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Gilbert Declercq (1919 – 2004) Camille Urso (1840-1902)

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Femmes cap-hornières


Épouses de capitaines de voiliers, certaines femmes ont parfois été autorisées à embarquer à leurs côtés lors de voyages au long cours.

On désigne par le terme « cap-hornières » les quelques femmes ayant pu franchir le célèbre cap austral lors des voyages au long cours cap-hornier, entre la fin des années 1890 et le début des années 1920. Situé dans la partie chilienne de l’archipel de la Terre de Feu, le cap Horn est le point le plus au Sud du continent américain, là où se rejoignent les océans Atlantique et Pacifique. Avant la construction du canal de Panama, ouvert en 1914 en Amérique centrale, le cap Horn était donc le passage le plus communément emprunté par les navires européens devant se rendre dans le Pacifique, notamment pour commercer avec les continents américain et asiatique, ainsi que l’Australie et la Nouvelle-Calédonie.

Des voyages de noces originaux

Si certains armateurs, comme Bordes, basé principalement à Bordeaux et à Dunkerque, sont d’accord pour que les femmes des capitaines et de leurs seconds restent avec eux sur les bateaux pendant la préparation du périple, elles doivent impérativement quitter le voilier avant le départ du port. Quelques compagnies, principalement nantaises et havraises, font exception et autorisent la présence de l’épouse du capitaine durant ce très long trajet de plusieurs mois, souvent leur voyage de noces.

Ainsi, en 1902, Jacques Boju, à la barre du quatre-mâts Champigny, est autorisé à prendre la mer avec sa femme Louise, qu’il vient d’épouser en début d’année. Alors qu’elle tombe enceinte durant le voyage, Louise Boju profite d’une escale à San Francisco et débarque pour rentrer accoucher en France.

Parmi les premiers couples à profiter de cette règle d’exception quelques années plus tôt, on peut citer les Dejoie. Auguste Dejoie, né à Vertou en 1862, a reçu son brevet de capitaine au long cours en avril 1893. Le 7 janvier 1896, après un premier voyage sur le tout nouveau trois-mâts « Duguesclin », appartenant à la compagnie nantaise Louis Bureau et fils, il repart de Saint-Nazaire pour Saïgon. Mais, cette fois, le rôle d’équipage mentionne en annexe : « Passager embarqué : Gautret Marie Reine 22 ans épouse de M. Dejoie capitaine ». Ils se sont mariés à Machecoul en juillet 1894 et ont déjà une petite fille, Jeanne, née le 24 mai 1895, qui est laissée aux bons soins de ses grands-parents maternels. Auguste Dejoie est peut-être le premier à bénéficier de cette autorisation d'emmener son épouse, avantage jusqu'alors refusé par les compagnies. Le voyage va durer un peu plus d’un an : Marie découvre la Birmanie, l’Orégon, franchit le Cap Horn. Elle peut même être fière de son mari qui a remporté son pari avec le quatre-mâts anglais « Pinmore » d’arriver le premier en Manche depuis la côte nord-ouest des États-Unis. Après un nouveau voyage de onze mois, « Duguesclin » est de retour à Nantes, le 8 mai 1898 : le capitaine va pouvoir enfin profiter pendant quelques semaines de son épouse et de sa fille alors âgée de trois ans. Lorsqu'il repart de Nantes, pour un quatrième voyage sur « Duguesclin » au début du mois de juin 1898, c'est de nouveau accompagné de sa femme : après Hambourg, le périple passe par Rio de Janeiro, l’Australie, le Cap Horn, la Californie et de nouveau le Cap Horn, avant le retour en Europe le 12 mars 1900. Le tour du monde a duré 22 mois. Quand Jeanne revoit ses parents, elle a presque cinq ans.

Naissances en mer

Si certaines femmes enceintes préfèrent accoucher sur la terre ferme, d’autres mettent au monde en pleine mer. C’est le cas de Gabrielle Raynaud, qui donne naissance le 27 janvier 1915, au début de la Première Guerre mondiale, à Suzanne, baptisée du nom du trois-mâts que commandait son père, le capitaine Pierre Jeannin. La famille agrandie débarque au Havre quelques jours plus tard alors que le périple touche à sa fin. Tordis Bassöe, épouse norvégienne du capitaine Louis Martin, a pu bénéficier de l’aide d’une sage-femme, montée à bord du trois-mâts Élisabeth lors d’une escale en Australie, pour la naissance de Julien le 18 février 1906. Qu’ils soient nés sur les voiliers ou qu’ils aient pris la mer après leur naissance, les petits Cap-Horniers sont souvent les « chouchous » de l’équipage.

