Sophie Trébuchet (Nantes, 1772 – Paris, 1821)
Lycée Saint-Stanislas

Plus de 1500 ans d’histoire s’écrivent autour de ce monument, des premières cathédrales préromanes aux restaurations contemporaines. Avec elle se déroule le récit des premières communautés chrétiennes, de l’épopée des ducs de Bretagne et de la prise de conscience de la valeur patrimoniale d’un monument historique à achever et protéger.

Une première cathédrale entourée de mystère

Selon certaines sources écrites, une première cathédrale aurait été érigée au 6e siècle. Si aucun texte ou élément archéologique ne permet d’affirmer précisément son emplacement, il semblerait qu’elle ait été édifiée à proximité de la porte Saint-Pierre, accolée aux fortifications. La cathédrale se présente alors comme un marqueur de la foi chrétienne dominant la cité, rendue visible bien au-delà de l’enceinte de la ville. Un texte du poète Venance Fortunat indique qu’elle aurait été construite par l’évêque Eumère et son successeur Félix. Il en donne une description glorifiante qui montre un édifice remarquable de part sa hauteur, orné de splendides décors intérieurs et sublimé par des jeux de lumière.

La cathédrale romane

Entre le 6e siècle et le 9e siècle, il est difficile de savoir quelles ont été les évolutions architecturales de la cathédrale préromane. En 843, la cathédrale est pillée lors d’un raid viking. L’évêque Gohard est assassiné par les Scandinaves alors qu’il célèbre la messe. S’ensuit une série d’attaques qui s’achèveront en 936 lorsque Alain Barbetorte, premier duc de Bretagne, chasse les Scandinaves de Nantes. Il établit son gouvernement dans cette cité dévastée et désertée par ses habitants. La cathédrale, qui avait été reconstruite par l’évêque Foucher une quarantaine d’années plus tôt, est en ruine.

En 960, l’évêque Guérech amorce la construction d’une nouvelle cathédrale dont l’aspect reste aujourd’hui méconnu. Il est probable qu’une crypte fut creusée sous le chœur à cette période.

En 1080, Benoît de Cornouaille est nommé à la tête de l’épiscopat de Nantes. À son tour, il entreprend la reconstruction de la cathédrale, bien que son projet ne fut jamais achevé. La crypte actuelle, seule vestige de la cathédrale romane, est aménagée afin d’accueillir les corps de saints Donatien et Rogatien ainsi qu’une partie des reliques de saint Gohard. Cette cathédrale romane, qui ne fut jamais totalement achevée, est surmontée d’un clocher qui est détruit puis reconstruit par deux fois lors des incendies de 1405 et 1415. 

Fouilles dans la cathédrale

Fouilles dans la cathédrale

Date du document : 1884

L’ère du gothique flamboyant

Au 15e siècle, les ducs de Bretagne profitent d’une situation économique et politique favorable pour affirmer leurs prétentions à figurer parmi les acteurs de la politique européenne. La construction d’une somptueuse cathédrale, reflet de la puissance, de la prospérité et des ambitions du duché, s’inscrit pleinement dans ce projet. Elle est lancée en 1434 par le duc Jean V et l’évêque Jean de Malestroit.

Le procédé choisit pour la reconstruction de la cathédrale est celui de l’enveloppement. Il permet aux bâtisseurs d’utiliser les structures existantes pour faciliter le montage ou l’acheminement des matériaux tout en maintenant le culte. Ainsi, la première phase de travaux débute par l’élévation d’une nouvelle façade gothique qui coexiste pendant une trentaine d’années avec la façade romane, détruite vers 1464. Elle présente des caractéristiques architecturales originales pour son époque. Le frontispice est composé de trois portails ornés de décors illustrant des scènes et des personnages bibliques. Il est encadré par deux portails latéraux consacrés à des saints bretons : Donatien, Rogatien et Yves de Tréguier. Ces portails sont attribués au premier maître d’œuvre désigné pour ce chantier, Guillaume de Dammartin, et peut-être également à son successeur Mathurin Rodier. Ce dernier lance la construction des tours et des bas-côtés nord et sud. Il occupe le poste jusqu’à sa mort, peu après 1480. Vers 1520, le chantier est interrompu, faute de moyens financiers. Les murs de la nef et les deux collatéraux sont montés. Toutefois, le chœur roman demeure, les bras nord et sud du transept ne sont pas achevés et la nef n’est pas intégralement voûtée.

