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HLM de la Contrie

Successivement appelée « cours de la République », « cours Impérial » ou encore « cours Henri IV » en fonction du régime politique en place, il faudra attendre 1936 pour que cette promenade publique voulue par Jean-Joseph-Louis Graslin prenne officiellement le nom de « cours Cambronne ».

A la fin du 18e siècle, Nantes est marquée par une importante politique de transformations urbaines initiée par Jean-Joseph-Louis Graslin, receveur général des Fermes du roi*. La ville est alors en plein essor économique du fait de l’activité portuaire, et de nouveaux logements sont nécessaires pour les nombreuses personnes cherchant à s’installer dans la Cité des Ducs de Bretagne. Parmi elles figurent les riches négociants vivant notamment du trafic d’esclaves.

La genèse d'un projet urbain dédié à la bourgeoisie

En 1779, Graslin parvient à acquérir un terrain où se trouvent déjà des maisons et des remises. Il imagine le tracé d’une promenade publique bordée d’immeubles résidentiels, situés à proximité d’un grand théâtre édifié sur une place dessinée en hémicycle (aujourd’hui la place Graslin et son théâtre), d’un hôtel avec café au rez-de-chaussée, et d’un passage de commerces. L’idée est de faire de ce quartier qui portera plus tard son nom un véritable centre urbain bourgeois. Cependant, l'aménagement de la promenade nécessite de percer de nouvelles voies afin de faire communiquer cet ensemble avec le reste du quartier. Il tente alors de négocier avec les Capucins pour racheter une partie de leur propriété, située à l’emplacement des actuelles rues Piron, Gresset, des Cadeniers et de l’Héronnière. Mais de profonds désaccords avec les religieux retardent le projet, et ce n’est qu’en 1791 que la municipalité acquiert la propriété des Capucins, devenue bien national*. Graslin est alors mort depuis plus d’un an.

La ville charge l’architecte Mathurin Crucy d’aménager la promenade publique voulue par Graslin. Les seize parcelles situées en bordure de la promenade sont quant à elles vendues en lots de terrains à bâtir entre 1791 et 1792, la plupart des acquéreurs étant des négociants, armateurs et capitaines de navires. Néanmoins, aucun immeuble ne sera édifié avant 1806 du fait de la crise économique et de l’instabilité liées à la Révolution française.

Jean-Joseph-Louis Graslin

Jean-Joseph-Louis Graslin

Date du document : sans date

L'architecture du cours

En tant qu'architecte-voyer* de la ville de Nantes, Mathurin Crucy est le concepteur du programme architectural de ce nouveau quartier imaginé par Graslin. Formé par Boullée, figure de l'architecture néoclassique en France, Crucy reprend les règles de ce courant avec rigueur afin de concevoir la place Graslin et son Grand Théâtre, ouvert en 1788. Ces principes seront par la suite reproduits avec quelques variations par les architectes à l'origine de l'ensemble résidentiel du cours Cambronne au 19e siècle. Ces immeubles se composent d'un sous-sol, d'un rez-de-chaussée donnant sur une terrasse et de trois étages. Ils se distinguent également par la sobriété de leurs ornements, la géométrie de leurs façades et des dessins de leurs balustrades en fer forgé, et leurs colonnes ioniques grecques qui illustrent un intérêt pour l'Antiquité retrouvé à la fin du 18e siècle. A noter que certains architectes apportent une touche d'originalité à leur édifice. C'est notamment le cas de l'hôtel Scheult, construits par François-Léonard Séheult, dont la façade donnant sur la rue de l'Héronnière s'inspire des courants classique, Louis XVI et Empire.

Cours Cambronne

Cours Cambronne

Date du document : 18-05-2018

L'aménagement de la promenade

Contrairement à l’édification des immeubles, c’est la municipalité de Nantes qui se charge de l'aménagement de la promenade. Ce coin de verdure a pour vocation d’offrir à la bourgeoisie un espace d’air pur, propice à l’exercice physique, au cœur d’une ville aux rues parfois étroites où les citadins peuvent avoir une sensation d’étouffement. Ainsi, en 1811, 80 ormeaux sont plantés. Mais à la fin des années 1840, ils sont arrachés suite à une pétition des riverains se plaignant de l'humidité permanente et du manque de visibilité sur la promenade provoquées par ses grands arbres, situés trop proches des façades. La pelouse est également enlevée car trop dégradée par les passants. La ville décide alors d'aménager des parterres de fleurs protégés par des grilles. Une statue de Pierre Cambronne, réalisée par Jean Debay, est inaugurée le 28 juillet 1848, rendant hommage à cet officier général français né et mort à Nantes. Enfin, les ormeaux sont remplacés par d’autres arbres au port maîtrisé. Au début du 20e siècle, dans le cadre du plan d'embellissement de la ville, les autorités amorcent un nouveau projet de transformation du cours. Les arbres sont élagués et les grilles entourant les parterres sont retirées, rendant le cours plus dégagé et lumineux.

