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Habitat urbain dans le quartier de Doulon-Bottière


Pendant plusieurs siècles, le presbytère et les bâtiments seigneuriaux furent les seules constructions de type urbain sur le territoire de Doulon. Le changement s’amorce au tout début du 20e siècle avec la reconstruction des logis de fermes mais également la construction de nouvelles maisons le long des grands axes percés après l’annexion de Doulon par Nantes.

Les maisons de type villégiature

Le quartier des Roches est sans doute l’un des premiers à avoir été bâti de maisons de type urbain, là où seules les propriétés rurales plus anciennes comme celle du 33, boulevard de Doulon ou du Petit Blottereau avaient un logis à un étage. Le prolongement du boulevard de Doulon, aux portes du quartier de Toutes-Aides et de Nantes, entraîne la construction des maisons de type villégiature dans les années 1890-1920. Les maisons sises au 1, rue de la Petite -Roche ou au 34 et 36 boulevard de Doulon sont des exemples du déploiement des édifices de types urbains au-delà du quartier urbanisé de Toutes-Aides.

Si elles proposent des formes urbaines, il est intéressant de constater que les détails constructifs de ces maisons les rapprochent des villégiatures. Cette appartenance atteste d’une certaine perception du territoire de Doulon jusqu’au milieu du 20e siècle : Doulon est une campagne aux portes de Nantes, son relief offre un point de vue sur la Loire et la prairie de Mauves, même après la construction des voies de chemin de fer.

Cette perception est également sensible dans des édifices moins cossus de l’ avenue Penaud, comme la maison sise au numéro 199 qui transcrit certains codes des villégiatures dans une maison de plus petites dimensions.

Les maisons de type ouvrier

Durant cette période, les maisons cossues ne sont pas les seules à être construites à Doulon. En 1924, le premier lotissement, sur les terres de la famille Praud, amène la construction de nouvelles petites maisons bâties sur un niveau utilitaire (caves ou étage de soubassement) dans lesquelles le niveau d’habitation à l’étage est accessible par un escalier central situé derrière la porte d’entrée. Celles-ci sont construites en léger retrait de la rue. À la même époque, les rues du Pontereau et Jean-Jacques-Audubon se bâtissent. Là encore, ce modèle de maison, dite « maison nantaise », se développe.

Intimement liée à la présence de l’eau sur le territoire de Doulon, le modèle de la maison nantaise prospère à la Reconstruction.

Durant cette période il cohabite avec un nouveau type de maison, la maison jumelée, et une nouvelle organisation de l’habitat urbain dans des lotissements organisés. À ce titre, les cités des Enklays et Marin Poirier, bâties par la SNCF en 1944 pour la première et 1948 pour la seconde, furent des modèles inspirant pour les lotissements qui fleurirent à Doulon à la fin du 20e siècle. Des maisons jumelles sont bâties deux à deux sur des parcelles subdivisées par la suite. Elles amènent à Doulon la notion de mitoyenneté car si de rares exemples de maisons mitoyennes avaient été bâtis dans les années 1930 comme les maisons 42, 44, 47 rue du Pontereau, l’usage qui prévalait jusque-là étaient d’implanter les maisons afin qu’elles soient séparées de la rue et des maisons voisines par des bandes de jardins.

Les lotissements

Sur la base des modèles que constituent les cités cheminotes, des lotissements commencent à se multiplier à partir des années 1950 à la faveur des aménagements urbains et de l’implantation d’équipements publics comme le lycée.

Durant la décennie 1950, deux petits projets de lotissements sont présentés à la commune : le lotissement de l’avenue de l’Horticulture en 1951 qui regroupe 24 lots et celui de l’avenue du Bonheur près de la ligne Nantes-Segré en 1957 qui a une douzaine de lots. Dans ces deux cas, il s’agit de lotir de petites parcelles de terres agricoles avec mise en viabilité des terrains et création d’une rue bordée de trottoirs et éclairée. Ces projets émanent de particuliers. Ils ne sont pas planifiés ou organisés par un promoteur : chaque acheteur est libre de construire la maison qu’il veut tant qu’il respecte les règles d’alignement édictées par la Ville de Nantes. Les capacités financières et les goûts de chacun sont transcrites dans l’architecture.

Peu de projets sont lancés durant les années 1960. Puis, durant la décennie 1970, les lotissements reprennent. Celui de la Mustaudière, situé entre la rue de la Basse-Chênaie qui borde le nouveau lycée, la rue de la Colinière et le nouveau boulevard Saint-Lô, adopte une forme triangulaire et propose 19 lots. Mené par des particuliers régis par un règlement de lotissement, il propose des parcelles de 350 à 600 mètres carrés. Le chantier commence en 1969 et les premiers bâtiments sortent de terre en 1970.