Cathédrale et abside de la collégiale Notre-Dame

Cathédrale et abside de la collégiale Notre-Dame

Date du document : 1646

La reprise du chantier

Au début du 17e siècle, le chantier reprend, motivé par la réforme de l’Église catholique et de la liturgie préconisé par le concile de Trente. Il s’agit dans un premier temps de travaux d’entretien visant à améliorer l’étanchéité de l’édifice. En 1626, Par la suite, le couvrement de la nef (1626) et la partie sud du transept (1642) est achevé. Cette dernière est percée d’un portail dans sa partie sud qui permet aux processions de traverser la cathédrale du sud vers le nord.

La question des travaux du chœur se pose également au 17e siècle. Le projet de chœur gothique implique l’édification d’un chœur bien plus profond, composé notamment de trois chapelles absidiales. Cela nécessite la destruction des murailles vers l’ouest et le remblaiement des douves. Le manque de financements et les désaccords entre la municipalité, le chapitre et les architectes interrompt ce projet jusqu’au 19e siècle.

Un jubé est élevé afin de masquer la jonction entre la nef gothique le chœur roman. Il dissimule également aux yeux des fidèles les clercs, positionnés dans le chœur, bien que cette disposition aille à l’encontre des principes du concile de Trente. Un nouvel autel, orné de couleurs chatoyantes, est placé derrière le jubé. Le chœur est orné de peintures réalisées par Charles Errard. L’orgue, décoré au goût du 17e siècle, est déplacé sur une tribune dans le narthex. Il revêt une importance toute particulière à une époque où la musique prend une place grandissante dans la liturgie.

Jubet de la cathédrale aujourd'hui démoli

Jubet de la cathédrale aujourd'hui démoli

Date du document : vers 1890

De la transformation du chœur aux dégradations de la Révolution

Au 18e siècle, les voûtes de la crypte sont détruites afin d’abaisser le niveau du chœur roman. L’espace des chanoines est ainsi agrandi et les fidèles sont plus proches de l’autel. Un nouveau maître-autel de forme « tombeau », fait de marbres rouges, blancs et noirs, est installé, et la parois en bois qui séparait les clercs des fidèles est retirée. Le jubé monumental de pierre en forme d’arc de triomphe demeure. Aux abords de la cathédrale, la promenade publique du cour Saint-Pierre est aménagée.

Pendant la Révolution, la cathédrale subit de nombreux dommages : décors intérieurs et extérieurs dégradés, tombeaux violés, autels détruits, cloches et portes en bronze fondues, peintures du chœur dissimulées par un badigeon, etc. Elle perd sa fonction originelle et devient un magasin de fourrages puis un dépôt militaire. On y célèbre également les fêtes publiques qui remplacent les cérémonies chrétiennes. L’édifice, déjà fragilisé par ces dégradations, l’est encore plus lorsque la poudrière, installée au château des Ducs, explose.

Suite Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul (2/2)

Direction du patrimoine et de l'archéologie, Ville de Nantes / Nantes Métropole
2021

Anecdote : Quand la cathédrale a failli disparaître

En 1796, M. Fleury émet le souhait d’acheter la cathédrale pour la démolir et en faire une carrière de pierre. Son projet est de prolonger la rue du Département jusqu’aux cours saint André et saint Pierre. Groleau, ingénieur en chef des ponts et chaussées,...

Noémie Boulay



En bref...

Localisation :

Saint-Pierre (place), NANTES

Date de construction :

1434

Auteur de l'oeuvre :

Dammartin, Guillaume (architecte), Rodier, Mathelin (architecte) ; Seheult, Saint-Félix (architecte) ; Nau, Théodore (architecte) ; Boismen, Eugène (architecte) ; Sauvageot, Louis-Charles (architecte)

Typologie :

architecture religieuse

En savoir plus

Bibliographie

Guillouët, Jean-Marie, « Le chantier de la cathédrale et son insertion dans le réseau des circulations urbaines à la fin du Moyen Âge », dans Nantes flamboyante (1380-1530) : actes du colloque organisé par la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique au Château des ducs de Bretagne, Nantes 24-26 novembre 2011, Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique, Nantes, 2014, p. 97-107

Haugommard, Stéphane, « La cathédrale de Nantes : exception ou modèle ? », dans Les églises du diocèse de Nantes au 19e siècle : des édifices pour le culte, des monuments pour une reconquête, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2015, p. 217-272

Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Commission régionale Pays de la Loire, La cathédrale, Nantes : Loire-Atlantique, L'Inventaire, Paris, 1991 (Images du patrimoine)

James, Jean-Paul (dir.), Nantes, la grâce d'une cathédrale, Nuée bleue, Strasbourg, 2013

« Saint-Pierre et Saint-Paul de Nantes », Les cathédrales de l’ouest de la France, 303, arts, recherches, créations, n°70, 2001, p. 6-57

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Rédaction d'article :

Noémie Boulay

Anecdote :

Noémie Boulay

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