiles. À partir de 1889, les Chantier Dubigeon se lancent dans la production de 26 trois-mâts à coque métallique de 2500 à 3000 tonneaux (trois-mâts barques, trois-mâts carrés). Ce sont des bateaux destinés à la marine marchande, principalement des commandes des armateurs nantais.

Lancement du trois-mâts barque Saint Louis

Lancement du trois-mâts barque Saint Louis

Date du document : 1902

On peut citer notamment l’armement Crouan, dont six des huit trois-mâts barques (dont le célèbre Belem) lancé en 1896 sortent des cales du chantier de Chantenay. Dans le dernier quart du 19e siècle, Fernand Crouan s’occupait principalement du trafic du cacao et du sucre pour le compte de la chocolaterie Menier (de là dérive le nom de certains de ses navires: le Claire-Menier, le Noisiel). À la même époque, deux autres grands armateurs nantais sont des clients réguliers de Dubigeon : Louis Bureau et Fils et la Société Anonyme des Armateurs Nantais.

Le dernier grand voilier fabriqué par les chantiers, l’Oiseau des Îles, est lancé en 1935.

Voilier Oiseau des Îles en construction sur cale

Voilier Oiseau des Îles en construction sur cale

Date du document : 1935

L’autre grand pôle de la production de la fin du 19e siècle à la Première Guerre mondiale concerne les bateaux à vapeur. Beaucoup sont destinés à la navigation fluviale notamment dans les colonies d’Extrême-Orient. C’est le cas du Bassac, commandé par les Messageries Fluviales de Cochinchine et lancé en 1890, dont la construction eut un certain retentissement dans la presse nationale. Les chaudières des machines à vapeur étaient fabriquées par des sous-traitants et non par les Chantiers eux-mêmes.

Dans le même temps, les Chantiers Dubigeon fabriquent des chaloupes, des chalutiers, des dragues ou encore des yachts, tous à coque en acier.

La spécialisation dans les années 1920 : Marine nationale et navires de pêche

Dans l’entre-deux-guerres, les Anciens Chantiers Dubigeon se spécialisent dans les navires de plus petit gabarit. Il y a deux raisons à ce phénomène : l’ensablement de la Loire qui empêche désormais le passage de très grands navires et le partage de la production entre les Anciens Chantiers de Loire et les Anciens Chantiers Dubigeon afin d’éviter la concurrence. Les commandes de la marine marchande diminuant après la Première Guerre mondiale, les chantiers se tournent vers d’autres commanditaires.

Les premiers sont les compagnies de pêche. Les chantiers construisent pour la flotte de pêche avec des chalutiers à vapeur, puis à moteur Diesel dans les années 1930. Ils mettent au point une mécanique innovante pour la liaison entre le moteur et l’hélice.

La Marine nationale est le second client des chantiers. Sont construits des navires de moyen tonnage comme par exemple les torpilleurs de 1500 tonnes du type l’Adroit comme le Tempête dans les années 1920. Ces navires de guerre servent à l’escorte des convois et à la protection des côtes.

Les Anciens Chantiers Dubigeon fabriquent également des sous-marins. Le tout premier, l’Argo, est lancé en 1929. Trois autres bâtiments de même type suivent dans les années 1930 (Phénix, Orphée et Iris). De 1936 à 1938, les Chantiers s’occupent de la refonte de deux sous-marins construits dans les années 1920, le Narval et le Marsouin.

Sous-marin Iris

Sous-marin Iris

Date du document : 03-1935

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la Marine intensifie ses commandes. Dubigeon est chargé de construire des escorteurs et des avisos (petits navires de guerre servant à assurer la liaison entre les différents navires de la flotte ou entre la flotte et la terre), livrés en toute hâte en 1940 avant l’arrivée des Allemands. En 1939, la Marine nationale commande dix sous-marins de deux types différents (huit de type Aurore de 900 tonnes et deux de type Redoutable de 1500 tonnes). Seuls deux sont mis sur cale avant la défaite : l’Artémis et l’Astrée. Pendant l’Occupation, les deux sous-marins sont conservés sur cale, tout comme les matériaux prévus pour les autres bâtiments. Ces sous-marins sont terminés au début des années 1950 et livrés à la Marine.

Essais de plongée du sous-marin Astrée

Essais de plongée du sous-marin Astrée

Date du document : 12-05-1948

Pendant la guerre, le chantier doit en principe construire des bateaux-citernes, bâtiments non belliqueux mais aucun n’est jamais livré.

Vers une plus grande diversification

À la Libération, les Anciens Chantiers Dubigeon développent une nouvelle spécialité qui vient s’ajouter aux précédentes : la réparation navale. Il faut tout d’abord renflouer les bateau coulés en Loire (y compris ceux qui étaient à quai devant le chantier), puis reconstituer la flotte de pêche, opération pour laquelle Dubigeon est particulièrement indiqué en raison de son expérimentation. Des chalutiers de différents types sont ainsi construits dans les années 1950 (type CL 1, type Comité des pêches).

Chalutiers Gris Nez et Volontaire au quai d’armement

Chalutiers Gris Nez et Volontaire au quai d’armement

Date du document : 05-10-1949

Les années 1950 apportent aussi une plus grande diversification dans les types de navires produits. La majorité de la production concerne la marine marchande, avec des cargos légers et rapides pour le grand cabotage, mais aussi des dragues dont le chantier continue la production, des ferry-boats ou encore des bacs. L’installation de moyens de levage plus importants permet également la construction de bateaux de plus fort tonnage, comme des caboteurs pétroliers.

En 1955 est construit le Dos de Diciembre, navire léger commandé par le président du Venezuela. Il s’agit d’un exemple, certes anecdotique, mais prestigieux, qui est resté dans les mémoires. Sa construction a fait l’objet d’une large couverture photographique.

Navire militaire léger Dos De Diciembre en construction sur le dock de Dubigeon Chantenay

Navire militaire léger Dos De Diciembre en construction sur le dock de Dubigeon Chantenay

Date du document : 1955

En 1952, des sous-marins de type Daphnée sont commandés par la Marine nationale. Il s’agit de bâtiments à hautes performances (profondeur d’immersion plus importante, accent mis sur l’armement), de 800 tonnes. C’est pour respecter les impératifs techniques imposés par la Marine lors de cette commande, que les cales 3, 4 et 5 sont couvertes. Des bâtiments de ce type sont ensuite construits par le chantier pour l’Afrique du Sud et le Portugal.

Sous-marins Daphnée et Diane

Sous-marins Daphnée et Diane

Date du document : 1952

Les Anciens Chantiers Dubigeon ont su garder une identité forte tout au long de leur histoire. La « marque » Dubigeon a perduré bien après que l’entreprise ait perdu son indépendance. La qualité des productions et le prestige qui leur étaient associés (pour les grands trois-mâts barques de la fin du 19e siècle par exemple) ont conduit au maintien du nom de Dubigeon (à travers l’appellation « Anciens Chantiers Dubigeon ») même après leur rachat par les Ateliers et Chantiers de la Loire. L’entreprise qui n’est plus alors qu’une filiale, conserve une entité de production quasi indépendante en recevant des commandes spécifiques avec les navires et sous-marins intégralement produits sur le site de Chantenay.


Gaëlle Caudal
Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
Article rédigé à partir de l’étude de Céline Barbin – Monographie des Anciens Chantiers Dubigeon – 2011
2021

En savoir plus

Bibliographie

Barbin Céline, « Les anciens chantiers Dubigeon de Chantenay (Nantes) », in L'Archéologie industrielle en France, 2011

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