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Vincent Gâche (1803 – 1884) Place Eugène-Livet

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Gazomètres


Ces grandes structures métalliques, montantes et descendantes, stockaient le gaz entre la production et la distribution. Les deux premiers datent du début de l'usine à gaz quai des Tanneurs. Puis les quatre grands gazomètres rue de Rennes, érigés entre 1857 et 1908, visibles de toute la ville, démontés bien après la distribution du gaz naturel en 1967. Un gazomètre stockait du gaz à l'eau dans l'usine des Tanneurs. Enfin le plus grand, était dans l'usine à gaz construite en 1934, à Roche-Maurice.

Les gazomètres se sont développés en Angleterre à partir de 1800, et ont ensuite gagné tous les continents. Leur visibilité dans le paysage urbain en ont fait un marqueur de la révolution industrielle. Leur fonction était de faire une réserve du gaz de ville produit dans des usines à partir de la distillation de charbon, afin de répondre aux besoins des consommateurs pour l’éclairage, le chauffage.

Le principe du gazomètre

Un gazomètre simple c’était une cloche positionnée sur une cuve remplie d’eau, qui monte et qui descend, emprisonnant le gaz. Ces grandes enceintes devant supporter les déformations sous l’effet du vent, des colonnes assuraient leur stabilité avec une liaison radiale.

Un Français inventa le gazomètre télescopique. Il permettait pour une même surface au sol de stocker deux fois plus de volume de gaz avec une rallonge appelée levée enserrant la cloche, ou trois fois plus avec deux levées ; la pression dans le gazomètre augmentant quand les levées sortaient de la cuve, le volume de gaz disponible était multiplié par trois à quatre avec une levée et par sept à neuf avec deux levées.

Pour permettre la construction du dôme, puis son entretien quand le gazomètre était vide, une charpente en bois, épousant sa forme, était fixée sur le fond de la cuve.

Schéma d’un gazomètre télescopique à une levée

Schéma d’un gazomètre télescopique à une levée

Date du document : 06-01-2020

Les premiers gazomètres au cœur de l’usine à gaz

Les deux premiers gazomètres télescopiques, de 14 mètres de diamètre, étaient positionnés dans la cour de l’usine à gaz, située 16, quai des Tanneurs (aujourd’hui allée des Tanneurs).

Gravure d'après daguerréotype d'un des deux gazomètres dans l'enceinte de l'usine à gaz, quai des Tanneurs

Gravure d'après daguerréotype d'un des deux gazomètres dans l'enceinte de l'usine à gaz, quai des Tanneurs

Date du document : vers 1845

L’usine a été construite en 1836 par « La Compagnie Européenne du Gaz » (CEG), société anglaise qui avait son siège et ses bureaux d’étude à Londres.

Les quatre gazomètres de la rue de Rennes

La demande de gaz grandissant, l’usine s’agrandit et la CEG acheta un terrain aux Frères de Bel-Air (pensionnat de garçons tenu par des Frères des Ecoles Chrétiennes), rue de Rennes (aujourd’hui 25 rue Paul-Bellamy). Trois gazomètres télescopiques à une levée, de 10 000 m3, sur des cuves de 30 mètres de diamètre, y seront implantés en 1857 pour le n°1, en 1862 pour le n° 2, et en 1877 pour le n° 3.

En 1906, la CEG rachète les bâtiments et les terrains des Frères de Bel-Air (ceux-ci étant devenu Bien national en 1905, avec interdiction aux Frères d’enseigner).

Après avoir envisagé d’ajouter une levée aux trois gazomètres télescopiques existants , la CEG construisit en 1908 le gazomètre n° 4, de 16 100 m3 avec deux levées et 31 mètres de diamètre.

Photographie aérienne des quatre gazomètres de la rue de Rennes à cheval sur deux clichés

Photographie aérienne des quatre gazomètres de la rue de Rennes à cheval sur deux clichés

Date du document : 1923

Les deux derniers gazomètres

En 1927, pour augmenter la production, du gaz à l’eau, incorporé à 8% au gaz de charbon, a été produit par une petite unité installée quai des Tanneurs, avec un gazomètre à simple cloche de 1 200 m3.

Gazomètre du quai des Tanneurs

Gazomètre du quai des Tanneurs

Date du document : 1934

En 1934, l’usine à gaz des Tanneurs a cessé sa production, remplacée par une grande usine moderne en bord de Loire à Roche-Maurice. La CEG y construisit un grand gazomètre de 45 mètres de diamètre avec deux levées, haut comme un immeuble de 19 étages, soit un volume de 60 000 m3, situé à cheval sur Nantes et Saint-Herblain dès 1931.

Ce gazomètre fonctionnait en lien avec les gazomètres de la route de Rennes, reliés par deux canalisations de dimaètre 300 et 500 mm (l’une passant par les quais de Loire et l’autre par les grands boulevards). L’ensemble des 4 gazomètres constituait une réserve d’environ 270 000 m3 de gaz, à la pression de distribution du gaz chez les utilisateurs (8 mbar).

