Domaine du Bois-de-la-Musse
Leglas-Maurice

A

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Îles Saulsaie et Feydeau (2/3)


En 1732, l’attribution définitive des lots est réalisée. Pour acquérir un lot à l’est, à côté de la Saulzaie les sociétaires doivent encore débourser environ 9000 livres, au nord, de 10500 à 11000 livres, au sud de 14000 à 15000l., à l’ouest, face à l’estuaire, 17 à 18000 l.

Carte Iles Feydeau et de la Saulsaie au 18e siècle

Carte Iles Feydeau et de la Saulsaie au 18e siècle

Date du document : 02/2021

Lotir dans l’eau du fleuve : de la création de l’île à celle du quartier

Pour réaliser les premiers travaux, les sociétaires ont englouti des sommes gigantesques et leur enthousiasme s’essouffle. Beaucoup revendent leurs terrains au sol précaire sans avoir bâti, sapant ainsi leur investissement : ils revendent leurs lots à moitié prix.

Le renouvellement des sociétaires donne une nouvelle dynamique au projet. Les négociants, marchands, architectes, notaires qui s’engagent dans le projet sont moins connus que les oligarques du début du projet mais sont suffisamment aisés pour mener l’entreprise à bien. Parmi eux, le jeune architecte, Pierre Rousseau rachète une série de lots qu’il fait bâtir.

Plan de l'île Feydeau et élévation des maisons

Plan de l'île Feydeau et élévation des maisons

Date du document : 04-08-1723

En 1740, les deux premiers immeubles sont construits sur un terrain mal stabilisé et s’écroulent. Les pilotis plantés depuis plusieurs années s’enfoncent et ne permettent pas aux actionnaires d’élever les immeubles. En 1741, ceux-ci profitent de cette situation pour se défaire de leur obligation de suivre le plan Goubert arguant auprès du conseil du roi de la difficulté technique de la construction. Libérés de la contrainte, les nouveaux sociétaires lancent la construction de leurs immeubles. De 1752 à 1785, le nouveau quartier sort du sable. Les immeubles pensés à l’origine pour les négociants-armateurs, prennent des formes diverses adaptées aux intérêts des nouveaux propriétaires. Pour édifier leurs murs de refend, les architectes utilisent des radiers de bois qui offrent aux constructions une plus grande stabilité. Néanmoins, les murs travaillent sur leur base dès leur mise en œuvre et les immeubles se penchent.

Sur son île artificielle, le nouveau lotissement est séparé du faubourg de la Saulzaie par l’ancien mur d’enceinte de l’îlot et par une rue d’environ sept mètres. Le rapprochement des deux entités est difficile à cause de la topographie : le talus du rocher originel est bien plus bas que la nouvelle île. Autour de la Saulzaie, de nouveaux atterrissements attisent la convoitise des actionnaires de l’île Feydeau qui demandent, en 1739, à en bénéficier pour pouvoir prolonger en ligne droite le quai Turenne jusqu’au débouché du pont de la Belle-Croix. Les habitants de la Saulzaie s’opposent à ce projet car la création du quai obligerait à remblayer ses abords et à reconstruire une partie des immeubles mais également parce que cet emplacement qui «  a esté toujours libre et vague pour la commodité et descharge de toutes les marchandises et denrées qui arrivent audit lieu, et pour amarrer les barques et bateaux pendant les crues et grandes eaux pour éviter le naufrage et perte d’iceux et le seul lieu où l’on met les meubles des particuliers lorsqu’il arrive quelque incendie audit faubourg de la Saulzaye comme il est arrivé depuis les dix à douze ans ».

Plan d'une partie de la Saulsaie du côté du port Giraud

Plan d'une partie de la Saulsaie du côté du port Giraud

Date du document : 20-05-1772

En 1748, le prolongement de la « rue du milieu de l’isle Feydeau, au travers des maisons de la basse Saulsaye » ne peut être mis en œuvre car il nécessite la destruction d’une partie des immeubles et un remblaiement qui bouchera tous les magasins, boutiques et autres ouvertures.

Partie orientale de l'île Feydeau

Partie orientale de l'île Feydeau

Date du document : 30-01-1777

Au sud de l’île, la partie orientale du quai Turenne est mis en construction dans les années 1760. Sur son flanc, les immeubles à reconstruire sont alignés sur ceux de l’île Feydeau rapprochant sur cette face méridionale les deux îlots.
En 1776, la paroisse Saint-Nicolas demande l’autorisation de reconstruire la chapelle de Bon-Secours : le terrain est exhaussé pour atteindre la même hauteur que celui de l’île Feydeau et offrir au débouché du pont de la Belle-Croix un bâtiment digne d’une entrée de ville.

Au nord, le prolongement du quai Duguay-Trouin est évoqué dès 1742 et discuté à partir de 1764. En 1772, la ville procède à un échange de terrains et des devis sont effectués.

Quai entre le pont de l'Aiguillon et l'île Feydeau

Quai entre le pont de l'Aiguillon et l'île Feydeau

Date du document : 28-03-1774

Vers 1780, sur cette extension, un nouveau front urbain dessiné par Bellanger, architecte-voyer, va réunir plusieurs immeubles mais l’urbanisme médiéval de la Saulsaie ne peut être régularisée : il est trop bas.

Plan d'élévation de la façade des maisons du sieur Feuvre, quai de la Saulsaie

Plan d'élévation de la façade des maisons du sieur Feuvre, quai de la Saulsaie

Date du document : 29-05-1777

En 1825, la rue centrale, dénommée Kervégan, est enfin prolongée. Les portes de plusieurs rez-de-chaussée sont enterrées d’un demi-mètre. A la fin de l’opération, le toponyme pluriséculaire de la Saulsaie, disparaît au profit de celui de l’île Feydeau, signe de l’impact urbain et psychologique de la construction de cette île artificielle à Nantes.

Dix ans plus tard, l’épidémie de choléra fait de très nombreuses victimes dans les rues de basse et haute Saulsaie. Les habitants accusent des eaux stagnantes de leurs rues et réclament le remblaiement de celles-ci. Mais l’opération se révèle impossible : les rues sont trois mètres et demi plus basses que celle de Bonsecours. Avec le remblaiement tous les immeubles perdraient un étage ainsi que leurs caves, leurs écuries, etc. Dernier témoin de l’existence d’un faubourg médiéval au milieu d’un fleuve, les rues de basse et haute Saulsaie forment encore aujourd’hui un îlot enclavé, en contrebas des rues adjacentes.

Suite Iles Saulsaie et Feydeau (3/3)

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole ; Service du Patrimoine, Inventaire général, Région Pays de la Loire
Inventaire du patrimoine des Rives de Loire
2021

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