Ce nouveau lotissement transcrit dans l’architecture les préoccupations et revendications sociétales de l’époque : les maisons construites adoptent fréquemment des formes et des détails régionalistes, amenant à Doulon un « reviving » breton. Cette tendance est également sensible dans le lotissement adjacent, impasse des Boutons d’Or, également lancé en 1970.

Le mouvement de lotissement des terres agricoles continue avec quelques projets : en 1975, les opérations de lotissement de la rue des Forgerons s’engagent par le prolongement de la rue des Forges et les premières maisons sont mises en œuvre en 1976 ; en 1974, le lotissement de l’avenue des Saules sort de terre à proximité du lycée.

Ces premiers lotissements ne comportent que quelques lots à chaque fois avec des maisons placées au centre d’une parcelle de jardin individuelle mais le mouvement s’accélère durant la décennie 1980. Avec l’adoption POS en 1983, les terres agricoles de Doulon deviennent toutes constructibles et les maraîchers sont sollicités par des promoteurs qui voient là une nouvelle terre d’élection aux portes de Nantes. Les nouveaux projets amènent une densification des habitats par le jumelage des maisons sur le modèle déjà exercé par la SNCF après-guerre.

En 1982, 81 logements sont créés à l’emplacement des anciens établissements Thoby, rue du Pontereau. Les maisons sont toutes mitoyennes, reliées entre elles par des garages afin de préserver une certaine intimité. En comparaison des projets plus anciens, les parcelles de jardin se réduisent considérablement. L’architecture adopte des formes dissymétriques avec des volumes rentrant ou en ressaut, symptomatiques des réalisations de l’époque. Reprenant les mêmes caractéristiques, en 1985, un lotissement de 42 logements est bâti allée des Tamariniers, sur les terres de l’ancienne métairie des Perrines ; la même année, le lotissement de l’avenue du Loing est également lancé, il regroupe une soixantaine de logements ; 60 logements sont également érigés en 1989 dans le lotissement des artistes (Avenue Jean-Gabin/ avenue Gérard-Philippe/ Avenue Jacques-Tati, avenue Jacques-Brel).

Le même principe est repris à la fin des années 1990 avec la construction du lotissement des Gardénias, proche du cimetière de Toutes-Aides.

La préemption des terres agricoles au profit de la densification de l’habitat a changé la physionomie du quartier du Vieux Doulon qui, jusqu’au début des années 1980, malgré la création de quelques lotissements de petite taille, avait conservé sa physionomie de petit bourg rural aux portes de Nantes. Les lotissements programmés des années 1980-1990 transforment le territoire de Doulon en un quartier résidentiel de l’agglomération nantaise et fait aboutir le projet sous-jacent dans l’annexion de 1908.

L’habitat collectif

À Doulon, l’habitat est majoritairement individuel grâce à la prolifération des lotissements dans les années 1980. Pour autant, quelques exemples d’habitat collectif ont été repérés pendant l’inventaire.

Les premiers à être bâtis sont les cinq tours de la cité Marin Poirier en 1958. Ces immeubles de 9 étages regroupent chacun 36 appartements qui disposent d’un confort nouveau : eau courante, salle de bain et sanitaires, cuisine adaptée aux nouveaux modes de vie, chauffage central, etc. Les 180 appartements créés sont attribués aux cheminots travaillant au dépôt du Blottereau ou en gare de Nantes ainsi qu’à des familles du service des Transports en commun nantais. Leur construction amène près d’un millier d’habitants et fait presque doubler la population du Vieux Doulon.

Un nouveau projet initié par des particuliers est lancé en 1967 le long du nouveau boulevard Saint-Lô qui n’est pas encore terminé. L’immeuble de la SCI de la Colinière forme une barre le long du boulevard. Il se compose de quatre modules de trois étages. Il regroupe une vingtaine de logements.

Quelques années plus tard, en 1971, le chantier des six tours de l’avenue Praud est lancé. Ces immeubles de 6 étages abritent chacun 18 appartements. Leur construction métamorphose considérablement l’ancien lieu-dit des Perrines, faisant disparaître plusieurs hectares de terres maraîchères et densifiant la population : là où il n’y avait que 3 familles de fermiers, arrivent plus de 500 nouveaux habitants.

Après ces quelques projets, il faut attendre l’éco-quartier de Bottière-Chênaie initié dans les années 2000, pour retrouver de l’habitat collectif de grande ampleur à Doulon. Preuve que ce type d’habitat n’est pas ancré dans les mœurs du quartier, le projet d’immeubles à construire en lieu et place de l’agence bancaire de la rue de la Papotière et de quelques maisons soulève opposition et critiques acerbes de la part des anciens habitants du quartier.

Julie Aycard
Dans le cadre de l’inventaire du patrimoine du quartier de Doulon
2021

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