La solitude à bord

Parfois, les femmes montent aussi à bord sans leurs enfants. En 1908, Alice Henry fait le choix de laisser son fils Amand, âgé d’à peine un an, pour suivre son mari, également prénommé Amand, lors de son voyage au long-cours à bord du trois-mâts Brenn. Elle préfère laisser son petit avec ses grands-parents, par ce qu’elle estime être son devoir pour son mari, et parce qu’elle craint les maladies infantiles, qui sont encore légion à cette époque, lors d’un trajet aussi lointain et aussi long. Enceinte de sa fille Marcelle, elle débarque à Sydney pour rentrer sur l’île d’Yeu pour la naissance. En 1911, alors qu’elle n’a pas vu son mari depuis deux ans, Alice Henry choisit de l’accompagner pour un autre voyage, qu’elle effectue intégralement cette fois, à bord du Jeanne-d’Arc. Là encore, elle préfère laisser ses enfants à l’île d’Yeu, consciente des dangers de ce tour du monde.

Les épouses des capitaines se retrouvent souvent les seules femmes à bord. Elles doivent aussi parfois composer avec le mal de mer. Si Joséphine David, épouse du capitaine du Pilier Léonce David, tient absolument à l’accompagner alors qu’ils viennent de se marier en 1906, elle s’habitue péniblement à la vie sur l’eau. Mais elle s’occupe en lisant et en tricotant et oublie bientôt ces tracas du début. Elle garde finalement un merveilleux souvenir de cette lune de miel si particulière qui lui permet, entre autres, de découvrir la Nouvelle-Calédonie.

D’autres femmes parviennent à se faire accompagner d’une femme de chambre, qui est parfois une proche de la famille. Anaïs Boudrot, qui, entre 1901 et 1911, effectue sept voyages cap-horniers à bord du Belen que commande son mari Armand Boudrot, choisit à six reprises d’être accompagnée par sa sœur Marie Bélédin.

Certaines femmes ne sont pas revenues

Certains voyages ont une tonalité plus sombre. Quelques femmes succombent en mer. Marguerite Rault, épouse du capitaine du Biessard, meurt le 27 juillet 1907 au large du Chili, après avoir franchi le cap Horn. Quant à Louise Guerpin, qui voyage avec son mari François à bord du trois-mâts Hautot, elle disparaît en mer avec tout l’équipage, après une probable collision du voilier avec un iceberg en 1906.

Si les voyages au long cours ne furent donc pas aisés pour ces Cap-Hornières, elles restent très certainement parmi les premières femmes à avoir effectué un tour du monde à la voile.

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes/Nantes Métropole
2021



Les premiers à surmonter l'interdit...

Parmi les premiers couples à profiter de cette règle d’exception quelques années plus tôt, on peut citer les Dejoie. Auguste Dejoie, né à Vertou en 1862, a reçu son brevet de capitaine au long cours en avril 1893. Le 7 janvier 1896, après un premier voyage sur le tout nouveau trois-mâts « Duguesclin », appartenant à la compagnie nantaise Louis Bureau et fils, il repart de Saint-Nazaire pour Saïgon. Mais, cette fois, le rôle d’équipage mentionne en annexe : « Passager embarqué : Gautret Marie Reine 22 ans épouse de M. Dejoie capitaine ». Ils se sont mariés à Machecoul en juillet 1894 et ont déjà une petite fille, Jeanne, née le 24 mai 1895, qui est laissée aux bons soins de ses grands-parents maternels. Auguste Dejoie est peut-être le premier à bénéficier de cette autorisation d'emmener son épouse, avantage jusqu'alors refusé par les compagnies. Le voyage va durer un peu plus d’un an : Marie découvre la Birmanie, l’Orégon, franchit le Cap Horn. Elle peut même être fière de son mari qui a remporté son pari avec le quatre-mâts anglais « Pinmore » d’arriver le premier en Manche depuis la côte nord-ouest des États-Unis. Après un nouveau voyage de onze mois, « Duguesclin » est de retour à Nantes, le 8 mai 1898 : le capitaine va pouvoir enfin profiter pendant quelques semaines de son épouse et de sa fille alors âgée de trois ans. Lorsqu'il repart de Nantes, pour un quatrième voyage sur « Duguesclin » au début du mois de juin 1898, c'est de nouveau accompagné de sa femme : après Hambourg, le périple passe par Rio de Janeiro, l’Australie, le Cap Horn, la Californie et de nouveau le Cap Horn, avant le retour en Europe le 12 mars 1900. Le tour du monde a duré 22 mois. Quand Jeanne revoit ses parents, elle a presque cinq ans.

Proposé parDominique Dejoie

En savoir plus

Bibliographie

Bernet, Étienne, Les cap-hornières : Femmes de capitaines à bord des voiliers long-courriers, éd. Babouji – MDV Maîtres du Vent, 2008

Henry, Jean-François, La dame du Grand-Mât, une cap-hornière en 1900, éd. Yves Salmon, 1984

Le Coat, Brigitte - Le Coat, Yvonnick, Cap-Horn, une vie, un mythe, Éditions Frison-Roche, 2018

Webographie

Site Web de l'association Cap Horn au Long Cours dont Yvonnick Le Coat est le président Lien s'ouvrant dans une nouvelle fenêtre

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Bateau Femme célèbre

Contributeurs

Rédaction d'article :

Cécile Gommelet

Enrichissement d'article :

Dominique Dejoie

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