Cours de la République et statue de Cambronne

Cours de la République et statue de Cambronne

Date du document :

Un lieu d’animation pour les Nantais

Les aménagements des premières années du 20e siècle, qui ont permis de dégager le cours, sont d'autant plus nécessaires que ce lieu est régulièrement animé par des événements : banquets, défilés, concerts, expositions d'horticulture, fêtes en tout genre... Un kiosque à musique est même installé en 1890 à titre temporaire. Il est toujours en place en 1907, lorsque la municipalité cherche à le restaurer alors qu'il est en mauvais état. Il est également prévu de le déplacer car, installé au centre de le promenade, il cache la statue de Cambronne.

En plus d'en faire un lieu d'animation, les autorités nantaises auraient aimé faire du cours un lieu de passage. Lorsque le projet de promenade de Graslin est adopté à la fin du 18e siècle, l'idée est aussi de créer un lien entre le nouveau quartier Graslin et le quai de la Fosse. Cette volonté de désenclaver le cours restera au cœur des projets d’aménagement du 19e siècle sans jamais vraiment être résolue. Par exemple, l'architecte-voyer Driollet imagine en 1852 un itinéraire partant du pont d'Orléans (disparu aujourd’hui suite aux comblements de Nantes) jusqu'au quai de la Fosse, longé par des boutiques de luxe et passant par la promenade. Mais le projet est abandonné, comme beaucoup d'autres pour des raisons techniques. Peu à peu, au cours du 20e siècle, le cours finit par être déserté de ses animations. Le kiosque est finalement détruit en 1909.

* Lexique

Fermes du roi : la Ferme générale est une institution de l’Ancien Régime créée par Louis XIV et qui regroupe les personnes chargées de récolter une partie des impôts perçue par le roi de France.

Bien national : il s’agit de domaines et possessions de l’Église, de certains nobles et de la Couronne qui ont été saisis, nationalisés et vendus par la Première République en vertu du décret du 2 novembre 1789.

Architecte-voyer : architecte chargé de la voirie et des équipements urbains.

 

Le Saviez-vous ?

En 1943, des baraquements sont construits sur le cours Cambronne pour abriter les habitants et les commerçants des rues voisines ayant perdu leur logement et leur commerce suite aux bombardements des 16 et 23 septembre. Ils y résident une dizaine d’années....



Album : Cours Cambronne

Cours Cambronne bombardé

09-1943

Immeubles détruits par les bombardements de la seconde guerre mondiale.

Statue du général Cambronne

11-03-2011

Eloge de la transgression par Philippe Ramette, œuvre pérenne du Voyage à Nantes

30-06-2018

Statue du général Cambronne

11-03-2011

En bref...

Localisation :

Piron (rue) ; Gresset (rue), NANTES

Date de construction :

1791

Auteur de l'oeuvre :

Crucy, Mathurin (architecte de l'ordonnancement)

Typologie :

architecture de jardin et des espaces verts

En savoir plus

Bibliographie

Bienvenu Gilles, « Cambronne » In Dictionnaire de Nantes, Presses universitaires de Rennes, 2013, pages 166-167

De Valon, Armelle, « Le cours Cambronne, histoire d’une promenade », Nantes au quotidien (supplément à Nantes Passion), 2005,  pages 26 à 28

Le Pichon, Philippe, « Graslin et la genèse de l’urbanisme moderne à Nantes : Une mise en perspective » In : Graslin : Le temps des Lumières à Nantes [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2008 (généré le 27 mai 2020). Disponible sur Internet :
http://books.openedition.org/pur/5537

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Évariste et Georges Colombel

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Contributeurs

Rédaction d'article :

Noémie Boulay

Anecdote :

Noémie Boulay

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