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Nantes en dix-neuf cent


Né de la rencontre entre deux hommes, Nantes en dix-neuf cent est un livre qui célèbre la ville et son bouillonnement au tournant du siècle. Richement illustré, c'est aussi le livre d'un artiste : le graveur Auguste Lepère.

Une rencontre entre deux hommes

Originaire de Paris, Auguste Lepère débute son apprentissage en 1862 dans l'atelier des graveurs Joachim-Jean Cosson et Joseph Burn Smeeton. Il y apprend l’illustration, la typographie et la gravure sur bois, métier indispensable à l'imprimerie de l'époque afin de transposer les dessins des illustrateurs dans les revues et journaux. En 1872, Auguste Lepère prend son indépendance et installe son propre atelier de gravure rue des Abbesses à Paris. Il travaille pour Le Monde illustré, L'Illustration, la Revue illustrée ou encore le Magasin pittoresque et grave d’après les dessins de Daniel Vierge et Edmond Morin.

Touche à tout, Auguste Lepère voyage régulièrement afin de peindre sur motif et présente ses aquarelles, pastels et gravures dans les Salons dès les années 1870. En 1892, charmé par la Vendée, Auguste Lepère fait l'acquisition d'une maison à Saint-Jean-de-Monts et initie, avec Charles Milcendeau, le groupe de peintres dits « de Saint-Jean-de-Monts ». C’est quelques années plus tard qu’a lieu la rencontre avec Alphonse Lotz-Brissonneau, industriel et amateur d'art nantais, membre de la société nantaise « Le Clou », cercle d’amoureux des Arts et des Lettres. De cette rencontre naît le projet du livre Nantes en dix-neuf cent.

Un projet en l’honneur de Nantes

Séduit par l'art d'Auguste Lepère, Alphonse Lotz-Brissonneau collectionne très vite les gravures de celui-ci et  est même à l'origine d'un catalogue de ses œuvres gravées. L’industriel nantais, très attaché à sa ville, conçoit l’idée d’un ouvrage mettant Nantes à l’honneur au tournant des 19e et 20e  siècles. Il fait appel à son ami Sylvain Bourdin pour le texte, membre comme lui, de la société du Clou et propose à Auguste Lepère de se charger de l’illustration.

Dans ce projet, Alphonse Lotz-Brissonneau est le commanditaire et Auguste Lepère devient vite à la fois l’illustrateur et le maître d’œuvre, comme en témoignent les nombreux échanges de lettres entre les deux hommes. Auguste Lepère prend totalement les choses en main et fait appel à Louis Morin pour la relecture du texte de Sylvain Bourdin qui souhaite garder l’anonymat. Également, il demande à son ami et critique d’art Roger Marx d’en rédiger la préface.

La confiance et la liberté qu’Alphonse Lotz-Brissonneau accorde à Auguste Lepère sont importantes et l’ouvrage, pensé pour rendre hommage à la ville de Nantes, se transforme rapidement en véritable livre d’artiste en l’honneur d’Auguste Lepère, tant le texte et les gravures sont en harmonie. Mais il est vrai qu’Auguste Lepère n’en n’est pas à son premier coup d’essai. Il a déjà illustré plusieurs livres dont Paysages parisiens d’Émile Goudeau en 1892 ou encore Foires et marchés normands de Joseph L’Hopital en 1898.

Un livre de bibliophile

Très attaché aux moindres détails, Auguste Lepère, fait le choix de la qualité pour la réalisation de ce projet qui lui tient à cœur. L'ouvrage, tiré à 220 exemplaires, est imprimé sur un papier filigrané aux armes de Nantes et spécialement commandé auprès de la papeterie d'Arches dans les Vosges, célèbre pour la mise au point de son papier vergé Ingres d'Arches, du nom du peintre néoclassique. Auguste Lepère souhaite aussi que l'impression soit irréprochable comme en attestent ses échanges épistolaires avec Alphonse Lotz-Brissonneau. Si l'impression du texte revient à Émile Grimaud et fils installés Place du Commerce à Nantes, Auguste Lepère fait appel à son propre pressier, Émile Fequet, pour les gravures et supervise lui-même le tout.

Très occupé en cette année 1900, Auguste Lepère mène tambour battant ce projet et grave à une cadence effrénée (5 à 6 par mois). Ce temps contraint l’empêche parfois de se déplacer pour achever ses dessins d’après nature. C’est pourquoi il sollicite l’aide du gendre de Lotz-Brissonneau afin que ce dernier réalise des photographies. Un comble quand on connaît la crainte que nourrissait Lepère face au danger que représentait le développement de la photographie pour sa profession !

Le livre est publié le 5 décembre 1900 et les heureux souscripteurs le reçoivent brut, sans reliure. À eux de faire appel au savoir faire d'artisans relieurs afin de finaliser l'ouvrage. De son côté, Alphonse Lotz-Brissonneau sollicite Auguste Lepère lui-même pour réaliser le décor du plat de couverture de son propre exemplaire représentant l’allégorie de la ville sous forme de bateau mis à flots par les trois fleuves personnifiés.

La Bibliothèque Municipale de Nantes conserve aujourd’hui plusieurs exemplaires de l’ouvrage illustré par Auguste Lepère dont celui qu’elle a souscrit à l’époque mais aussi plusieurs exemplaires donnés par Alphonse Lotz-Brissonneau. Elle conserve également les cuivres ayant servis pour les eaux-fortes et dix bois, les autres ayant été détruits à la demande d’Auguste Lepère.

Sophie Loizeau
Bibliothèque municipale de Nantes
2021

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En savoir plus

Bibliographie

Ollivier Annie, Sainlot Claudine, Marcetteau-Paul Agnès, Nantes en 1900 : évocation littéraire et artisitique, Paris, Direction du livre et de la lecture, 1992

Vital Christophe, Auguste Lepère : 1849-1918, Catalogue de l'exposition conçue et réalisée par la Conservation départementale des musées de la Vendée, ACL-Crocus, 1988

Vital Christophe, « Louis-Auguste Lepère (1849-1918) », 303, n°17, 1988, p. 54-66

Zenobel Pierre-Charles, « Auguste Lepère l’initiateur », Art et métiers du livre, n°221, d'octobre 2000, p. 18-21

Webographie

Exemplaire numérisé de Nantes en dix-neuf cent sur le site de la Bibliothèque de Nantes

Site internet de la Bibliothèque municipale de Nantes

Pages liées

Le Clou

Brissonneau

Tags

Littérature Peinture, art graphique

Contributeurs

Rédaction d'article :

Sophie Loizeau

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