Sucre
École Ampère

D’emblée apparaissait l’image de la cathédrale dotée de deux instruments dont le plus ancien, en tribune, était enserré dans un élégant buffet (1619) élargi au 18e siècle. Le patrimoine organistique nantais possède d’autres richesses placées aux 19e et 20e siècles dans les lieux de culte édifiés au fur et à mesure de la croissance de la ville.

Ces orgues sont, pour la plupart, signées du Nantais Louis Debierre (1842-1920) qui, à l’issue d’un apprentissage à Paris, revient à Nantes pour construire son premier instrument (Notre-Dame de Toutes Joies, 1862) et fonder à 20 ans son entreprise. En 1874, avec le concours de l’architecte Mathurin Fraboulet, il édifie une manufacture d’exception située en coeur d’îlot entre la rue Saint-Clément et l’actuelle rue Préfet Bonnefoy. Les ateliers spécialisés où les parties d’orgues sont réalisées, gravitent autour d’une halle de montage de la taille d’une chapelle.

Notre-Dame-de-Toutes-Joies, l'orgue

Notre-Dame-de-Toutes-Joies, l'orgue

Date du document : 21-07-2012

Debierre, de notoriété nationale, exerce son art de 1862 à 1919. À Nantes, il signe notamment les orgues de Saint-Clément, Saint-Nicolas, Saint-Similien, Sainte-Anne et celui du théâtre Graslin, aujourd’hui disparu. Deux opus retiennent l’attention : l’orgue de choeur de la cathédrale – le plus important de France –, merveille visuelle et sonore, et l’orgue de tribune de Notre-Dame de Bon Port, tout en équilibre et poésie. Génie des arts appliqués, Debierre dépose plusieurs brevets et met au point un orgue miniaturisé, produit à près de trois cents exemplaires. Fournisseur des congrégations missionnaires, il livre ces robustes orgues portatives sur tous les continents.

Page de garde d'un devis de la manufacture nantaise d'orgues à tuyaux Louis Debierre et Compagnie

Page de garde d'un devis de la manufacture nantaise d'orgues à tuyaux Louis Debierre et Compagnie

Date du document : 1891

À son successeur, Georges Gloton, on doit l’agrandissement du grand orgue de la cathédrale de Nantes (1933). Il forme Joseph Beuchet-Debierre, petit-fils du fondateur, qui fait de la manufacture la première de France avec des succursales, dont Paris. À Nantes, Joseph Beuchet reconstruit les orgues du temple protestant et de Saint-Nicolas, détruits lors des bombardements de 1943. À sa mort, en 1970, son fils Joseph prend le relais et achève la restauration du grand orgue de la cathédrale (1971). En 1980, la manufacture ferme, victime, comme tant d’autres, des sujétions économiques (faible rentabilité, coût croissant des charges de personnels qualifiés, trésorerie déficiente en raison des délais de règlement de l’État et de maintes collectivités).

Un ouvrier de Louis Debierre, Raymond Bouvet, ouvre son propre atelier en 1930 et livre après la guerre les deux beaux instruments des églises Sainte-Madeleine et Sainte-Thérèse. Son gendre, Jean Renaud, lui succède en 1967.

Aujourd’hui, une nouvelle génération de facteurs (Bernard Hurvy, Denis Lacorre, Robert Frères, Nicolas Toussaint…), respectueuse du patrimoine original nantais, entretient et restaure ces instruments qui, pour la plupart, ont dépassé le siècle. La Ville de Nantes, propriétaire de la majorité d’entre eux, veille à la préservation d’orgues sur lesquelles se produisent régulièrement des organistes étrangers et français et que servent quotidiennement les musiciens de tous âges issus de la classe d’orgue du Conservatoire, pépinière de talents.

Extrait du Dictionnaire de Nantes
2019
(droits d’auteur réservés)

En savoir plus

Tags

Contributeurs

Rédaction d'article :

Pierre Legal

Aucune proposition d'enrichissement pour l'article n'a été validée pour l'instant.