Gazomètre de la Roche-Maurice

Gazomètre de la Roche-Maurice

Date du document :

Les défis de la construction des gazomètres de la rue de Rennes

Ces derniers sont connus grâce à des dossiers de plans disponibles. La cloche (constituée d’un dôme et d’une jupe) et les levées étaient en tôle de 3 mm, pour un diamètre d’environ 30 mètres (la même surface au sol que la Tour Bretagne au niveau des étages). Le recouvrement entre les tôles, les renforts au droit des colonnes de guidage, et les goulottes et crochets des joints hydrauliques, amélioraient la rigidité.

Pour la cloche et les levées, les plaques de tôle étaient assemblées avec des rivets posés à chaud, méthode utilisée à cette époque pour les navires, les ponts et la Tour Eiffel.

Les rivets étaient mis en place par une équipe de quatre ouvriers. Le chauffeur de rivets, à l’aide d’un petit four à coke transportable, portait à 1 100°C les rivets n’ayant qu’une seule tête, le teneur de tas enfilait le rivet dans le perçage commun aux deux tôles et s’arc-boutait ensuite sur le tas ajusté sur la tête du rivet, le teneur de bouterolle tenait celle-ci avec une pince contre le bout sans tête du rivet, le riveur frappait sur la bouterolle avec une masse, ce qui forgeait vers 900°C la 2e tête du rivet.

Le rivet en refroidissant se contractait et rendait étanche la liaison entre les deux tôles.

Quelques chiffres et précisions

Pour le gazomètre n°1 de la rue de Rennes, 625 tôles ont été assemblées avec environ 48 500 rivets de diamètre 8 mm. Les renforts et les structures utilisaient des rivets de 12 ou 15 mm.

Quand le sol le permettait, la cuve maçonnée était enterrée, et si le terrain s’y prêtait, un remblai au centre de la cuve limitait la quantité d’eau nécessaire. Sinon la cuve en tôle reposait sur le sol (ce fut le cas quai des Tanneurs et à Roche-Maurice). Le gazomètre n° 4 de la rue de Rennes étant sur une roche très dure, il fut enterré de seulement 2 mètres.

Quatre trous d’homme permettaient, après dégazage, d’accéder à l’intérieur. Les gazomètres de la rue de Rennes n’avaient qu’une échelle fixe pour l’entretien ou les dépannages dans toutes les parties hautes.

Suivant les années, le volume stocké correspondait à 1 à 3 jours de la production de l’usine.

Des installations à risque

Les gazomètres étaient classés comme insalubres, incommodes ou dangereux de 2e catégorie. Aussi à chaque demande de construction une enquête publique de « de commodo et incommodo » était lancée et dépouillée par le Bureau Municipal d’Hygiène de Nantes à la demande de la préfecture, avant d’obtenir l’autorisation.

Les hivers étaient redoutés, avec la neige qui alourdissait le poids de la cloche et donc augmentait la pression du gaz, et le gel qui bloquait les joints hydrauliques, nécessitant un réchauffage. Les gazomètres de la rue de Rennes n’avaient pas de système de réchauffage.

Les conséquences de la guerre et des bombardements

Aucun des gazomètres n’a été touché par les dix-neuf bombardements alliés entre 1941 et 1944. Mais des secteurs du réseau de distribution et les tuyauteries entre Roche-Maurice et rue de Rennes furent endommagés. La pénurie de houille ralentit par ailleurs la production de gaz.

La nationalisation de la CEG

En 1946, les grosses unités de productions de gaz ont été nationalisées et Gaz De France a continué l’exploitation des gazomètres. GDF a dû faire face à de lourdes opérations de maintenance pour ces structures métalliques avec des tôles qui se corrodaient et diminuaient d’épaisseur. Pour l’extérieur, c’était déjà compliqué, mais pour intervenir à l’intérieur, il fallait passer par les trous d’hommes, en ayant préalablement vidé la cuve et ventilé tout le gaz résiduel. Par exemple rien que pour vider ou remplir la cuve de du gazomètre n° 4, quatre jours de 24 heures étaient nécessaires.

La fin de service puis le démontage des gazomètres

Le gazomètre n° 2, à moins de 30 mètres des immeubles, d’une distance devenue réglementaire, avait été démonté vers 1942. La CEG voulait le remplacer par un grand bâtiment de bureaux avec un vaste hall commercial. La guerre en cours stoppa le projet.

Les quatre grands gazomètres encore en fonction en 1967, cessèrent leur service cette année-là, car le gaz naturel était disponible auprès de tous les abonnés (distribué sous une pression 2,5 fois plus forte et un pouvoir calorifique double).
Le gazomètre de la Roche-Maurice fut démonté dans les années suivantes.

Par contre les trois gazomètres de la rue de Rennes, immobilisés et attaqués par la rouille, restèrent debout pendant encore une vingtaine d’années, avant leur démontage vers 1986. Aujourd’hui le parking Bellamy, géré par Nantes Métropole, les a remplacés, rendant visible les restes de la fortification Mercœur.

Yves-Marie Rozé
2020



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En savoir plus

Bibliographie

 Sauban René, Des ateliers de lumière : histoire de la distribution du gaz et de l'electricité en Loire-Atlantique, Université de Nantes, Université Inter-Ages, Nantes, 1992

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Gaz

Usine à gaz, quai des Tanneurs

Tags

Architecture industrielle Énergie

Contributeurs

Rédaction d'article :

Yves-Marie Rozé

Anecdote :

Yves-Marie Rozé

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