Le dessous des sols : fouille archéologique dans la rue des Vieilles Douves
En 2014, l’aménagement de fosses containers dans la rue des Vieilles Douves a nécessité l’intervention préalable des archéologues de la Direction du Patrimoine et de l’Archéologie. Comme son nom l’indique, la rue est en effet située sur une partie de l’ancienne douve médiévale protégeant le quartier Saint-Nicolas.
Contexte historique
La rue des Vieilles Douves est située au pied du plateau du Marchix, sur la rive droite de l’Erdre, à proximité de son ancienne confluence avec la Loire.
Plan du quartier entre place Bretagne et place Royale
Date du document : fin 18e siècle
Pendant l’Antiquité et le début du Moyen Âge, ce secteur n’était vraisemblablement qu’une vaste zone marécageuse non habitée s’étendant en face la ville de Nantes, alors concentrée sur la rive gauche de l’Erdre. Les premiers indices d’occupation et d’urbanisation des lieux datent du début du 12e siècle, avec le développement du faubourg du « Bourg-Main », constitué autour de l’église et du cimetière Saint-Nicolas au nord, ainsi que de la commanderie et de la chapelle des Templiers au sud (actuelle rue Sainte-Catherine).
Localisation topographique de la fouille archéologique
Date du document : 29-01-2020
Au 13e siècle, le faubourg est intégré à l’intérieur de l’enceinte urbaine édifiée par le duc Pierre de Dreux et devient un quartier intra-muros de la ville, le quartier Saint-Nicolas. En plus de la construction de nouveaux murs, la campagne de fortification comprend l’aménagement de douves. Celle qui protège le quartier Saint-Nicolas est creusée dans le rocher du coteau et partiellement remplie par les eaux de la Loire. Son tracé est encore aujourd’hui perceptible dans la topographie de la ville au niveau des rues de l’Arche-Sèche et des Vieilles Douves, qui sont situées plusieurs mètres en contrebas des rues adjacentes. Plus au sud, la douve Saint-Nicolas se prolongeait jusqu’à la Loire, dans l’axe de la rue du Couëdic et du square Fleuriot de Langle.
L’emplacement de la place Royale était quant à lui en grande partie occupé par la porte Saint-Nicolas, flanquée de deux tours et précédée d’un boulevard d’artillerie.
Détail du plan scénographique de Nantes
Date du document : 17e siècle
Cette porte fortifiée, représentée sur de nombreux plans anciens, a été intégralement reconstruite au milieu du 15e siècle, dans le cadre d’une vaste campagne de modernisation et d’adaptation des défenses de la ville à l’usage de la poudre à canon, dont l’apparition révolutionne l’art de la guerre et de la fortification à la fin du Moyen Âge. Ainsi, pour résister aux batteries de canons plus puissantes et plus précises que les pièces d’artillerie mécanique jusqu’alors utilisées (trébuchets, couillards...), les murailles et les tours s’abaissent et s’épaississent, tandis les portes et les points faibles de l’enceinte urbaine sont renforcés par des boulevards d’artillerie, des ouvrages fortifiés avancés massifs et peu élevés, portant plusieurs canons. La rue des Vieilles Douves correspond précisément au fossé bordant le flanc nord du boulevard Saint-Nicolas.
Lors des conflits des 15e et 16e siècles - la guerre d’indépendance de Bretagne et les guerres de Religion - le boulevard d’artillerie et l’enceinte urbaine sont renforcés, tandis que la douve Saint-Nicolas est curée. À partir du 17e siècle, les constructions civiles colonisent peu à peu la douve et les abords des fortifications, parallèlement à la diminution de la valeur militaire de ces aménagements. Le mur d’enceinte reste toutefois longtemps un symbole de la puissance de la ville de Nantes, et ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du 18e siècle, lorsqu’il entrave réellement le développement urbain et commercial du quartier, que la municipalité décide d’entamer des travaux de démantèlement. La douve est alors comblée et remblayée, tandis que les murs, les tours et le boulevard d’artillerie sont démolis pour permettre l’aménagement d’un nouveau quartier organisé autour de la place Royale.
Restitution de la porte et du quartier Saint-Nicolas
Date du document : fin du 15e siècle
Après la réalisation de ce projet d’embellissement et de réaménagement urbain à la fin du 18e siècle, le quartier de la place Royale ne connaît plus de transformation majeure jusqu’à nos jours, à l’exception notable des bombardements de 1943 qui occasionnèrent de nombreuses destructions d’immeubles, toutefois reconstruits pratiquement à l’identique après-guerre.
Contexte archéologique
La superposition des plans anciens et du cadastre actuel indique que le sondage archéologique lié à l’implantation des fosses containers est localisé dans le fossé bordant le flanc nord du boulevard d’artillerie Saint-Nicolas.
Localisation du sondage archéologique de la Rue des Vieilles Douves
Date du document : 29-01-2020
Les dimensions du sondage, peu importantes, car correspondant strictement à l’emprise du projet d’aménagement (12 m² de superficie, pour environ 2 mètres de profondeur), ont seulement permis d’explorer la partie supérieure du comblement de l’ancien fossé. Ce sont donc les dernières couches de remblais rapportées pour la création de la rue autour des années 1790 qui ont été mises au jour. Un sol construit en mortier, recouvert de matériaux de démolition datant du 19e siècle, a également été découvert. Un bâtiment (ou une partie de bâtiment) a donc vraisemblablement occupé brièvement cet emplacement après le comblement du fossé, avant d’être détruit lors de l’alignement des façades et l’établissement définitif du tracé de la rue des Vieilles Douves, réalisé dans les années 1810.
Les plus anciens remblais de comblement du fossé, pouvant par exemple contenir des objets jetés dans les douves au cours des périodes médiévale ou moderne, n’ont donc pas été observés lors de la fouille, tout comme le fond du fossé n’a pas été atteint. Quelques autres sondages réalisés dans le secteur de la douve Saint-Nicolas par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières permettent toutefois d’estimer sa profondeur à environ 7 mètres sous le niveau de circulation actuel de la rue des Vieilles Douves.
Frédéric Mercier
Direction du Patrimoine et de l’Archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole
2015
En savoir plus
Bibliographie
Cosneau Claude, Iconographie de Nantes d’après les collections du Musée, Musées départementaux de Loire-Atlantique, Musée Dobrée, Nantes, 1978
Pied Édouard, Notices sur les rues, ruelles, cours, impasses, quais, ponts, boulevards, places et promenades de la ville de Nantes, Dugas et Cie impr., Nantes, 1906
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Rédaction d'article :
Frédéric Mercier
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